• JDP 2008 : « patrimoine et création » ou « d'une politique patrimoniale au bling-bling »

    A mes yeux, les JDP de cette année sonnent, si besoin en était, le glas d'une mort annoncée depuis bien longtemps : celle d'une politique patrimoniale.

    Bien des érudits ont crié haro sur le XIXè siècle en disant qu'il avait falsifié, massacré, meurtri les œuvres anciennes sous prétexte de les restaurer... Je ne suis pas de cela, enfin, pas tout à fait. Car je n'oublie pas que c'est ce siècle qui a définitivement distingué l'œuvre contemporaine de la création ancienne, accordant à cette dernière un égard particulier, et entreprenant d'en prendre soin. Comme a bien des égards, le XIXè (et on peut même y ajouter le début du XXè siècle) s'est révélé un foisonnement en matière d'art et de culture : non seulement on a créé les Monuments Historiques, avec ce désir de conserver le legs des anciens – avec toutes les polémiques passionnantes qui s'en sont suivies -  mais en plus, on les a tellement admirés que l'on s'en est inspiré avec tous les « néo » possibles. Certes je ne compte pas parmi ceux qui apprécient esthétiquement la majeure partie de ces œuvres, mais je ne vois qu'une seule chose : il y avait là le respect. J'avoue enfin que je ne sais rien des conditions financières de l'époque, mais ce que je peux en déduire est simple : la restauration du patrimoine à l'époque n'était pas soumise à un retour sur investissement.

    <?xml:namespace prefix = o ns = "urn:schemas-microsoft-com:office:office" /><o:p> </o:p>

    Au milieu du XXè siècle, un bref espoir est né de l'évolution des réflexions, de la théorisation et des pratiques concernant la conservation et la restauration de notre patrimoine : chartes déontologiques internationales, progression de la science, création de cursus spécialisés... en fait, nous étions encore dans la ligne droite de nos prédécesseurs, qui, tout du moins dans leurs écrits et réflexions, avaient semé pour permettre la récolte.

    <o:p> </o:p>

    Pour ce qui est du patrimoine, ce début de XXIè siècle s'est laissé engloutir par un élan perceptible dans tous les autres pans de la société occidentale : le consumérisme. Pourtant, bien plus que 150 ans auparavant, un pays comme le nôtre aurait tout intérêt à entretenir et restaurer son patrimoine puisque c'est ce dernier, qui en grande partie, a toujours attiré les touristes, et par conséquent, apporte une manne financière...

    Même ce temps prosaïque est déjà passé... la culture est devenue une affaire politicienne (quelque soit le « bord » politique »), une affaire d'image et de ... je n'irai pas plus loin. Le retour sur investissement n'est plus seulement pécuniaire, il porte en plus sur l'impact (électoral) et le tapage (médiatique).

    « Patrimoine et création », le sujet serait diablement intéressant si l'on était encore dans la lignée du XIXè siècle : comment juxtaposer, faire cohabiter ce que l'on a désigné comme patrimoine et création contemporaine ? Malheureusement ce thème est malmené par biens des comportements et des évènements récents ! Quelles significations peut-on donner à Jeff Koons à Versailles ou à l'art contemporain qui s'installe à Fontainebleau ? Où est l'engagement réel vis-à-vis du patrimoine d'une Région qui dépense son argent en « Ateliers » ou « Portail » patrimoine, sans toutefois débourser beaucoup plus qu'auparavant pour la conservation des œuvres qu'elle met en avant (ou qui la mettent en avant ?)? Combien la ville de Toulouse, le conseil Général de la Haute-Garonne, voire la Région ont-ils déboursé pour la candidature de Toulouse 2013 ?... En matière de culture, ce qui brille n'a pas de prix ; force est de constater que le patrimoine, sauf monument exceptionnel dont ils s'emparent, n'a pas l'éclat suffisant.

     

    Le cas Buren est symptomatique de cette « politique culturelle ». On peut comprendre qu'après la polémique crée autour de la dégradation née du manque d'entretien de ses fameuses « colonnes du Palais Royale »[1], le Ministère de la Culture ait tenu promesse en investissant 3,2 M d'euros pour sa restauration. Mais comment interpréter la certaine somme, pour ne pas dire la somme certaine, dévolue à l'artiste pour créer ...la palissade de chantier, au moment même où l'Etat avoue publiquement qu' « il n'a plus les moyens d'entretenir le patrimoine » ?
    Décidément, j'ai raté ma vocation... 
    <o:p> </o:p>

    Françoise Tollon, restauratrice du patrimoine



    [1] Voir notre article sur ce blog « les colonnes infernales ».



    Tags Tags : , , , , ,
  • Commentaires

    Aucun commentaire pour le moment

    Suivre le flux RSS des commentaires


    Ajouter un commentaire

    Nom / Pseudo :

    E-mail (facultatif) :

    Site Web (facultatif) :

    Commentaire :