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ACRMP

Association des Conservateurs-Restaurateurs de Midi-Pyrénées

Silence on tourne | 30 septembre 2008

          Il est commun de dire que la réalité dépasse souvent la fiction. Mais parfois, il faut en convenir, c'est la fiction qui dépasse la réalité. Car qui aurait pu imaginer qu'au moment où l'Etat abandonne son patrimoine comme les vacanciers le font de leur animal de compagnie un soir d'été, une filiale de la célèbre société « Endémol » avait imaginé une véritable « Star Ac » des vieilles pierres ?

 

Petit retour en arrière.  En septembre 2007 la maison de production Endémol fait appel à l'historien animateur Franck Ferrand pour conduire un jeu de télé-réalité sur la restauration du patrimoine. Le principe était simple : les téléspectateurs devaient choisir parmi une dizaine de « chefs d'œuvre en périls »  celui qui mériterait d'empocher la coquette somme de 600 000 euros pour financer ses travaux de rénovation. Le programme, prévu sur Arte, avait fait l'objet d'un premier tournage à Juvisy, ville de l'Essonne où Camille Flammarion[1] fonda en 1887 l'Observatoire privé de la Société Astronomique de France[2]. Mais au début du mois de septembre, patatra : la maison de production, après dix-huit mois d'hésitation, jette l'éponge.

 

On peut compatir bien sûr à la déception de tous les amoureux de ce haut lieu de l'astronomie mais gageons que l'imagination, ô combien fertile, de nos producteurs télé ne s'arrêtera pas là. Qu'ils se rassurent et prennent leur mal en patience, je ne serais pas étonné que figure déjà, dans les projets de nos créatifs médias, un « Kho Lanta des objets d'art » ou un « secret story des musées ». J'imagine une « île de la tentation des conservateurs [3]» où, à peine descendus de leur embarcation, des responsables de collections publiques seraient livrés à des restaurateurs affamés prêts à tout pour leur ravir leurs précieux chef-d'œuvres[4]...les larmes qui coulent lors de veillées tropicales où on leur présenterait, sur des ordinateurs portables, le fruit de nos restaurations...les scènes déchirantes des adieux où ils devraient faire le choix de repartir avec ou sans leurs objets...

 Comme le rappelle slogan de l'Observatoire de Juvisy, Camille Flammarion disait" Nous sommes tous des citoyens du Ciel". Des « Stars Académiciens » en somme.
 

[1] Camille Flammarion est né  en 1842 à Montigny-le-roi. Après un bref passage à l'Observatoire de Paris, de 1858 à 1862, il devient un chroniqueur scientifique reconnu et publie de nombreux articles dans l'Intransigeant, le Cosmos, le Magasin pittoresque. Il connaît définitivement le succès lors de la parution de l'Astronomie populaire en 1879. Ami de Gustave Eiffel, Camille Saint-Saëns, Jean Macé et Charles Garnier, il reçoit à Juvisy l'empereur du Brésil Dom Pedro II, l'astronome américain Percival Lowell et contribue à la diffusion de l'astronomie dans toutes les couches de la société. Il développe l'astrophotographie dans ses observations et s'intéresse aux phénomènes paranormaux liés aux manifestations psychiques. Il obtient le grand prix de l'Exposition universelle en 1900 pour ses expériences menées à Juvisy dans des serres monochromatiques. Une rue à Juvisy, un boulevard et un lycée à Marseille, une petite planète, "Flammario", portent son nom.

[2] Le site de l'Observatoire, classé depuis 1980, abrite un bâtiment inscrit à l'inventaire supplémentaire des monuments historiques depuis 1996. Les objets scientifiques ont été classés monuments historiques par la Commission Supérieure dans sa séance du 19 juin 1997.

[3] N'y voyez, bien sûr, aucun rapport avec le projet d'Abhu Dhabi.

[4] Toute ressemblance avec la réalité serait fortuite...

Publié par ACRMP à 18:19:02 dans * Tribunes libres des membres de l'ACRMP | Commentaires (1) |

Jour De Pluie. | 24 septembre 2008

 Nous pourrions mentir, ou tout du moins être hypocrite, en affirmant que l'ACRMP a fait le choix délibéré de ne pas intervenir durant les dernières JDP. Non seulement cela aurait été malhonnête,  mais surtout cela ne nous aurait pas ressemblé. En vérité nous nous y sommes pris trop tard et les actions prévues au dernier moment n'ont pas rassemblé assez de monde.

