• Les colonnes infernales ...

                 Lorsque l'on évoque les chefs d'œuvres en péril, tout le monde pense bien sûr aux cathédrales ou aux bâtiments protégés au titre des monuments historiques. Personne n'aurait imaginé que les conséquences des « contraintes budgétaires » pesant sur le patrimoine affecteraient aussi une œuvre aussi emblématique que les fameuses colonnes du Palais Royal. Et pourtant, à entendre Daniel Buren s'exprimer sur le sort réservé à son œuvre, le problème a pris une telle ampleur qu'il envisage sérieusement sa démolition pure et simple : « c'est une pièce qui est à 50% détruite (...) C'est une forme de vandalisme, mais c'est du vandalisme d'Etat ».

                   « Les deux Plateaux », titre original de l'œuvre, avait, on s'en souvient, soulevé une énorme polémique lors de son installation au Palais Royal. Au point que la droite en avait fait un enjeu électoral en menaçant de la démonter en cas de victoire électorale, projet finalement abandonné par François Léotard, devenu Ministre de la Culture, en raison du coût jugé trop important. Ironie de l'histoire, c'est aujourd'hui l'artiste lui-même qui brandit à nouveau la menace : « je me bats depuis des années et j'ai vu les choses péricliter ministre après ministre ». Car depuis son installation, l'œuvre ne cesse de se détériorer faute d'entretien « il n'y a plus d'eau depuis huit ans. C'est un bail pour une pièce qui repose au moins à 50% sur son côté fontaine. Il n'y a plus d'électricité non plus ».

                   Mais Daniel Buren peut-il exiger la destruction de son oeuvre dès lors qu'elle appartient au patrimoine public ?  Oui, si on en croit l'exercice du droit moral que le code de la propriété intellectuelle reconnaît aux auteurs, et particulièrement le « droit au respect de l'intégrité de l'oeuvre » qui stipule que l'auteur peut s'opposer à toutes modifications, déformations ou mutilations de son oeuvre. Déjà en 1936 le sculpteur Sudre avait gagné contre une municipalité qui avait mal entretenu sa fontaine. Le commissaire du gouvernement d'alors avait estimé que la collectivité publique devait, « bien plus qu'un particulier, veiller à ce qu'aucune atteinte ne soit portée aux droits d'auteur, la collectivité étant gardienne de l'oeuvre dans l'intérêt général».

                   Mais que l'on se tranquillise, car comme le rapporte le Figaro «Christine Albanel, a tenu personnellement à le rassurer. Le recevant hier au ministère, dont les fenêtres donnent sur l'œuvre, puis lors d'une promenade entre les fameuses colonnes rayées blanches et noires, elle lui a rappelé qu'une restauration avait bel et bien été décidée (nos éditions du 29 décembre) et même qu'elle serait engagée plus tôt que prévu. «Avant l'été», a-t-elle promis». Dix mois de travaux sont prévus pour un coût de 4 millions d'euros sur un ensemble global de rénovation du site d'environ 14 millions d'euros. Suite à son entretien du 18 janvier dernier, Daniel Buren a déclaré «C'est officiel, je suis donc très confiant». Jean-Jacques Rousseau avait bien raison lorsqu'il affirmait «on jouit moins de tout ce qu'on obtient que de ce qu'on espère».

                 Olivier Clérin


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