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Il est commun de dire que la réalité dépasse souvent la fiction. Mais parfois, il faut en convenir, c'est la fiction qui dépasse la réalité. Car qui aurait pu imaginer qu'au moment où l'Etat abandonne son patrimoine comme les vacanciers le font de leur animal de compagnie un soir d'été, une filiale de la célèbre société « Endémol » avait imaginé une véritable « Star Ac » des vieilles pierres ?
Petit retour en arrière. En septembre 2007 la maison de production Endémol fait appel à l'historien animateur Franck Ferrand pour conduire un jeu de télé-réalité sur la restauration du patrimoine. Le principe était simple : les téléspectateurs devaient choisir parmi une dizaine de « chefs d'œuvre en périls » celui qui mériterait d'empocher la coquette somme de 600 000 euros pour financer ses travaux de rénovation. Le programme, prévu sur Arte, avait fait l'objet d'un premier tournage à Juvisy, ville de l'Essonne où Camille Flammarion[1] fonda en 1887 l'Observatoire privé de la Société Astronomique de France[2]. Mais au début du mois de septembre, patatra : la maison de production, après dix-huit mois d'hésitation, jette l'éponge.
On peut compatir bien sûr à la déception de tous les amoureux de ce haut lieu de l'astronomie mais gageons que l'imagination, ô combien fertile, de nos producteurs télé ne s'arrêtera pas là. Qu'ils se rassurent et prennent leur mal en patience, je ne serais pas étonné que figure déjà, dans les projets de nos créatifs médias, un « Kho Lanta des objets d'art » ou un « secret story des musées ». J'imagine une « île de la tentation des conservateurs [3]» où, à peine descendus de leur embarcation, des responsables de collections publiques seraient livrés à des restaurateurs affamés prêts à tout pour leur ravir leurs précieux chef-d'œuvres[4]...les larmes qui coulent lors de veillées tropicales où on leur présenterait, sur des ordinateurs portables, le fruit de nos restaurations...les scènes déchirantes des adieux où ils devraient faire le choix de repartir avec ou sans leurs objets...
Publié par ACRMP à 18:19:02 dans * Tribunes libres des membres de l'ACRMP | Commentaires (1) | Permaliens
Nous pourrions mentir, ou tout du moins être hypocrite, en affirmant que l'ACRMP a fait le choix délibéré de ne pas intervenir durant les dernières JDP. Non seulement cela aurait été malhonnête, mais surtout cela ne nous aurait pas ressemblé. En vérité nous nous y sommes pris trop tard et les actions prévues au dernier moment n'ont pas rassemblé assez de monde.
Ces Journées du Patrimoine ont toujours été pour nous l'occasion de rappeler la crise majeure que traversent aujourd'hui l'entretien et la conservation de notre cher patrimoine. Depuis trois ans nous n'avons cessé d'alerter l'opinion et les pouvoirs publics sur la dégradation constante de nos conditions de travail et des sources de financement, en vain. Aujourd'hui encore la situation reste préoccupante et si il fallait s'en convaincre, il suffit de lire l'annonce de l'AFP du 4 septembre du lancement de ces JDP par Mme Albanel :
Malheureusement notre association n'échappe pas aux difficultés du moment. Un sentiment de lassitude, pour ne pas dire de découragement, gagne peu à peu des adhérents qui ont le sentiment d'être abandonnés. Préoccupés par leur survie économique, et qui leur en fera le reproche, certains se laissent aller à une forme de repli sur soi.
Mais que les promoteurs et complices de cette politique d'abandon ne se réjouissent pas trop vite. Cet échec n'est qu'une bataille perdue. Pas la fin de la guerre. Nous sommes encore suffisamment nombreux à vouloir nous battre pour défendre ces trésors que nous ont légués nos anciens. Il sera sans doute nécessaire de tirer les leçons de notre inertie et de réfléchir à de nouvelles orientations. Mais comme le dit si bien un proverbe persan, « de quatre choses nous avons plus que nous croyons : des péchés, des dettes, des ennemis...et des années ».
A très bientôt donc.
ACRMP
Publié par ACRMP à 21:23:29 dans * Association de Conservateurs - Restaurateurs de biens culturels | Commentaires (0) | Permaliens
A mes yeux, les JDP de cette année sonnent, si besoin en était, le glas d'une mort annoncée depuis bien longtemps : celle d'une politique patrimoniale.