Ces Journées du Patrimoine ont toujours été pour nous l'occasion de rappeler la crise majeure que traversent aujourd'hui l'entretien et la conservation de notre cher patrimoine. Depuis trois ans nous n'avons cessé d'alerter l'opinion et les pouvoirs publics sur la dégradation constante de nos conditions de travail et des sources de financement, en vain. Aujourd'hui encore la situation reste préoccupante et si il fallait s'en convaincre, il suffit de lire l'annonce de l'AFP du 4 septembre du lancement de ces JDP par Mme Albanel :

 Un peu avant l'intervention de la ministre, des associations liées au patrimoine s'étaient d'ailleurs "alarmées" devant la presse de la "dégradation continue des moyens" dévolus au secteur.

Les responsables de
la Demeure Historique (3.000 monuments historiques privés) et du Groupement français des entreprises de restauration de monuments historiques (GMH, 180 entreprises), ont ainsi évoqué la "situation inquiétante" du patrimoine en région, dénonçant par ailleurs les règles limitant le mécénat ou le risque de plafonnement des déductions fiscales pour les monuments privés.

Selon eux, les responsables des affaires culturelles de l'Etat de Rhône-Alpes et Bourgogne "ont décidé cette année de n'autoriser aucun nouvel engagement", ont-ils indiqué.

Philippe Toussaint, président de VMF (Vieilles Maisons françaises) craint pour sa part que "la moitié des régions ne se retrouvent dans cette situation à la fin de l'année", a-t-il dit à la presse.

Les associations, qui réclament une grande table-ronde du secteur, demandent une dotation exceptionnelle pour "purger" les 600 millions de crédits engagés dans les travaux en cours, proposant ainsi un "prélèvement sur les 45 milliards d'immobilier que l'Etat a décidé de vendre".

 Dans le même ton Télérama[1] s'est fait écho de cette conférence de presse que l'hebdomadaire a qualifié de « véhémente », évoquant les réactions des professionnels du GMH[2] présents. Luc Le Chatelier de rappeler par exemple qu'il n'y a « rien de bien neuf sous le soleil de France, sauf que ça empire : en 2008, les crédits pour le patrimoine alloués aux directions régionales des affaires culturelles (Drac) ont baissé de 20 à 40% par rapport à 2007, et les financements se concentrent sur les gros chantiers essentiellement à Paris et en Ile-de-France, alors que 65% des monuments en péril se situent dans des communes de moins de 2000 habitants. »
 Et de rajouter qu' « aujourd'hui, 41% des monuments historiques sont jugés « en état défectueux » par le ministère de la Culture ; ils étaient 32% en 2002. Et si l'on voulait d'un coup tout réparer, il faudrait débourser 11 milliards d'euros.»
 

Malheureusement notre association n'échappe pas aux difficultés du moment. Un sentiment de lassitude, pour ne pas dire de découragement, gagne peu à peu des adhérents qui ont le sentiment d'être abandonnés. Préoccupés par leur survie économique, et qui leur en fera le reproche, certains se laissent aller à une forme de repli sur soi.

Mais que les promoteurs et complices de cette politique d'abandon ne se réjouissent pas trop vite. Cet échec n'est qu'une bataille perdue. Pas la fin de la guerre. Nous sommes encore suffisamment nombreux à vouloir nous battre pour défendre ces trésors que nous ont légués nos anciens. Il sera sans doute nécessaire de tirer les leçons de notre inertie et de réfléchir à de nouvelles orientations.   Mais comme le dit si bien un proverbe persan, « de quatre choses nous avons plus que nous croyons : des péchés, des dettes, des ennemis...et des années ».

A très bientôt donc.

 

ACRMP



[1] Télérama 3062 du 17 septembre 2008, « Le patrimoine, c'est la ruine » par Luc Le Chatelier.

[2] GMH : Groupements des entreprises de restauration des Monuments Historiques (190 PME et 9000 compagnons).

Publié par ACRMP à 21:23:29 dans * Association de Conservateurs - Restaurateurs de biens culturels | Commentaires (0) |

JDP 2008 : « patrimoine et création » ou « d'une politique patrimoniale au bling-bling » | 19 septembre 2008

A mes yeux, les JDP de cette année sonnent, si besoin en était, le glas d'une mort annoncée depuis bien longtemps : celle d'une politique patrimoniale.

