• En réponse à monsieur Didier Rykner

    <?xml:namespace prefix = o ns = "urn:schemas-microsoft-com:office:office" /><o:p> </o:p>Merci de votre réponse et de l'attention que vous avez bien voulu porter à mon article paru sur notre blog. J'ai été ravi, pour ne pas dire flatté, de constater que ma modeste contribution au débat ait attiré votre attention. Toutefois je me permets à nouveau de saisir mon clavier afin de répondre à certains arguments que vous soulevez : il est vrai qu'il est tentant, lorsque les signataires de la pétition vous accusent de « vendre votre âme », de vouloir jouer les avocats du diable !

    Et en tout premier lieu sur votre légitime question « pensez-vous une seconde que cet argent (vous évoquez les sommes perçues suite aux prêts des œuvres) ira vraiment au musée ? ». Et bien non, pas une seconde. Pas même un dixième de seconde ! Oui vous avez cent fois raisons de dire qu'un maire n'affectera jamais cet argent à un musée sans, dans le même temps, diminuer d'autant sa subvention municipale.  Mais si, comme vous, je ne me fais aucune illusion sur les arbitrages budgétaires et souvent l'inculture de nos élus, je miserais volontiers sur leurs penchants mercantiles.  Car si, comme vous l'affirmez, un prêt à long terme est susceptible de leur rapporter « un ou deux millions d'euros » alors, il y a fort à parier qu'ils se soucieront un peu plus de nos pauvres musées qu'ils ne l'ont fait jusqu'à présent. Je vous invite à venir en province visiter nos salles et admirer l'état de conservation et de présentation de nos chefs d'œuvres. Venez rencontrer nos élus et nos responsables à la culture. Venez assister aux débats, lors des conseils municipaux, sur les attributions de subvention au patrimoine : on expédie en cinq minutes les budgets pharaoniques des travaux publics pour s'éterniser deux heures sur la pertinence d'une modeste allocation au musée de la ville. Même lorsqu'ils possèdent le fameux label de « musée de France », ceux-ci sont considérés comme de véritables boulets financiers. Et quelles solutions proposent nos signataires ? Aucune, pas une ligne, pas même un mot.  Comme disait le poète « la critique est aisée mais l'art est difficile ».


    Je ne contesterai pas plus votre argument lorsque vous vous interrogez sur le nombre de conservateurs « favorables à cette expérimentation ». Si nos chers historiens d'art étaient des révolutionnaires, ça se saurait ! Je m'interroge quand même sur leurs réactions quasi unanimes : sont-ils animés par la défense du bien commun et du droit d'accès au public ou sont-ils scandalisés de ne pas avoir été consultés sur la réforme ?  Vous pointez du doigt les responsables de cette « dérive » en désignant bien sûr les politiques mais aussi les dirigeants des grands établissements qui ont le tort de ne pas appartenir au prestigieux corps des conservateurs. Faut-il rappeler que si les conservateurs sont responsables des collections publiques, ils n'en sont pas les propriétaires. Et même si nos oreilles y sont peu habituées, il n'est pas indécent d'entendre que ce sont les politiques, c'est-à-dire nos élus, qui ont la légitimité et sans doute le devoir de décider (même si je m'associe volontiers à leur colère devant l'absence de dialogue et de concertation).


    Mais pour finir, j'aimerais aborder le cœur de la polémique : est-il indécent de « louer », pour une période déterminée, nos chefs d'œuvres à des musées étrangers ? Et bien je pense que non, il n'est pas honteux, moyennant espèces sonnantes et trébuchantes, de laisser partir certains bijoux de nos collections. Tout d'abord parce que l'art, contrairement aux discours ambiants sur la « dématérialisation de la culture », est une réalité. J'entends par là que les œuvres d'art sont un assemblage, souvent complexe, de matériaux divers. En  conséquence de quoi, leur stockage, leur présentation, leur restauration, leur entretien ou simplement leur surveillance ont un coût. Et que plus personne, en dehors de quelques mécènes avides de retour sur image, ne veut mettre la main au porte-monnaie (à cet égard je suis prêt à offrir un repas chez Michel Bras à qui me fournira la liste de ceux qui nous envient notre « monde des musées (... ) pour l'exceptionnel soutien dont il bénéficie de la part de l'Etat et des municipalités »).


    Ensuite pour défendre la question de principe concernant la libre circulation des œuvres d'art à travers le monde. En tant que restaurateur de peintures, je connais toutes les réserves et conditions qu'il faut poser au transport et conditionnement des œuvres. Mais plutôt qu'une longue dissertation,  je rappellerais juste le discours que fit André Malraux à l'Assemblée Nationale le 9 novembre 1963 : « J'ai tellement lu qu'il ne fallait pas prêter la Joconde parce qu'elle ne pouvait pas voyager – elle est revenue intacte – que je n'ai pas été mécontent de voir qu'aux Etats-Unis ce tableau, envoyé par la France, était reçu par le Président, le Sénat, la Cour suprême comme aucun être vivant n'avait été reçu, et qu'à Washington – ville aujourd'hui en majorité noire – les pauvres femmes arrivaient avec leurs enfants les yeux baissés jusqu'au tableau, relevaient les yeux pour le voir, retournaient encore, comme pour voir des icônes. En définitive, ces centaines de milliers d'êtres qui venaient admirer la Joconde venaient dire merci à la France ».

    <o:p> </o:p>

    Olivier CLERIN


  • Commentaires

    1
    Pauline Guigou
    Jeudi 10 Janvier 2008 à 19:40
    Proposition d'interview au sujet de la création du Musée universel d'Abou Dhabi
    Bonjour, Je me présente: Pauline Guigou, étudiante en master de Communication à Sciences-Po Paris. J'effectue un travail sur le projet de création du Musée universel d'Abou Dhabi et de la controverse qu"il a suscitée. Votre prise de position au sein de la polémique m'intéresse tout particulièrement. Serait-il possible de vous interviewer à ce sujet? En vous remerciant beaucoup par avance, Bien cordialement Pauline Guigou
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