• Aucun rapport avec le traitement...

     Qu'est-ce qui est petit, de forme rectangulaire, souvent coloré, parfois épais, que personne ne veut payer mais que tout le monde convoite ? Il s'agit bien sûr du célèbre « dossier de traitement », compagnon indispensable de toute restauration qui se respecte. Si je tiens à parler de cet aspect particulier de notre travail, c'est qu'il est symptomatique des relations que les commanditaires entretiennent avec notre profession.

    Car si personne ne conteste le bien fondé d'un tel document, au point qu'il figure presque toujours dans le cahier des charges lors des consultations, il est souvent très difficile à facturer à son juste prix. J'entends par là qu'il est presque impossible de faire apparaître son coût réel (temps de rédaction, de correction, de prise de vues, de montage, d'édition et de diffusion) sans prendre le risque de se voir disqualifier par des donneurs d'ordres plus sensibles aux mathématiques (le prix) qu'à notre belle littérature (le rapport circonstancié).

    Ça, c'est avant les travaux de restauration. Parce qu'une fois le travail accompli, la musique est tout autre. Les mêmes commanditaires, privés ou institutionnels, qui affirmaient vouloir se contenter « d'un simple petit rapport », parfois sans photo, viennent vous demander « en toute amitié » si vous n'auriez pas quelques images des étapes significatives de la restauration. Quand ce n'est pas juste « un petit CD » pour pouvoir réaliser « un petit panneau explicatif », ou encore « juste une version papier, même une photocopie, simplement en noir et blanc ».

    Mais le développement des outils de communication, et particulièrement d'Internet, rend le problème encore plus épineux. Car il est de plus en plus fréquent de retrouver, sans aucun accord de leur rédacteur, tout ou partie de ces rapports mis en ligne. Il est vrai que ces « emprunts » étaient déjà monnaie courante dans les catalogues d'expositions rédigés par les musées. Mais jusqu'à présent ceux-ci étaient fait avec sérieux, souvent sous la forme de copier coller, même s'ils oubliaient « maladroitement » d'en citer les auteurs. Aujourd'hui la politique de justification de la dépense publique incite les commanditaires à vouloir « valoriser » de la façon la plus large possible leurs interventions (entendez bien sûr leurs participations financières). Il n'est pas un organisme, une institution, une collectivité qui ne souhaite posséder son site propre, véritable vitrine planétaire de son action. Et dans ce domaine, la restauration d'un objet attire particulièrement les convoitises.

    C'est ainsi qu'une importante institution (dont je tairai le nom par décence) vient de mettre en ligne, sur son site (dont je tairai le nom par pudeur), les travaux d'une équipe de restaurateurs dont j'ai fait partie. Après avoir obtenu, avec notre accord verbal, les photos illustrant les étapes de la restauration de trois tableaux, les animateurs du site ont monté trois boucles PowerPoint. Tout serait pour le mieux dans le meilleur des mondes possibles si :

    1-     les photos étaient placées dans le bon ordre

    2-     les légendes n'étaient pas toutes à reprendre

    3-     les textes n'étaient pas lacunaires

    4-     les photos après restauration étaient vraiment après restauration

    Il va sans dire que l'on n'a pas jugé bon de nous demander de bien vouloir corriger l'ensemble avant diffusion (j'imagine que l'idée de nous rétribuer afin de réaliser ce dossier ne leur est même pas venue à l'esprit).

                Comme le dit si bien une célèbre publicité, des rapports oui, mais protégés.

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    Olivier Clérin.


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