Bien des érudits ont crié haro sur le XIXè siècle en disant qu'il avait falsifié, massacré, meurtri les œuvres anciennes sous prétexte de les restaurer... Je ne suis pas de cela, enfin, pas tout à fait. Car je n'oublie pas que c'est ce siècle qui a définitivement distingué l'œuvre contemporaine de la création ancienne, accordant à cette dernière un égard particulier, et entreprenant d'en prendre soin. Comme a bien des égards, le XIXè (et on peut même y ajouter le début du XXè siècle) s'est révélé un foisonnement en matière d'art et de culture : non seulement on a créé les Monuments Historiques, avec ce désir de conserver le legs des anciens – avec toutes les polémiques passionnantes qui s'en sont suivies -  mais en plus, on les a tellement admirés que l'on s'en est inspiré avec tous les « néo » possibles. Certes je ne compte pas parmi ceux qui apprécient esthétiquement la majeure partie de ces œuvres, mais je ne vois qu'une seule chose : il y avait là le respect. J'avoue enfin que je ne sais rien des conditions financières de l'époque, mais ce que je peux en déduire est simple : la restauration du patrimoine à l'époque n'était pas soumise à un retour sur investissement.

 

Au milieu du XXè siècle, un bref espoir est né de l'évolution des réflexions, de la théorisation et des pratiques concernant la conservation et la restauration de notre patrimoine : chartes déontologiques internationales, progression de la science, création de cursus spécialisés... en fait, nous étions encore dans la ligne droite de nos prédécesseurs, qui, tout du moins dans leurs écrits et réflexions, avaient semé pour permettre la récolte.

 

Pour ce qui est du patrimoine, ce début de XXIè siècle s'est laissé engloutir par un élan perceptible dans tous les autres pans de la société occidentale : le consumérisme. Pourtant, bien plus que 150 ans auparavant, un pays comme le nôtre aurait tout intérêt à entretenir et restaurer son patrimoine puisque c'est ce dernier, qui en grande partie, a toujours attiré les touristes, et par conséquent, apporte une manne financière...

Même ce temps prosaïque est déjà passé... la culture est devenue une affaire politicienne (quelque soit le « bord » politique »), une affaire d'image et de ... je n'irai pas plus loin. Le retour sur investissement n'est plus seulement pécuniaire, il porte en plus sur l'impact (électoral) et le tapage (médiatique).

« Patrimoine et création », le sujet serait diablement intéressant si l'on était encore dans la lignée du XIXè siècle : comment juxtaposer, faire cohabiter ce que l'on a désigné comme patrimoine et création contemporaine ? Malheureusement ce thème est malmené par biens des comportements et des évènements récents ! Quelles significations peut-on donner à Jeff Koons à Versailles ou à l'art contemporain qui s'installe à Fontainebleau ? Où est l'engagement réel vis-à-vis du patrimoine d'une Région qui dépense son argent en « Ateliers » ou « Portail » patrimoine, sans toutefois débourser beaucoup plus qu'auparavant pour la conservation des œuvres qu'elle met en avant (ou qui la mettent en avant ?)? Combien la ville de Toulouse, le conseil Général de la Haute-Garonne, voire la Région ont-ils déboursé pour la candidature de Toulouse 2013 ?... En matière de culture, ce qui brille n'a pas de prix ; force est de constater que le patrimoine, sauf monument exceptionnel dont ils s'emparent, n'a pas l'éclat suffisant.

 

Le cas Buren est symptomatique de cette « politique culturelle ». On peut comprendre qu'après la polémique crée autour de la dégradation née du manque d'entretien de ses fameuses « colonnes du Palais Royale »[1], le Ministère de la Culture ait tenu promesse en investissant 3,2 M d'euros pour sa restauration. Mais comment interpréter la certaine somme, pour ne pas dire la somme certaine, dévolue à l'artiste pour créer ...la palissade de chantier, au moment même où l'Etat avoue publiquement qu' « il n'a plus les moyens d'entretenir le patrimoine » ?
Décidément, j'ai raté ma vocation... 
 

Françoise Tollon, restauratrice du patrimoine



[1] Voir notre article sur ce blog « les colonnes infernales ».

