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« Vous avez des mains de magiciens » disait le journaliste. Et bien moi, ce matin, j'ai les doigts seulement congelés. Je suis en train de poser des papiers facing sur un horrible tableau XIXème et je souris intérieurement en repensant à certains articles ou reportages qui parlent de notre travail. Dire que je m'échine si souvent à leur parler de diplôme, de formation en 5 ans, de la nécessaire protection d'un titre et que je suis là, dans une église paumée du fin fond du Tarn, à essayer de coller mes feuilles de japon sur une véritable ruine. « Conservateur-Restaurateur d'œuvre d'art », tu parles ! On ferait souvent mieux de dire CRCR, « Conservateur-Restaurateur de Croûtes Ripolinées ». Quand je pense au nombre d'heures qu'il va falloir passer rien qu'à traiter ce support, j'en ai le vertige.
Et puis Mme le Maire vient me voir, tout sourire, pour me demander si tout va bien. Elle est vraiment extra cette élue qui se bat comme une lionne pour sauver sa petite église. J'aurais aimé l'avoir pour grand-mère. Elle me parle de ses travaux et des difficultés à convaincre ses collègues du conseil municipal du bien fondé des restaurations. J'écoute avec tendresse puis je lui demande où se trouve le camion de livraison afin que je les aide à bien attacher le tableau pour le transport. Là elle se retourne et de la main me désigne le camion-benne qu'une entreprise de maçonnerie a bien voulu lui prêter. Elle a dû à cet instant percevoir mon regard ahuri car elle rajoute aussitôt « ne vous inquiétez pas, on va naturellement passer par la décharge avant de le charger. »
J'ai failli répondre « pourquoi avant ? » mais le travail acharné de mes parents à m'apprendre la politesse a finalement gagné. Alors, avec patience et ténacité, j'ai expliqué les risques d'une telle entreprise, en soulignant que même solidement arrimé, le tableau pouvait, sous l'effet du vent et de la vitesse, se déchirer comme une voile de bateau. J'ai bien senti qu'à la manière qu'elle avait de passer ses doigts à travers les multiples déchirures du textile, elle mettait en doute mes propos. Mais elle n'a pas insisté et en définitive a accepté de louer un véhicule fermé pour l'emmener jusqu'à l'atelier.
Je suis alors retourné finir la pose des derniers papiers de protection lorsque mon pied heurta maladroitement le pot de Klucel qui traînait au sol. J'ai regardé silencieusement la colle s'écouler lentement sur la centaine de feuilles de japon récemment achetée en repensant au « magicien ». Un grand moment de solitude.
Olivier Clerin
Publié par ACRMP à 22:33:33 dans * Tribunes libres des membres de l'ACRMP | Commentaires (1) | Permaliens
L'actualité concernant le patrimoine est foisonnante ces jours ci ! J'ai donc mis mon week-end à profit pour consulter de plus près deux documents : le rapport de la cours des comptes et la présentation du budget du Ministère de la Culture. Et le tournis me prend ! Tout est donc si cloisonné au sein de l'Etat que les chiffres ne correspondent pas ?
Commençons par le budget 2008. 300 M d'euros annoncés pour « l'entretien et la restauration des monuments historiques français »( ?), 200 M d'euros de « crédits déconcentrés » pour « les monuments historiques situés en région », soit une hausse de 15%, selon le Ministère, gracieusement consentie aux déconcentrés.
Continuons avec le rapport de la Cours des Comptes. Je vous passe les conclusions à propos des grands chantiers qui ont été vaguement médiatisées. Mais allons consulter l'annexe 1, au rayon « évolutions des dépenses ». Pour les opérations nationales et les grands travaux, nous sommes passés de 201 921 261 euros en 2001 à 260 290 281 euros en 2005. Quant aux opérations déconcentrées, la tendance est inverse : 227 266 256 en 2001 contre 214 090 248 en 2005. J'ai beau triturer mes méninges, je n'arrive pas à retrouver l'augmentation de 15% annoncée pour 2008 par le Ministère avec ses 200 M d'euros de crédits déconcentrés ! Alors, tant pis, je ne résiste pas à vous transmettre à nouveau une remarque contenue dans ce rapport : avec 1/3 des grands chantiers qui dépassent leur coût initial de 40% (avec la palme pour le Centre National de Danse à Pantin : 121% de dépassement), et une augmentation moyenne de 30%, « les grands chantiers qui restent à achever représentent un risque financier élevé ».
