• Combat pour un titre.

          Au moment où je m'engageais dans l'escalier menant à l'administration de l'école, une main se posa sur mon épaule. En me retournant je découvris le visage de l'intervenant qui, quelques minutes plus tôt, finissait son brillant exposé sur les traitements des supports des panneaux peints.

    -         « Tu aurais quelques minutes à me consacrer ? Je voudrais te parler des formations et de ce qui ce passe en ce moment à propos du statut du restaurateur. »

    L'entretien qui en suivit ne dura qu'une demi-heure mais il marquera définitivement mon engagement dans la profession. Il m'expliqua, avec beaucoup de conviction, que les étudiants des trois autres formations en conservation-restauration étaient en train de s'organiser en association dans le but de faire front commun au sujet de la future loi musée. Pour l'intérêt de ma formation, mais aussi je crois par affection, il nous incitait à faire de même afin d'obtenir collectivement « un titre protégé ».

    De la réunion de ces associations allait naître une fédération[1]. Son nom, à l'image de l'appellation choisie, allait de source. On prendrait le terme de choisi par la plupart des collègues européens mais aussi par la plus haute instance internationale (l'ICOM-CC[2]) : «conservateur- restaurateur». Il ne restait plus qu'à persuader le législateur.

    C'était il y a près de vingt ans. Et rien n'a changé.

    <?xml:namespace prefix = o ns = "urn:schemas-microsoft-com:office:office" /><o:p> </o:p>Pour s'en convaincre, il n'y a qu'à lire l'important dossier que consacre le Journal des Arts dans son numéro de novembre/décembre[3] à propos de la restauration. En page centrale un long article s'interroge sur un métier « en quête de statut » et s'étonne du peu d'avancée d'une « profession qui demeure pourtant la clef de voûte de la sauvegarde du patrimoine ». Parmi les diverses raisons expliquant cet échec, la journaliste n'hésite pas à parler du rejet viscéral du terme par l'administration en affirmant que « l'ostracisme atteint des sommets lorsque l'INP se bat ouvertement contre l'appellation de « conservateur-restaurateur » sous prétexte de nourrir une ambiguïté avec le métier de conservateur ».
    <o:p> </o:p>Alors simple problème de dénomination ? Pas si sûr si l'on considère que la défense d'un « titre » sous entend en réalité « titre protégé ». Et qui dit « titre protégé » dit réglementation, c'est-à-dire éventuelles poursuites pour « usage abusif du titre de ... ». Et de cela il semble que les pouvoirs publics français[4] et même l'Europe ne le souhaitent pas. Déjà en 2002 la FFCR avait rencontré M. Bruno Pralat alors en charge de la Délégation aux Professions Libérales (DIPL) afin de réfléchir à cette mise en place[5]. La Fédération avait alors avoué avoir été « singulièrement refroidie » lorsque celui-ci avait « insisté sur le fait que l'Europe ne voyait pas d'un très bon œil la création de nouvelles réglementations, celles-ci étant considérées comme une entrave à la libre concurrence ».
    <o:p> </o:p>

    Alors que faire ? Dans le combat que nous menons à défendre le patrimoine et sa restauration, il devient urgent de marquer des points. Sous peine de quoi les déréglementations succédant aux coupes budgétaires auront tôt fait de nous mettre tous KO. Alors pourquoi ne pas commencer par changer d'appellation ? La Fédération a initié depuis plusieurs années un travail sur ce sujet. Au-delà de nos points de vue particuliers ou de la simple image que l'on souhaite véhiculer, il est de plus en plus pressant de faire aboutir le dossier du « titre ». Au moins celui-là.

    <o:p> </o:p>

    Le 18 juillet 1573, Véronèse est obligé de comparaître devant Le Saint-Office. La Sainte Inquisition conteste la manière dont il a traité la représentation de la « Cène » peinte pour les Dominicains de San Giovanni  e Paolo. On lui reproche d'avoir placé le Christ placé au milieu d'une scène de ripaille où évoluent buveurs, noirs et autres nains. Devant les soupçons de scandale et d'impiété, on somme Véronèse de reprendre sa composition afin de retirer les éléments jugés trop profanes. Et bien savez-vous ce qu'il fit ? Il n'en fit rien et ne modifia en rien son sublime tableau. Il changea simplement de titre : le tableau est devenu « Le repas chez Levi ». Et pour sa défense, il ajouta « « Nous autres peintres, nous prenons de ces licences que prennent les poètes et les fous ».

    Et bien soyons fous !

    <o:p> </o:p>
     

                                   Olivier Clerin.

    <o:p> </o:p>


    [1] A sa création en 1992, la fédération regroupait des associations (dont celles issues des formations) sous l'intitulé Fédération Française des Associations des Conservateurs-Restaurateurs (FFACR) Elle s'est transformée en fédération de membres individuels sous l'intitulé FFCR en 1997.

    [2] L'ICOM-CC ( International Council Of Museums, Conservation Committee ou Comité pour la Conservation du Conseil International des Musées) a adopté cette appellation dès 1984.

    [3] Le Journal des Arts n°292 – 28 novembre au 11 décembre 2008. Dossier « La restauration en débat » p.17 à 24.

    [4] Notons toutefois que deux rapports, celui non publié de Daniel Malingre et celui publique de Christian Kert de 2006, ont appelés à la création d'un titre pour la profession de conservateur-restaurateur.

    [5] Voir l'excellent article d'Anne-Elisabeth Rouault « Reconnaissance de la profession : un bilan. – Le Journal de la FFCR n°15 – Décembre 2007 p.17 à 20.



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