Bien des érudits ont crié haro sur le XIXè siècle en disant qu'il avait falsifié, massacré, meurtri les œuvres anciennes sous prétexte de les restaurer... Je ne suis pas de cela, enfin, pas tout à fait. Car je n'oublie pas que c'est ce siècle qui a définitivement distingué l'œuvre contemporaine de la création ancienne, accordant à cette dernière un égard particulier, et entreprenant d'en prendre soin. Comme a bien des égards, le XIXè (et on peut même y ajouter le début du XXè siècle) s'est révélé un foisonnement en matière d'art et de culture : non seulement on a créé les Monuments Historiques, avec ce désir de conserver le legs des anciens avec toutes les polémiques passionnantes qui s'en sont suivies - mais en plus, on les a tellement admirés que l'on s'en est inspiré avec tous les « néo » possibles. Certes je ne compte pas parmi ceux qui apprécient esthétiquement la majeure partie de ces œuvres, mais je ne vois qu'une seule chose : il y avait là le respect. J'avoue enfin que je ne sais rien des conditions financières de l'époque, mais ce que je peux en déduire est simple : la restauration du patrimoine à l'époque n'était pas soumise à un retour sur investissement.
Au milieu du XXè siècle, un bref espoir est né de l'évolution des réflexions, de la théorisation et des pratiques concernant la conservation et la restauration de notre patrimoine : chartes déontologiques internationales, progression de la science, création de cursus spécialisés... en fait, nous étions encore dans la ligne droite de nos prédécesseurs, qui, tout du moins dans leurs écrits et réflexions, avaient semé pour permettre la récolte.
Pour ce qui est du patrimoine, ce début de XXIè siècle s'est laissé engloutir par un élan perceptible dans tous les autres pans de la société occidentale : le consumérisme. Pourtant, bien plus que 150 ans auparavant, un pays comme le nôtre aurait tout intérêt à entretenir et restaurer son patrimoine puisque c'est ce dernier, qui en grande partie, a toujours attiré les touristes, et par conséquent, apporte une manne financière...
Même ce temps prosaïque est déjà passé... la culture est devenue une affaire politicienne (quelque soit le « bord » politique »), une affaire d'image et de ... je n'irai pas plus loin. Le retour sur investissement n'est plus seulement pécuniaire, il porte en plus sur l'impact (électoral) et le tapage (médiatique).
« Patrimoine et création », le sujet serait diablement intéressant si l'on était encore dans la lignée du XIXè siècle : comment juxtaposer, faire cohabiter ce que l'on a désigné comme patrimoine et création contemporaine ? Malheureusement ce thème est malmené par biens des comportements et des évènements récents ! Quelles significations peut-on donner à Jeff Koons à Versailles ou à l'art contemporain qui s'installe à Fontainebleau ? Où est l'engagement réel vis-à-vis du patrimoine d'une Région qui dépense son argent en « Ateliers » ou « Portail » patrimoine, sans toutefois débourser beaucoup plus qu'auparavant pour la conservation des œuvres qu'elle met en avant (ou qui la mettent en avant ?)? Combien la ville de Toulouse, le conseil Général de la Haute-Garonne, voire la Région ont-ils déboursé pour la candidature de Toulouse 2013 ?... En matière de culture, ce qui brille n'a pas de prix ; force est de constater que le patrimoine, sauf monument exceptionnel dont ils s'emparent, n'a pas l'éclat suffisant.
Le cas Buren est symptomatique de cette « politique culturelle ». On peut comprendre qu'après la polémique crée autour de la dégradation née du manque d'entretien de ses fameuses « colonnes du Palais Royale »[1], le Ministère de la Culture ait tenu promesse en investissant 3,2 M d'euros pour sa restauration. Mais comment interpréter la certaine somme, pour ne pas dire la somme certaine, dévolue à l'artiste pour créer ...la palissade de chantier, au moment même où l'Etat avoue publiquement qu' « il n'a plus les moyens d'entretenir le patrimoine » ?
Françoise Tollon, restauratrice du patrimoine
Publié par ACRMP à 22:01:50 dans * Tribunes libres des membres de l'ACRMP | Commentaires (0) | Permaliens
Une récente discussion avec un conservateur du patrimoine est à ce sujet assez éclairante. Au cours d'un échange à bâton rompu, il m'avouait sa crainte et sa difficulté à imposer des critères qualitatifs à la seule raison, le cas échéant, de devoir les justifier. En effet si la commission délibérative était amenée à choisir une offre en fonction de critères autres que financiers, elle s'exposerait à la fois à des suspicions de fraude et à la fois à des recours administratifs de la part des candidats malheureux. En d'autres termes elle prendrait un risque que personne ne souhaite assumer.
Il faut reconnaître que le choix du moins disant, et par conséquent cette « politique du parapluie », n'est pas particulière au domaine du patrimoine. Lorsque l'on observe le fonctionnement adopté par les cellules des marchés publics, on constate que cette pratique est quasiment une règle générale : de l'achat des fournitures par les collectivités aux appels d'offres du BTP, la même règle financière semble s'appliquer.Peut-être en rappelant aussi aux donneurs d'ordres cette réflexion que m'a faite un jour un ami à propos du vin « tu sais, dans le fond, un vin médiocre et bon marché est toujours un vin trop cher ». Car non seulement cette politique est condamnable d'un point de vue éthique, mais aussi dommageable, à terme, à nos finances publiques. Car devoir refaire, quand ce n'est pas défaire, ce qui a déjà été fait, c'est payer deux fois. Avons-nous réellement les moyens d'une telle politique ?
