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Mon ventre commençait sérieusement à gargouiller lorsque le conservateur ouvrit la porte. Cela faisait déjà trois bonnes heures que nous nous acharnions à rédiger nos devis sur d'immenses toiles récalcitrantes à tout examen quand il prononça, sur un ton faussement ironique :
- que diriez-vous d'une restauration rapide ?
C'est avec une joie non dissimulée que nous avons posé nos carnets et nos stylos pour le suivre dans les méandres de la réserve, traversant tour à tour portes blindées, digicodes et sas de sécurité pour atteindre enfin l'air libre. Mais mon enthousiasme retomba vite lorsqu'il ajouta, l'œil pétillant :
- vous allez voir, c'est un resto bio formidable ! J'y amène tous vos collègues restaurateurs. Ils ont tous adoré !
Mentalement, j'ai décidé de prendre sur moi. Même si mes parents m'ont toujours appris à ne pas avoir d'a priori, il faut dire qu'en ce qui me concerne, la cuisine bio, je coince. Mais là, dans cette banlieue sinistre éloignée de toute trace d'activité humaine, il fallait faire contre mauvaise fortune bon cœur.
Le premier coup de griffe à mes bonnes résolutions a commencé devant la vitrine de la cantine. Car il faut bien avouer que ce que j'avais en face de moi n'avait rien à envier au resto U de mes études. La décoration intérieure, toute dans les tons vert, jaune et orange, me rappelais invariablement les exploits de mes chers enfants au moment de la fête des pères : fleurs multicolores sur palissades en bambou et tables en formica agrémentées de végétaux réalisés au pochoir.
Je persévérais laborieusement à me réciter des mantras relaxants tout en prenant place dans la file d'attente, armé de mon plateau plastique et de mes couverts jetables. Mais la tentative allait être de courte durée quand j'aperçus l'entrée : au-dessus d'un bol en grès, une ardoise d'écolier indiquait que le liquide vert était une soupe de cresson. Ce n'est pas tant l'aspect filandreux ni même la couleur fluo qui m'a rebuté mais plutôt les objets non identifiés qui clairsemaient sa surface.
Rapidement je me dirigeais vers les plats chauds en continuant à psalmodier intérieurement « tout ce qui ne me tue pas me rend plus fort ».
- Et qu'est-ce qu'il prendra le jeune homme ?
La voix parvenait de l'autre côté du comptoir. Je demandais alors le plat du jour.
- Riz aux céréales avec brochette de tofu mariné.
- Ah..... !!!! Grand vide.
- Et sinon ?Devant les signes d'impatience de mes voisins, je me décidai à prendre mon assiette et à poursuivre. En arrivant devant la corbeille à pain, je sentais mes défenses déjà bien entamées. Je plongeai une main vorace dans l'intention de faire quelques prudentes réserves jusqu'au moment où mes doigts rentrèrent en contact avec ce qu'il faut bien appeler ...des biscottes. D'aspect, il y avait bien une couleur pour la croûte, une autre pour la mie. Mais tactilement, c'était du papier de verre.
J'ai alors senti une main se poser sur mon épaule. Une femme, d'age indéfinissable, m'indiquait de son index un petit écriteau sur lequel était griffonné « Ne surconsommez pas. Evitez de trop prendre de peur d'avoir à jeter ». Je crois que c'est à cet instant précis que j'ai mentalement craqué pour la première fois.
Inutile de vous raconter la suite du repas. A la fin du déjeuner, en apercevant mon assiette pratiquement intacte, le conservateur m'a gentiment demandé s'il pouvait la terminer. Alors que je lui tendais ma brochette de cubes en caoutchouc, il m'assena le coup de grâce :
- Pourtant les restaurateurs, ils raffolent du bio, non ?De la scène qui suivit, je n'ai pas beaucoup de souvenir. Dans mon énervement, je crois que j'ai parlé de « restauration in situ indécente », de « réserve étanche », de « solvants qui empestent », « d'absence totale de ventilation ». Ce dont je suis sûr, c'est ce qu'il m'a dit un mois plus tard. Pour m'annoncer que notre groupement avait remporté l'un des lots, il a murmuré d'un ton ironique :
- Je crois bien qu'il va vous falloir vous habituer à la restauration bio !Olivier Clérin
Publié par ACRMP à 14:42:55 dans * Tribunes libres des membres de l'ACRMP | Commentaires (0) | Permaliens
C'est un peu comme moi pour cette intervention. J'appartiens à une équipe de restaurateurs qui a soumissionné et remporté un marché pour réaliser la conservation d'un important tableau appartenant aux collections des musées de Marseille. « La Dream Team ». C'est le nom que nous nous sommes donné. Et bien, pour cette Dream Team, je vais faire près de mille kilomètres en 2 jours pour seulement 6 heures de travail.