Publié par ACRMP à 22:01:50 dans * Tribunes libres des membres de l'ACRMP | Commentaires (0) |

La politique du parapluie | 19 septembre 2008

            Vous avez sans doute remarqué que nous dénoncions, assez périodiquement, la politique d'appel d'offre telle qu'elle se pratique dans le secteur patrimonial. Au fil de nos articles nous n'avons cessé de critiquer le choix quasi systématique du « moins disant » dans un contexte où aucune sélection qualitative des candidats ne s'opérait dans les appels à candidature. Sans doute faut-il s'interroger sur cette question simple mais pourtant cruciale : pourquoi nos donneurs d'ordres s'acharnent-t-ils à vouloir prendre systématiquement le prix le plus bas ?
            Car, à bien y regarder, rien dans le code des marchés publics n'impose un tel choix. Au contraire « le guide pratique des marchés à l'usage des collectivités » rappelle que ce type de procédure doit rechercher « le meilleur rapport qualité prix », seule garantie d'un bon usage des deniers publics. Dans ces conditions comment expliquer qu'invariablement les critères de jugement des offres dans le domaine de la restauration des objets d'art donnent une telle importance au prix ?

            Une récente discussion avec un conservateur du patrimoine est à ce sujet assez éclairante. Au cours d'un échange à bâton rompu, il m'avouait sa crainte et sa difficulté à imposer des critères qualitatifs à la seule raison, le cas échéant, de devoir les justifier. En effet si la commission délibérative était amenée à choisir une offre en fonction de critères autres que financiers, elle s'exposerait à la fois à des suspicions de fraude et à la fois à des recours administratifs de la part des candidats malheureux. En d'autres termes elle prendrait un risque que personne ne souhaite assumer.

            Il faut reconnaître que le choix du moins disant, et par conséquent cette « politique du parapluie », n'est pas particulière au domaine du patrimoine. Lorsque l'on observe le fonctionnement adopté par les cellules des marchés publics, on constate que cette pratique est quasiment une règle générale : de l'achat des fournitures par les collectivités aux appels d'offres du BTP, la même règle financière semble s'appliquer.
Et c'est peut-être là que le bas blesse. Peut-être sommes nous coupables de ne pas avoir suffisamment rappelé que l'objet d'art n'est pas un objet comme les autres.  Comme le soulignait Georges Brunel [1] « la particularité du travail de restauration résulte directement de la particularité de l'œuvre d'art. [ ] La différence entre l'œuvre d'art et l'objet ordinaire, et par conséquent la différence entre la réparation et la restauration, n'est pas une affaire de matériau ou de technique ; elle tient uniquement à la reconnaissance de l'objet comme œuvre d'art.  Comment dès lors faire valoir cette singularité au moment même où l'Etat paraît se désengager et où des institutions telles que les Monuments Historiques semblent remettre en cause les protections afférentes aux objets inscrits à l'inventaire ? Peut-être en faisant remarquer les limites qu'implique une telle politique dans la mesure où le choix systématique de critères  financiers largement prédominants dans les cahiers des charges contraint toute possibilité de sélection des candidats. En effet face à deux montants de devis sensiblement équivalents, l'importance accordée aux critères de prix (qui rappelons-le jouent dans la plupart des cas pour 60 voire 70% de la note finale) la commission délibérative n'a d'autre choix que de prendre le moins disant, et ce quelle que soit la nature des prestations proposées.

Peut-être en rappelant aussi aux donneurs d'ordres cette réflexion que m'a faite un jour un ami à propos du vin « tu sais, dans le fond, un vin médiocre et bon marché est toujours un vin trop cher ». Car non seulement cette politique est condamnable d'un point de vue éthique, mais aussi dommageable, à terme, à nos finances publiques. Car devoir refaire, quand ce n'est pas défaire, ce qui a déjà été fait, c'est payer deux fois. Avons-nous réellement les moyens d'une telle politique ?

 

Olivier Clerin


[1] Introduction à la « Théorie de la restauration » de Cesare Brandi, Ecole nationale du patrimoine, Momum, Edition du patrimoine, Paris, novembre 2000.

Publié par ACRMP à 10:05:54 dans * Tribunes libres des membres de l'ACRMP | Commentaires (0) |

Lettre ouverte à Monsieur Dominique Paillarse, Directeur des Affaires Culturelles, DRAC Midi-Pyrénées. | 15 septembre 2008

          Monsieur,

C'est avec le plus vif étonnement, que j'ai pris connaissance de votre courrier en date du 26 juin 2008 adressé à Madame la Présidente de l'ACRMP en réponse à celui qui vous a été adressé le 11 mars (de la même année). Il semble que vos services n'ont à ce jour toujours pas ratifié la Charte Marianne qui précise à son chapitre 3 que le délai de réponse à un courrier ne peut excéder deux mois !!! 

