• Les appels d'offre: peut-on vraiment en rire?

    Le 16 janvier dernier, un Conseil Général de Midi-Pyrénées lançait un appel d'offre (MAPA) pour la restauration de collections archéologiques : un ensemble de 22 objets métalliques mérovingiens, un trésor monétaire et l'amphore dans lequel il était contenu, trésor qui se compose d'un bloc aggloméré de monnaies et de 6107 monnaies isolés. En pièces jointes à télécharger, et en dehors des déclarations administratives, se trouvaient : une liste des objets, des documents photographiques, une seconde liste avec des options, et le cahier des charges. Les réponses devaient parvenir avant le 1er février 17h00 au Conseil Général. Pour cet appel d'offre, aucune consultation des œuvres n'était proposée. La conservation départementale des musées pouvait être contactée, ainsi que le service des marchés publics. Nous avons bien sûr répondu, connaissant la collection parfaitement depuis 1995 pour les monnaies, 2003 pour l'autre lot, et ayant encore au laboratoire d'autres objets en traitement du même site. Certes, les documents fournis n'étaient pour le moins pas très explicites, à tel point que nous avons téléphoné au Conseil Général pour signaler les difficultés de corréler les photos à la liste, que des objets n'étaient même pas représentés, que des documents administratifs ne pouvaient être obtenus en 15 jours, que des traitements réalisés par nos soins n'étaient pas signalés. Le 16 février, des collègues de Paris nous annonçaient qu'ils étaient retenus, à leur grande surprise, et pour une offre de moitié inférieure à la nôtre. Le législateur interpellé n'a pas retenu le manque de précision du cahier des charges, ni l'absence de mention de qualification requise des candidats pour des œuvres inscrites sur l'inventaire des Musées de France, ni le manque de transparence du cahier des charges : absence de photographies des 6107 monnaies, de l'amphore, d'un objet mérovingien ; aucun constat d'état ; une documentation non actualisée et fournie par les archéologues en 2003 et 2005. Le législateur n'a rien retenu de tout ça, car, dans ce dossier, ce sont des questions déontologiques et éthiques qui émergent. Tous les candidats sont dûment diplômés des grandes formations, trois appartiennent au réseau des laboratoires des musées de France, le quatrième est expérimenté et réputé pour ses travaux sur les céramiques grecques ; le dossier était piloté par un conservateur de musées, professionnel au sein d'une conservation départementale des musées, et non par une collectivité sans compétence. Alors, bien sûr, il n'aurait pas fallu répondre ; il aurait fallu demander la consultation des collections, demander des précisions sur les objectifs à atteindre, dénoncer les manquements du règlement et du cahier des charges, dénoncer une offre anormalement basse. Mais l'on peut se demander, légitimement, comment des professionnels de la conservation osent présenter, dans le cadre d'un appel d'offre, des dossiers en dépit du bon sens, sans transparence, sans référence à la loi musée de 2002, sans constat d'état. On peut se demander comment des professionnels de la restauration peuvent répondre à des appels d'offre au vu d'une documentation sommaire, sans souhaiter voir les objets. On peut surtout se demander si l'on peut faire une évaluation de travaux et un chiffrage sincère et véritable sans voir un objet, ni la moindre photographie, et sans descriptif de son état de conservation. Certes, comme l'a énoncé le conseil général en défense, la photographie de l'amphore n'existe pas car l'amphore est cassée.... On pourrait en rire de tout cela, si le fond n'était pas aussi grave. La crise générale, le manque de crédits, la lourdeur des appels d'offre tant pour les collectivités que pour les restaurateurs confinent nos attitudes au bord du ridicule, au bord du précipice. Où sont les codes déontologiques, l'éthique, la nécessité des constats d'état, le rapprochement entre les interlocuteurs, la considération même du patrimoine ? Si les professionnels de la conservation et ceux de la restauration ne mettent pas les garde-fous qui sont pleinement en leur possession, personne ne le fera pour eux. Et nous pouvons craindre qu'à ce rythme, la chute ne sera que plus rapide.

    Monique Drieux Daguerre, Materia Viva, Toulouse.


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