Olivier Clerin
Publié par ACRMP à 10:05:54 dans * Tribunes libres des membres de l'ACRMP | Commentaires (0) | Permaliens
Monsieur,
C'est avec le plus vif étonnement, que j'ai pris connaissance de votre courrier en date du 26 juin 2008 adressé à Madame la Présidente de l'ACRMP en réponse à celui qui vous a été adressé le 11 mars (de la même année). Il semble que vos services n'ont à ce jour toujours pas ratifié la Charte Marianne qui précise à son chapitre 3 que le délai de réponse à un courrier ne peut excéder deux mois !!!Cette réponse tardive est d'autant plus préjudiciable, que l'objet du courrier était une procédure d'appel à candidature[1] puis d'appel d'offres dont les délais sont aujourd'hui clos[2]. Aussi, une rédaction plus diligente aurait-elle permis aux instances de l'ACRMP de répercuter en temps utiles auprès de ses membres, les éclaircissements que vous apportez.
Au-delà des lenteurs de votre administration, je serais tenté de dire comme Cyrano : « Ah ! Non ! C'est un peu court ».Si en effet, rien dans les lois en vigueur, ne vous permet de faire référence de façon explicite aux titres et diplômes de formation initiale des prestataires auxquels vous souhaitez avoir recours ; rien en revanche, ne vous interdit dans l'appréciation des candidatures et des offres d'apporter une place prépondérante aux références de ces derniers ainsi qu'à la note méthodologique qu'ils pourraient présenter. Or, bien que considérant que les capacités professionnelles et techniques soient des « critères de première importante », vous n'avez pas souhaité qu'elles représentent dans le jugement des offres le premier élément de notation lui préférant très largement le prix. Mais ici, il ne s'agit plus de la loi, mais de votre seule volonté, les textes vous laissant toute latitude sur le pourcentage que vous dédiez à chaque critère.
Quand « aux règles de la budgétisation préalable » ainsi que « les limites financières de l'opération », permettez moi de penser qu'il ne s'agit là que d'un prétexte, d'une billevesée.Car si je vous comprend bien, et le cahier des charges semble le confirmer, cette opération est une programmation vieille de 4 ans et vous espérer réaliser le même chantier sans réévaluation financière. Une telle méthode, en plus d'être économiquement irréaliste est techniquement illusoire. Alors si l'on ne peut augmenter le budget, on peut toujours diminuer les travaux en privilégiant avant tout, les interventions de conservation et en programmant, pour une autre tranche, celles relatives à la restauration.
Enfin, vous vous déclarez « parfaitement conscient de la difficulté d'intégrer les prestations de restauration sur des biens de type peintures murales, tableaux, polychromie, etc. dans un chantier à de multiples lots, conçu par un maître d'œuvre unique », mais vous ne semblez pas être ému par le délai de réalisation des travaux qui privilégie de façon manifeste de grosses structures à multiples employés. De plus ces délais ne tiennent aucun compte des temps d'évaporation des produits préconisés dans l'étude ce qui conduira inévitablement à ne pas respecter leurs modalités[3] d'utilisation si les candidats retenus ne souhaitent pas supporter les pénalités de retard prévues à l'article 4.6 du CCAP. Quand on a mis plus de quatre ans à lancer une opération de travaux, on peut me semble-t-il prévoir plus de quatre mois et demi pour leur réalisation.Mais sans doute existe-t-il des impératifs administratifs ou législatifs hautement prioritaires qui justifient de faire vite plutôt que de faire bien.
Pour conclure, si comme vous le suggérez, « il convient de réfléchir au rôle et responsabilité des maîtres d'ouvrage et d'œuvres afin que soient conduits des chantier qui répondent aux objectifs de tous dans le respect de la légalité des marchés publics », il me semble à moi, qu'il est urgent de réfléchir aux modalités des chantiers dans le respect du Patrimoine.Sans illusion sur la célérité de vos services à mener une réflexion constructive sur la conservation du Patrimoine, veuillez agréer, Monsieur le Directeur, mes biens sincères salutations.
Un restaurateur fatigué de voir piétiner le Patrimoine de sa région.
[3] Je me permets de vous rappeler ici que si comme l'indique l'étude, le diméthylformamide devait être utilisé sur les couches picturales sont temps de rétention est de 40 jours pour 17 mg introduits. Ce temps passe à 50 jours si ce solvant est remplacé par du diméthylsulfoxide, moins toxique pour l'homme.
Publié par ACRMP à 21:26:06 dans * Tribunes libres des membres de l'ACRMP | Commentaires (0) | Permaliens
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