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ACRMP

Association des Conservateurs-Restaurateurs de Midi-Pyrénées

JDP 2008 : « patrimoine et création » ou « d'une politique patrimoniale au bling-bling » | 19 septembre 2008

A mes yeux, les JDP de cette année sonnent, si besoin en était, le glas d'une mort annoncée depuis bien longtemps : celle d'une politique patrimoniale.

Bien des érudits ont crié haro sur le XIXè siècle en disant qu'il avait falsifié, massacré, meurtri les œuvres anciennes sous prétexte de les restaurer... Je ne suis pas de cela, enfin, pas tout à fait. Car je n'oublie pas que c'est ce siècle qui a définitivement distingué l'œuvre contemporaine de la création ancienne, accordant à cette dernière un égard particulier, et entreprenant d'en prendre soin. Comme a bien des égards, le XIXè (et on peut même y ajouter le début du XXè siècle) s'est révélé un foisonnement en matière d'art et de culture : non seulement on a créé les Monuments Historiques, avec ce désir de conserver le legs des anciens – avec toutes les polémiques passionnantes qui s'en sont suivies -  mais en plus, on les a tellement admirés que l'on s'en est inspiré avec tous les « néo » possibles. Certes je ne compte pas parmi ceux qui apprécient esthétiquement la majeure partie de ces œuvres, mais je ne vois qu'une seule chose : il y avait là le respect. J'avoue enfin que je ne sais rien des conditions financières de l'époque, mais ce que je peux en déduire est simple : la restauration du patrimoine à l'époque n'était pas soumise à un retour sur investissement.

 

Au milieu du XXè siècle, un bref espoir est né de l'évolution des réflexions, de la théorisation et des pratiques concernant la conservation et la restauration de notre patrimoine : chartes déontologiques internationales, progression de la science, création de cursus spécialisés... en fait, nous étions encore dans la ligne droite de nos prédécesseurs, qui, tout du moins dans leurs écrits et réflexions, avaient semé pour permettre la récolte.

 

Pour ce qui est du patrimoine, ce début de XXIè siècle s'est laissé engloutir par un élan perceptible dans tous les autres pans de la société occidentale : le consumérisme. Pourtant, bien plus que 150 ans auparavant, un pays comme le nôtre aurait tout intérêt à entretenir et restaurer son patrimoine puisque c'est ce dernier, qui en grande partie, a toujours attiré les touristes, et par conséquent, apporte une manne financière...

Même ce temps prosaïque est déjà passé... la culture est devenue une affaire politicienne (quelque soit le « bord » politique »), une affaire d'image et de ... je n'irai pas plus loin. Le retour sur investissement n'est plus seulement pécuniaire, il porte en plus sur l'impact (électoral) et le tapage (médiatique).

« Patrimoine et création », le sujet serait diablement intéressant si l'on était encore dans la lignée du XIXè siècle : comment juxtaposer, faire cohabiter ce que l'on a désigné comme patrimoine et création contemporaine ? Malheureusement ce thème est malmené par biens des comportements et des évènements récents ! Quelles significations peut-on donner à Jeff Koons à Versailles ou à l'art contemporain qui s'installe à Fontainebleau ? Où est l'engagement réel vis-à-vis du patrimoine d'une Région qui dépense son argent en « Ateliers » ou « Portail » patrimoine, sans toutefois débourser beaucoup plus qu'auparavant pour la conservation des œuvres qu'elle met en avant (ou qui la mettent en avant ?)? Combien la ville de Toulouse, le conseil Général de la Haute-Garonne, voire la Région ont-ils déboursé pour la candidature de Toulouse 2013 ?... En matière de culture, ce qui brille n'a pas de prix ; force est de constater que le patrimoine, sauf monument exceptionnel dont ils s'emparent, n'a pas l'éclat suffisant.

 

Le cas Buren est symptomatique de cette « politique culturelle ». On peut comprendre qu'après la polémique crée autour de la dégradation née du manque d'entretien de ses fameuses « colonnes du Palais Royale »[1], le Ministère de la Culture ait tenu promesse en investissant 3,2 M d'euros pour sa restauration. Mais comment interpréter la certaine somme, pour ne pas dire la somme certaine, dévolue à l'artiste pour créer ...la palissade de chantier, au moment même où l'Etat avoue publiquement qu' « il n'a plus les moyens d'entretenir le patrimoine » ?
Décidément, j'ai raté ma vocation... 
 