Ah ! J'allais oublier le rapport de M. Phillipe Nachbar déposé au Sénat le 24 octobre 2006 dont certains titres et sous-titres sont éloquents : « Des crédits déconcentrés sinistrés », « Les crédits déconcentrés dans les DRACs , une dégradation prononcée de la couverture des besoins ». Ce rapport, lui, estime que 167,5 M d'euros de crédits ont été supprimés au titre de l'entretien du patrimoine historique entre 2002 et 2005....
Bref, de quoi se noyer dans cet océan disparate de chiffres... Et je ne vous parle pas du rapport d'information déposé par M. Christian Kert à l'Assemblée Nationale le 19 décembre 2006 où l'on peut lire : « C'est donc au niveau des crédits déconcentrés, mis à la disposition des directions régionales des affaires culturelles (DRAC), que la régulation budgétaire a fait les plus gros dégâts »....
Combien de rapports de ce genre faudra-t-il pour que les déconcentrés de tout poils réagissent et ne laissent pas s'établir définitivement le rêve de certains que « la France, c'est Paris » ?
Françoise TOLLON
Publié par ACRMP à 21:23:36 dans * Tribunes libres des membres de l'ACRMP | Commentaires (0) | Permaliens
D'abord je n'ai rien compris. J'étais en train de retoucher tranquillement un tableau quand la voix douce et légèrement moqueuse de la journaliste radio a annoncé, durant le journal de 10h, « la facture du patrimoine est décidément trop salée » ! Mais de quoi parlait-elle ? Si il y avait eu le moindre argent consacré au patrimoine, ça se saurait, non ? Je me suis alors précipité sur le bouton de ma radio pour monter le son et j'ai alors saisi qu'elle évoquait un passage du dernier rapport de la cour des comptes. Ni une ni deux je suis allé sur internet pour y trouver confirmation de l'info et voici ce que j'ai pu lire :
Autant vous dire que je me suis précipité chez mon marchand de journaux afin de me procurer l'intégralité de l'article. Et je ne résiste pas à vous faire partager son contenu:
- sur la soixantaine de projets architecturaux (grands travaux présidentiels mais aussi rénovation d'envergure) de la période 1998 2006, la moyenne des dépassements des coûts de travaux est de 25% (pour un total de 1 milliards d'euros, soit 246 millions d'euros de plus que prévus).
- L'article se poursuit en s'interrogeant sur les « causes récurrentes de ces dérapages financiers » : certes il y a bien les « aléas techniques » comme la découverte (par exemple sur le site du Quai Branly) de vestiges archéologiques insoupçonnés. Mais la Cour des Comptes relève surtout une « sous-estimation « parfois délibérée » des devis initiaux, progressivement revus à la hausse dès que les projets sont sur les rails »
- Ces « dérapages » sont bien sur accompagnés de retard dans les travaux, allant de quelques mois (9 par exemple pour la Cité de la Musique) à parfois plusieurs années (30 mois pour le musée du Quai Branly, 44 mois pour la Cinémathèque Française)
- Et le journaliste de conclure en affirmant « mais il y a plus grave : la nécessité de financer ces projets pour l'essentiel franciliens, s'est faite au détriment des opérations de restauration du patrimoine historique en région ». Suit un encadré titré « Moins d'argent pour la Province » où l'on apprends notamment que « pour apaiser les esprits, Renaud Donnedieu de Vabres avait annoncé à l'époque [NDLR : il y a 2 ans] que les 100 millions d'euros dégagés par la privatisation des autoroutes seraient versés au budget du patrimoine des régions. Or il n'en a rien été. Une situation que les magistrats critiquent. D'autant que ces fonds ont été affectés en totalité...aux grands chantiers franciliens »
Décidément Paris restera toujours Paris ...
Olivier Clérin
Pour en savoir plus, voir http://www.ccomptes.fr/CC/Publications-RPT.html ou http://www.ccomptes.fr/CC/documents/RPT/Rapport-chantiers-culturels.pdf (fichier pdf)
Publié par ACRMP à 20:32:47 dans * Nos annonces | Commentaires (2) | Permaliens
Qualiquoi ?