Les équipes sont aujourd'hui « tendances ». Hier c'était « l'interdisciplinarité ». Pas un colloque, pas un article, pas une conférence qui ne faisait allusion au sujet. Maintenant place à la « mutualisation des hommes et des moyens » et aux nécessaires « complémentarités des talents ». Les appels d'offre le stipulent : on veut des groupements étoffés, des remplaçants polyvalents et une solidarité ...financière. On prévoit même le décryptage d'après match : en jargon administratif on appelle ça « réunion de chantier ». Il parait qu'en France il y a 60 millions de sélectionneurs. Dans notre discipline on préfère parler de « commissions ».
Le plus beau dans cette histoire, c'est qu'à l'image de del Piero je vais pouvoir inscrire cette restauration à mon palmarès. Même en jouant « l'arpette » une demi journée, l'intervention figurera dans mon CV comme la demi finale pour l'avant de la « Squadra Azura ». C'est ça l'avantage d'être sélectionné : même comme remplaçant, on porte haut et fier le maillot de l'équipe.
Et c'est juré : si nous réussissons le doublage prévu, je cours en cercle autour de la table, j'embrasse mes coéquipiers et je m'effondre, bras en croix, devant les spectateurs déchaînés.
Publié par ACRMP à 08:55:41 dans * Association de Conservateurs - Restaurateurs de biens culturels | Commentaires (0) | Permaliens
Tout d'abord à l'église Saint Nicolas pour la restauration des peintures murales où pas moins de 200 m2 de zones lacunaires sont à reconstituer[1]. Ce qui est étonnant dans ce marché[2], c'est le nom du donneur d'ordre : la Drac Midi-Pyrénées. Alors que le nouveau code du patrimoine est sans ambiguïté sur la marche à suivre, il semble que la ville de Toulouse ait choisi de déléguer sa maîtrise d'ouvrage. Ce qui est beaucoup moins surprenant, ce sont les critères d'attributions retenus par ceux censés être les garants « scientifiques » des opérations de restauration. Car comme pour l'appel d'offre de Figeac[3], le prix des prestations comptera pour 60% de la note finale alors que la note technique pour seulement 40.
Ensuite pour les musées Saint Raymond et Paul Dupuy[4]. Le marché négocié, scindé en deux lots, comprend la restauration de monnaies romaines et la stabilisation d'objets en plomb, fer et acier. Mais à la grande différence du précédent, voici ce que l'on peut lire au chapitre « critères de jugement des offres » :- référence 25%
- C.V des intervenants 25 %
- Qualité du mémoire technique (qualité des descriptions, présence des photos et qualités des propositions de traitement) 25 %
- Le coût 25 %
Mieux encore. Au chapitre « délais de validité des offres » il est stipulé qu'une « visite est obligatoire sur le site le 18 juin 2008 » et que le prestataire devra fournir dans sa proposition un certificat de visite, le mémoire technique et devis, CV et références professionnelles ».
Pour conclure, la ville de Toulouse devrait au moins s'interroger sur un point. Si les subventions de l'Etat sont une aide non négligeable aux finances de la ville, ce type d'appel d'offre est-il vraiment dans l'intérêt du patrimoine toulousain ? Est-ce que les précautions prises pour la sauvegarde des pièces romaines deviennent caduques lorsqu'il s'agit de restaurer les œuvres du plus célèbre peintre décorateur de la ville rose ?Olivier Clérin.Publié par ACRMP à 09:43:55 dans * Tribunes libres des membres de l'ACRMP | Commentaires (0) | Permaliens
Nous faisons le relais pour nos collègues.