Françoise Tollon, restauratrice du patrimoine



[1] Voir notre article sur ce blog « les colonnes infernales ».

Publié par ACRMP à 22:01:50 dans * Tribunes libres des membres de l'ACRMP | Commentaires (0) |

La politique du parapluie | 19 septembre 2008

            Vous avez sans doute remarqué que nous dénoncions, assez périodiquement, la politique d'appel d'offre telle qu'elle se pratique dans le secteur patrimonial. Au fil de nos articles nous n'avons cessé de critiquer le choix quasi systématique du « moins disant » dans un contexte où aucune sélection qualitative des candidats ne s'opérait dans les appels à candidature. Sans doute faut-il s'interroger sur cette question simple mais pourtant cruciale : pourquoi nos donneurs d'ordres s'acharnent-t-ils à vouloir prendre systématiquement le prix le plus bas ?
            Car, à bien y regarder, rien dans le code des marchés publics n'impose un tel choix. Au contraire « le guide pratique des marchés à l'usage des collectivités » rappelle que ce type de procédure doit rechercher « le meilleur rapport qualité prix », seule garantie d'un bon usage des deniers publics. Dans ces conditions comment expliquer qu'invariablement les critères de jugement des offres dans le domaine de la restauration des objets d'art donnent une telle importance au prix ?

            Une récente discussion avec un conservateur du patrimoine est à ce sujet assez éclairante. Au cours d'un échange à bâton rompu, il m'avouait sa crainte et sa difficulté à imposer des critères qualitatifs à la seule raison, le cas échéant, de devoir les justifier. En effet si la commission délibérative était amenée à choisir une offre en fonction de critères autres que financiers, elle s'exposerait à la fois à des suspicions de fraude et à la fois à des recours administratifs de la part des candidats malheureux. En d'autres termes elle prendrait un risque que personne ne souhaite assumer.

            Il faut reconnaître que le choix du moins disant, et par conséquent cette « politique du parapluie », n'est pas particulière au domaine du patrimoine. Lorsque l'on observe le fonctionnement adopté par les cellules des marchés publics, on constate que cette pratique est quasiment une règle générale : de l'achat des fournitures par les collectivités aux appels d'offres du BTP, la même règle financière semble s'appliquer.
Et c'est peut-être là que le bas blesse. Peut-être sommes nous coupables de ne pas avoir suffisamment rappelé que l'objet d'art n'est pas un objet comme les autres.  Comme le soulignait Georges Brunel [1] « la particularité du travail de restauration résulte directement de la particularité de l'œuvre d'art. [ ] La différence entre l'œuvre d'art et l'objet ordinaire, et par conséquent la différence entre la réparation et la restauration, n'est pas une affaire de matériau ou de technique ; elle tient uniquement à la reconnaissance de l'objet comme œuvre d'art.  Comment dès lors faire valoir cette singularité au moment même où l'Etat paraît se désengager et où des institutions telles que les Monuments Historiques semblent remettre en cause les protections afférentes aux objets inscrits à l'inventaire ? Peut-être en faisant remarquer les limites qu'implique une telle politique dans la mesure où le choix systématique de critères  financiers largement prédominants dans les cahiers des charges contraint toute possibilité de sélection des candidats. En effet face à deux montants de devis sensiblement équivalents, l'importance accordée aux critères de prix (qui rappelons-le jouent dans la plupart des cas pour 60 voire 70% de la note finale) la commission délibérative n'a d'autre choix que de prendre le moins disant, et ce quelle que soit la nature des prestations proposées.

Peut-être en rappelant aussi aux donneurs d'ordres cette réflexion que m'a faite un jour un ami à propos du vin « tu sais, dans le fond, un vin médiocre et bon marché est toujours un vin trop cher ». Car non seulement cette politique est condamnable d'un point de vue éthique, mais aussi dommageable, à terme, à nos finances publiques. Car devoir refaire, quand ce n'est pas défaire, ce qui a déjà été fait, c'est payer deux fois. Avons-nous réellement les moyens d'une telle politique ?

 

Olivier Clerin


[1] Introduction à la « Théorie de la restauration » de Cesare Brandi, Ecole nationale du patrimoine, Momum, Edition du patrimoine, Paris, novembre 2000.

Publié par ACRMP à 10:05:54 dans * Tribunes libres des membres de l'ACRMP | Commentaires (0) |