Connaissez-vous le mot Qualibat ? Non il ne s'agit pas du nom d'un nouveau supermarché dédié au bricolage ou du dernier Pokemon commandé à Noël par vos chères têtes blondes. En réalité il s'agit de la nouvelle et ingénieuse trouvaille du Ministère pour parler d' « habilitation ». Vous croyez à une plaisanterie ? Alors je vous conseille de suivre attentivement les récents débats autour des prochains décrets Monuments Historiques (vous pouvez lire le compte-rendu de notre rencontre avec Mme Kagan sur ce site). Pour résumer vous pensiez, sans doute naïvement, que l'octroi d'un diplôme reconnu par l'Etat (après une formation de 5 ans) ou le passage d'une VAE, vous ouvrait les portes du monde merveilleux de la conservation-restauration. Comme moi, vous avez sans doute imaginé qu'après la loi musée de 2002, petit à petit, nous irions vers plus de qualification, au moins sur le patrimoine public. Qu'à défaut d'une profession protégée par un titre, la lente mais inexorable marche vers le progrès amènerait les acteurs de la culture à saisir enfin qu'une œuvre d'art ne ressemble pas à un robinet. Et bien non, il n'en n'est rien. Le Ministère, dans son infini sagesse, nous pousse à envisager une certification Qualibat afin, je cite, « de mieux décrire les différents points qui sont parfois demandés au cours des marchés publics, quelle que soit la taille des entreprises ». En d'autres termes, cette qualification des structures (et non des individus) rendra nos diplômes...renouvelables tous les 4 ou 5 ans ! C'est un CDD d'atelier mais sans garantie de travail, juste pour avoir le droit de participer au grand jeu du « moins disant ». Génial non ! Mais rassurez-vous, les modalités d'application (qui, comment, quelles sanctions...) restent à négocier...Par contre, ce qui ne le sera pas, c'est que cette nouvelle réglementation sera aussi valable pour le secteur musée puisque la fusion des commissions musée/MH est annoncée. Je ne sais pas ce que vous avez commandé au Père Noël cette année, mais moi je crois bien que je vais lui demander une boîte de Temesta.
Publié par ACRMP à 23:20:30 dans * Tribunes libres des membres de l'ACRMP | Commentaires (1) | Permaliens
Présents de l'ACRMP : Olivier Clérin, Jean-Marc Stouffs, Françoise Tollon
Présents à l'entrevue :Madame Judith Kagan Conservateur en chef du Patrimoine à la DAPA,Monsieur Bertrand Ducourau, Conservateur des Monuments Historiques à la DRAC Midi-Pyrénées, les CAOA de l'Ariège, de la Haute-Garonne et du Lot.
Cette entrevue a duré une heure trente minutes, et sur cette durée, nous n'avons pas eu l'occasion d'évoquer toutes les questions. Le débat a porté sur deux axes : dans un premier temps un point sur les décrets parus puis secondairement un éclaircissement sur le décret qui concerne directement les restaurateurs.
Toutefois, une question préalable a fait débuter bizarrement la conversation :
Mme Kagan nous a fourni l'organigramme des décrets concernant le patrimoine.
- Décret relatif à l'assistance à la maîtrise d'ouvrage (à paraître). Rappelez-vous que le décret du 30 mars 2007 avait opéré le transfert de la maîtrise d'ouvrage aux propriétaires. Ce décret consiste à organiser et contractualiser le fait que des services puissent assister le propriétaire, l'aider à préparer les pièces du dossier. Cette assistance pourra être effectuée pas la CRMH, voire des sociétés privées, et pourquoi pas des communautés de communes, ou les pays ? Il faudra également que les services des collectivités (comme celles des Conseils Généraux) puissent réaliser officiellement cette assistance à maîtrise d'ouvrage. Se pose tout de même dans certains cas la compétence en matière de patrimoine pour certains des services évoqués... Cela dit, il ne faut pas confondre l'assistance à maîtrise d'ouvrage et le contrôle scientifique et technique. Par ailleurs assistance ne veut pas dire délégation.
- Décret relatif au contrôle scientifique et technique (à venir). Le texte de ce décret, qui sera très court, est achevé. La circulaire d'application est en cours d'application et sera plus importante. On y incitera notamment à la création de commission (plutôt pour les immeubles).
