• Merci Monsieur Lang !!

    Enfin ! Enfin une voix s'élève pour dénoncer la catastrophique situation dans laquelle se trouve notre patrimoine. Il aura fallu attendre plus de deux ans pour entendre un élu de notre république avoir le courage d'avouer qu'il s'est, comme bien d'autres, trompé et que le secteur de la restauration est aujourd'hui sinistré. Deux ans pendant lesquels on a non seulement  amputé (sans aucune anesthésie)  les budgets alloués au patrimoine, mais aussi et surtout dénié le droit aux acteurs concernés d'oser se plaindre. Il faut se souvenir par exemple des déclarations d'un autre et heureusement ancien ministre de la culture lors de sa conférence de presse à l'occasion des JDP : au milieu des revendications notamment d'architectes en chef courageusement sortis de leur réserve, M. Donnedieu de Vabres n'avait pas hésité à réaffirmer   « que tout allait bien ». Et preuve que le ridicule ne tue plus depuis belle lurette, d'ajouter « que le patrimoine était au cœur de ses préoccupations et de celles du gouvernement et que les crédits (les crédits dépensés affirmait-t-il) restent à peu près stables ».Très franchement j'aimerais bien connaître l'état des financements  des secteurs que le gouvernement ne jugeait pas prioritaire.

    Alors merci à M. Lang pour son interview accordé au Monde le 15 septembre dernier, non pas tant pour l'originalité de ses propos mais pour oser dire enfin que «le roi est nu ».

    <?xml:namespace prefix = o ns = "urn:schemas-microsoft-com:office:office" /><o:p> </o:p>Jack Lang, ancien ministre de la culture

    "La situation des monuments historiques est désastreuse"

    LE MONDE | 15.09.07 | 13h20  •  Mis à jour le 15.09.07 | 13h24

    Aujourd'hui député (PS) de Boulogne-sur-Mer, en coquetterie avec le Parti socialiste pour avoir accepté du président de la République, Nicolas Sarkozy, une mission sur la réforme de l'Etat, Jack Lang garde un oeil attentif sur le domaine culturel. Ministre de la culture de 1981 à 1986 et de 1988 à 1993, il s'est rarement autorisé à commenter l'action de ses successeurs. A l'occasion de la 24e édition, samedi et dimanche, des Journées du patrimoine, manifestation qu'il avait lancée, il s'alarme pourtant de l'état du patrimoine monumental.

    Les Journées du patrimoine vont drainer vers les monuments historiques des millions de visiteurs. Dans le même temps, la situation de ce secteur reste alarmante. Comment expliquer ce paradoxe ?
    Il me semblait nécessaire, quand j'ai lancé la Fête du patrimoine, il y a plus de vingt ans, que les Français aient accès gratuitement, au moins une fois par an, aux monuments historiques qui sont le bien commun de la nation. Je pensais également, sans doute naïvement, que ce plébiscite populaire annuel obligerait les gouvernements à dégager des crédits croissants en faveur du patrimoine.
    Je me suis trompé. Aujourd'hui, la situation de ce secteur est désastreuse. Les chiffres parlent d'eux- mêmes. Depuis 2002, les crédits affectés à l'entretien et à la restauration des monuments historiques ont baissé de moitié. Ils étaient de 536 millions d'euros, ils sont tombés à 270 millions d'euros cinq ans plus tard. Mais le plus grave, ce sont les fluctuations d'une année sur l'autre, les incertitudes, l'instabilité de ces crédits.
    Or, pour les entreprises, pour les architectes et pour les propriétaires, la régularité de ces ressources est une exigence d'économie : rien n'est plus ruineux que les chantiers interrompus. Enfin, les entreprises de restauration sont les premières victimes d'une politique particulièrement erratique. Certaines ont dû fermer leurs portes. Les métiers d'art qui transmettent difficilement leur savoir ont besoin eux aussi de continuité.
    2006 a été une année noire : 300 chantiers ont été arrêtés, la dette de l'Etat était de 180 millions d'euros envers les entreprises de restauration, qui ont perdu cette année-là 700 emplois hautement spécialisés.
    Le précédent gouvernement a affecté 70 millions d'euros par an aux monuments historiques, prélevés sur les droits de mutation. N'est-ce pas suffisant ?
    C'est bien, et ce n'est pas assez. Aujourd'hui, alors que la dotation annuelle tourne autour de 300 millions d'euros, le budget nécessaire à l'entretien et à la restauration des monuments historiques devrait atteindre 400 millions d'euros. Sans une intervention de la puissance publique au plus haut niveau, on restera dans la politique de l'accordéon, du colmatage. Il existe en France plus de 40 000 monuments protégés. C'est une charge très lourde.
    Mais c'est aussi une chance pour notre pays. Une source de beauté, qui permet l'enracinement des citoyens dans leur pays. L'identité nationale, devenue un lieu commun des discours politiques, passe notamment par les paysages, les sites et les monuments.
    Ce patrimoine vous semble-t-il menacé ?
    Certaines communes entreprennent aujourd'hui la destruction de leurs églises. La disparition de ces lieux spirituels ne devrait pas être possible, sauf procédure d'exception.
    Ce patrimoine cultuel, même non protégé, même banal, doit être respecté. Mais comment l'Etat peut-il demander aux collectivités locales de respecter leur patrimoine historique alors que lui-même brade le sien ? Ainsi, j'avais fait acheter et restaurer des hôtels particuliers dans le Marais, l'hôtel de Croisilles et celui de Vigny, rue du Parc-Royal à Paris, pour y installer les services de l'inventaire et la médiathèque du patrimoine. Ces immeubles sont aujourd'hui vendus par l'Etat.
    Les crédits attribués aux secteurs sauvegardés, sans doute le legs le plus important du ministère Malraux, sont asséchés, comme ceux de la zone de protection du patrimoine architectural, urbain et paysager (ZPPAUP) que j'avais mise sur pied. Le patrimoine est une cause nationale. Il faut dégager des moyens durables pour entretenir cet héritage légué par l'histoire. L'actuelle ministre de la culture, Christine Albanel, qui a conduit avec ambition la restauration de Versailles, saura, j'en suis sûr, mener cette croisade.
    Le budget de la culture n'est pas extensible. Et les gouvernements doivent tous répondre à cette question : faut-il privilégier le patrimoine ou la création ?
    Je suis un archaïque d'avant-garde, donc je récuse ce choix. La culture est un bloc. D'ailleurs quand le patrimoine souffre, la création n'est pas mieux traitée. Privilégier l'un ou l'autre, c'est mettre en avant des cache-misère pour dissimuler le désengagement général de l'Etat. La médiocrité de notre investissement dans l'intelligence, c'est-à-dire la culture, l'éducation ou la recherche, est la grande faiblesse de la France. Pourtant la clé de la croissance est là.
    Propos recueillis par Emmanuel de Roux
    Article paru dans l'édition du 16.09.07.

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