Cette réponse tardive est d'autant plus préjudiciable, que l'objet du courrier était une procédure d'appel à candidature[1] puis d'appel d'offres dont les délais sont aujourd'hui clos[2]. Aussi, une rédaction plus diligente aurait-elle permis aux instances de l'ACRMP de répercuter en temps utiles auprès de ses membres, les éclaircissements que vous apportez.

Au-delà des lenteurs de votre administration, je serais tenté de dire comme Cyrano : « Ah ! Non ! C'est un peu court ». 

Si en effet, rien dans les lois en vigueur, ne vous permet de faire référence de façon explicite aux titres et diplômes de formation initiale des prestataires auxquels vous souhaitez avoir recours ; rien en revanche, ne vous interdit dans l'appréciation des candidatures et des offres d'apporter une place prépondérante aux références de ces derniers ainsi qu'à la note méthodologique qu'ils pourraient présenter. Or, bien que considérant que les capacités professionnelles et techniques soient des « critères de première importante », vous n'avez pas souhaité qu'elles représentent dans le jugement des offres le premier élément de notation lui préférant très largement le prix. Mais ici, il ne s'agit plus de la loi, mais de votre seule volonté, les textes vous laissant toute latitude sur le pourcentage que vous dédiez à chaque critère.

Quand « aux règles de la budgétisation préalable » ainsi que « les limites financières de l'opération », permettez moi de penser qu'il ne s'agit là que d'un prétexte, d'une billevesée.

Car si je vous comprend bien, et le cahier des charges semble le confirmer, cette opération est une programmation vieille de 4 ans et vous espérer réaliser le même chantier sans réévaluation financière. Une telle méthode, en plus d'être économiquement irréaliste est techniquement illusoire. Alors si l'on ne peut augmenter le budget, on peut toujours diminuer les travaux en privilégiant avant tout, les interventions de conservation et en programmant, pour une autre tranche, celles relatives à la restauration.

Enfin, vous vous déclarez « parfaitement conscient de la difficulté d'intégrer les prestations de restauration sur des biens de type peintures murales, tableaux, polychromie, etc. dans un chantier à de multiples lots, conçu par un maître d'œuvre unique », mais vous ne semblez pas être ému par le délai de réalisation des travaux qui privilégie de façon manifeste de grosses structures à multiples employés. De plus ces délais ne tiennent aucun compte des temps d'évaporation des produits préconisés dans l'étude ce qui conduira inévitablement à ne pas respecter leurs modalités[3] d'utilisation si les candidats retenus ne souhaitent pas supporter les pénalités de retard prévues à l'article 4.6 du CCAP. Quand on a mis plus de quatre ans à lancer une opération de travaux, on peut me semble-t-il prévoir plus de quatre mois et demi pour leur réalisation.

Mais sans doute existe-t-il des impératifs administratifs ou législatifs hautement prioritaires qui justifient de faire vite plutôt que de faire bien.

Pour conclure, si comme vous le suggérez, « il convient de réfléchir au rôle et responsabilité des maîtres d'ouvrage et d'œuvres afin que soient conduits des chantier qui répondent aux objectifs de tous dans le respect de la légalité des marchés publics », il me semble à moi, qu'il est urgent de réfléchir aux modalités des chantiers dans le respect du Patrimoine.  

Sans illusion sur la célérité de vos services à mener une réflexion constructive sur la conservation du Patrimoine, veuillez agréer, Monsieur le Directeur, mes biens sincères salutations.

                                                Un restaurateur fatigué de voir piétiner le Patrimoine de sa région.



[1] Annonce n° 42, publiée le 01/03/2008 – BOAMP 044A – Dépt. 31.

[2] 28 mars 2008 pour les candidatures et 29 mai 2008 pour les offres.

[3] Je me permets de vous rappeler ici que si comme l'indique l'étude, le diméthylformamide devait être utilisé sur les couches picturales sont temps de rétention est de 40 jours pour 17 mg introduits. Ce temps passe à 50 jours si ce solvant est remplacé par du diméthylsulfoxide, moins toxique pour l'homme.

Publié par ACRMP à 21:26:06 dans * Tribunes libres des membres de l'ACRMP | Commentaires (0) |

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