Conclusion : tous ces décrets ne changeront pas la manière de travailler (sic). Une seule incertitude est générée par tout ça : quand l'Etat était maître d'ouvrage, il était maître de la programmation. Maintenant qu'il s'agira d'attributions de subventions, le propriétaire aura quatre ans pour réaliser les travaux. Et gageons que dans la plupart des cas, il n'entamera les travaux que lorsqu'il aura obtenu des subventions émanant d'autres institutions. Cela ne signifie pas la disparition du terme « programmation » pour la CRMH. Elle sera composée chaque année de la liste des subventions accordées aux différents propriétaires, sachant cependant que les travaux ne seront pas forcément engagés dans ladite année (à cause donc du jeu des différentes subventions).
Avant travaux (sur du classé ou de l'inscrit, enfin ce qui peut être subventionné), on incitera à contacter la DRAC pour le dossier. On évitera que ce soit une seule personne qui mène l'étude préalable. D'ailleurs, il ne faut plus parler d'« étude préalable » mais de « diagnostique ». Dans l'autorisation de travaux décernée par la DRAC, on pourra éventuellement prescrire un type de profession idoine, et vérifier après si cette prescription a été respectée.
Ce texte, dont la rédaction est quasiment achevée, n'apparaît pas dans le diagramme.
Il est prévu une réactualisation du décret de la loi Musée concernant les quatre formations, mais uniquement pour le réajuster avec les nouveaux stades des cursus (Licence Maîtrise Doctorat).
Deux axes principaux se dessinent :
- Pour le patrimoine inscrit, le contrôle sur les restaurations sera plus ténu puisque il n'y aura pas de la part de l'Etat de délivrance d'autorisation de travaux. Le propriétaire aura simplement à faire une déclaration préalable. Cela dit, dans le cas où les travaux seront subventionnés, le « subventionneur » pourra donner des prescriptions, voire des obligations. Ce sera aux Conseils Généraux de muscler leur service patrimoine.
- Pour le patrimoine classé, au-delà des diplômés des quatre formations reconnues par la loi Musées, on va créer une commission d'habilitation commune MH classé/Musées. Les professionnels travaillant déjà sur du classé pourront donc demander l'habilitation à cette commission, et, en cas de réponse favorable, pourront travailler tout autant sur du patrimoine classé ou du patrimoine musée. D'ailleurs, tous les restaurateurs porteront désormais le nom d' « habilités ». L'idéal à terme serait d'avoir une habilitation « Ministère de la Culture ». D'ailleurs, il faut éviter de parler d'agrément, mais bien d'habilitation.
L'idée de départ est une qualification de l'individu. Mais considérant que dans certains travaux MH, mais également pour les Musées, il faut des équipes conséquentes, on pourra certifier des structures à condition que l'on puisse identifier un responsable qualifié. J. Kagan pousse les conservateurs-restaurateurs à s'associer en structures.
Concernant les outils à disposition, Mme Kagan travaille avec la FFCR sur un vade-mecum sur les marchés publics en matière de patrimoine. Le problème réside dans l'application des textes : s'il était appliqué, le code des marchés public, et notamment son article 45, suffirait amplement. Ils prévoient également un travail de formation auprès des ACMH et des ABF. Il faut, à défaut de supprimer, modifier le système de certificats d'architectes pour les appels d'offre car ils ne sont absolument pas garants de la qualité d'une entreprise.
Pour ce qui est des écoles privées : Condé faits des efforts et pour Château-Renard, on pense à ce que les étudiants qui en sortent soit qualifiés d' « assistant restaurateur ». Il ne pourront donc travailler que sous la direction d'un habilité et pourront après quelques années prétendre eux-mêmes à l'habilitation pour avoir des travaux en leur nom propre.
A la fin de l'entrevue, deux choses ont été rapidement évoquées :
- Mme Kagan allait soumettre un document cerfa aux CAOA. Il s'agit d'un formulaire de demande d'autorisation de travaux sur les objets classés, formulaire à remplir par le propriétaire.
- Mme Kagan demandé à la FFCR de travailler sur un système inspiré du système QUALIBAT : l'habilitation (pour les diplômés et non-diplômés des quatre formations...) serait renouvelable tous les cinq ans.
-Mme Kagan nous conseille de lire le prochain numéro de Monumental.
Publié par ACRMP à 23:13:08 dans * Association de Conservateurs - Restaurateurs de biens culturels | Commentaires (1) | Permaliens
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