Nous vous avons informés des difficultés actuelles de la recherche et de
l'enseignement supérieur, qui provoquent une forte mobilisation qui a conduit
à empêcher la tenue du Conseil d'Administation du CNRS le 19 juin (voir
http://www.sauvonslarecherche.fr/spip.php?article1921 ). Nous lançons
aujourd'hui un appel que nous vous proposons de signer sur notre site :
http://www.sauvonslarecherche.fr/spip.php?article1990
Cet appel peut être signé aussi bien par les personnes travaillant dans la
recherche et l'enseignement supérieur, que par celles qui, nombreuses, nous
ont envoyé des messages de soutien et souhaitent marquer par leur signature
leur engagement aux côtés des personnels. Merci également de le relayer le
plus largement possible.
Nous serons reçus demain par Valérie Pécresse, et lui poserons des questions
très précises relatives aux demandes ci-dessous ; il est donc important dès
à présent de montrer un large soutien à celles-ci. Nous vous ferons
connaître ses réponses à la suite, dans un nouveau message de compte-rendu
de la réunion.
Nous nous engageons pour la recherche et l'enseignement supérieur.
La communauté scientifique a montré depuis plusieurs années sa volonté
d'améliorer le dispositif de recherche et d'enseignement supérieur, en
faisant des propositions concrètes qui restent d'actualité. Toutefois la
profonde restructuration de l'enseignement supérieur et de la recherche
actuellement engagée par le gouvernement conduit à mettre l'activité
scientifique sous contrôle direct du pouvoir politique (bien au delà de la
définition des grandes orientations dont il a la responsabilité). De
nombreuses voix ont critiqué les mesures gouvernementales, en particulier des
directeurs de laboratoires, des médaillés du CNRS, son conseil scientifique
(dont ses membres étrangers), des conseils d'universités, des assemblées
de laboratoires ; le Conseil d'Administration du CNRS n'a pu se tenir le 19
juin traduisant notre profonde inquiétude face à la restructuration imposée
à cet organisme, qui menace sa cohésion et son indépendance. Afin de sortir
d'une crise qui ne peut qu'affaiblir la recherche française, et de
retrouver la confiance nécessaire pour réformer nos institutions dans le sens
de l'intérêt collectif, nous demandons donc aujourd'hui :
1- Que toute évolution du dispositif de recherche se fasse dans le respect
de l'autonomie scientifique et des principes de collégialité et de
démocratie des institutions universitaires et de recherche.
2-Que des moyens suffisants, financiers comme humains (chercheurs et
enseignants-chercheurs, personnels de soutien technique et administratif),
soient attribués aux universités et aux organismes, sur une base
pluri-annuelle. Les établissements pourront ainsi construire une politique
scientifique, leurs laboratoires pourront développer leurs propres projets et
le principe de fonctionnement de la recherche et de l'enseignement supérieur
sur la base de postes statutaires, garant d'une indépendance effective, sera
préservé.
3- Que le CNRS couvre tous les champs du savoir, afin de pouvoir développer
une politique scientifique globale et faire collaborer les disciplines entre
elles.
Ces demandes ont un coût, qui peut être assumé à l'intérieur de
l'enveloppe globale affectée à l'enseignement supérieur et à la
recherche.
Nous sommes déterminés à inscrire notre action dans la durée. Conscients de
notre responsabilité dans la mise en oeuvre d'une évolution du système
d'enseignement supérieur et de recherche, nous nous engageons à
n'accomplir aucune tâche qui contribuerait à affaiblir les fondements
mêmes de notre activité et son avenir à court terme, en cohérence avec le
communiqué du 23 juin signé par des directeurs de laboratoires et des
responsables d'instances scientifiques. Si nous ne sommes pas entendus, nous
mettrons en place une grève administrative progressive ; en particulier, nous
nous engageons à :
1- Suspendre notre participation aux activités d'expertise et
d'évaluation pour l'ANR et l'AERES.
2- Refuser de transmettre toute donnée permettant le pilotage de la recherche
au moyen d'indicateurs contournant l'expertise scientifique.
3- Dans un second temps et si le gouvernement reste sourd à nos demandes
légitimes, pour les directeurs de laboratoires, les responsables d'instances
scientifiques et les membres de ces dernières, démissionner de leurs mandats.
Publié par ACRMP à 12:46:02 dans * Nos annonces | Commentaires (0) | Permaliens
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