Accueil | Créer un blog | Blog Beauté | Blog Séries 247

ACRMP

Association des Conservateurs-Restaurateurs de Midi-Pyrénées

Drac Anatomy ! Episode 1 | 18 août 2008

Un été sans feuilleton c'est un peu comme  des vacances sans crème solaire : on peut faire sans, mais ça laisse un petit goût d'inachevé. Aussi cette année nous avons décidé de vous proposer une véritable Saga, faite d'intrigues, de rebondissements et d'ambiances torrides :

 

Episode 1
 

Résumé  

 La ville de Figeac, s'étant décidée à poursuivre son chantier au Collège Champollion, délègue à la DRAC Midi-Pyrénées le lancement d'un marché public concernant la restauration du Grand Salon classé Monuments Historiques.  Ledit appel d'offre est publié le 27 février 2008. Outres les travaux portant sur la maçonnerie et les menuiseries, le lot 3 stipulait «lot peinture murale». Après lecture de l'acte à candidature qui spécifiait, entre autre, que le critère du prix serait largement prépondérant (70% de la note finale), l'ACRMP décidait d'écrire à la DRAC Midi-Pyrénées.
 Puylaurens, le 11 mars 2008
      Monsieur le Directeur Régional,
               Suite à publication dans le BOAMP le premier mars 2008 d'un appel à candidature émanant de vos services et concernant le collège Champollion de Figeac  pour la restauration du grand salon, nous nous étonnons des critères retenus pour l'attribution de la prestation du lot n° 3 intitulé « lot peinture murale » se rapportant à la restauration d'un plafond peint, de toiles et de panneaux en bois peint, ce qui, vous en conviendrez, ne relève pas vraiment de la peinture murale...
     
Depuis déjà un certain temps, nous avons eu à l'occasion de nos différentes rencontres l'opportunité d'attirer votre attention, et celle de vos services, sur la nécessité de faire appel  en matière de conservation restauration des biens culturels classés au titre des Monuments Historiques, à des professionnels ayant les compétences d'une intervention de qualité. C'est à dire ayant les capacités garanties par une formation et une expérience professionnelle, à faire des propositions techniques pertinentes au regard des pathologies constatées sur les oeuvres, à établir des protocoles d'interventions, et à intervenir conformément aux critères déontologiques en vigueur.
      Ces critères, qui nous paraissent relever d'un certain bon sens et que nous pensions acquis, ne semblent pas être pris en compte ni dans cet appel à candidature, ni dans la phase d'attribution du marché.
     En effet, nous n'avons d'une part, qu'une seule référence de travaux similaires de moins de trois ans demandée (ce qui semble assez délicat lorsque l'on connaît la raréfaction des chantiers ces dernières années) et, d'autre part, les pourcentages attribués aux deux critères de sélection retenus pour l'attribution du marché, favorisent largement le prix au détriment de la valeur technique de l'offre...
     Nous sommes d'autant plus étonnés que ressortait de notre dernière rencontre avec vos services et Madame la Conservateur en chef du patrimoine, une volonté de la part des Monuments Historiques de porter une attention accrue à la qualité des interventions sur le classé (volonté d'ailleurs affichée par Madame le Conservateur en chef du patrimoine dans le dernier numéro paru de Monumental).
     Nous espérons qu'après avoir bien voulu porter attention à nos remarques, les critères pour l'attribution de ce marché pourront être modifiés.
     
Dans l'attente d'une réponse qui nous obligerait, et en souhaitant que vous comprendrez le bien fondé de notre démarche qui ne vise qu'à garantir au mieux la pérennité de notre patrimoine, nous vous prions de croire, Monsieur le Directeur, à notre parfaite considération. 
 
                                                                                                  

                                                                                                   Pour l'ACRMP,
                                                                                                   La présidente, Françoise Tollon

 

Publié par ACRMP à 10:41:15 dans * Association de Conservateurs - Restaurateurs de biens culturels | Commentaires (0) |

Restauration rapide... | 24 juillet 2008

Mon ventre commençait sérieusement à gargouiller lorsque le conservateur ouvrit la porte. Cela faisait déjà trois bonnes heures que nous nous acharnions à rédiger nos devis sur d'immenses toiles récalcitrantes à tout examen quand il prononça, sur un ton faussement ironique :

-         que diriez-vous d'une restauration rapide 

C'est avec une joie non dissimulée que nous avons posé nos carnets et nos stylos pour le suivre dans les méandres de la réserve, traversant tour à tour portes blindées, digicodes et sas de sécurité pour atteindre enfin l'air libre. Mais mon enthousiasme retomba vite lorsqu'il ajouta, l'œil pétillant :

-         vous allez voir, c'est un resto bio formidable ! J'y amène tous vos collègues restaurateurs. Ils ont tous adoré !

Mentalement, j'ai décidé de prendre sur moi. Même si mes parents m'ont toujours appris à ne pas avoir d'a priori, il faut dire qu'en ce qui me concerne, la cuisine bio, je coince. Mais là, dans cette banlieue sinistre éloignée de toute trace d'activité humaine, il fallait faire contre mauvaise fortune bon cœur.

Le premier coup de griffe à mes bonnes résolutions a commencé devant la vitrine de la cantine. Car il faut bien avouer que ce que j'avais en face de moi n'avait rien à envier au resto U de mes études.  La décoration intérieure, toute dans les tons vert, jaune et orange, me rappelais invariablement les exploits de mes chers enfants au moment de la fête des pères : fleurs multicolores sur palissades en bambou et tables en formica agrémentées de végétaux réalisés au pochoir.

Je persévérais laborieusement à me réciter des mantras relaxants tout en prenant place dans la file d'attente, armé de mon plateau plastique et de mes couverts jetables. Mais la tentative allait être de courte durée quand j'aperçus  l'entrée : au-dessus d'un bol en grès, une ardoise d'écolier indiquait que le liquide vert était une soupe de cresson. Ce n'est pas tant l'aspect filandreux ni même la couleur fluo qui m'a rebuté mais plutôt les objets non identifiés qui clairsemaient sa surface.

Rapidement je me dirigeais vers les plats chauds en continuant à psalmodier intérieurement « tout ce qui ne me tue pas me rend plus fort ».

-         Et qu'est-ce qu'il prendra le jeune homme ? 

La voix parvenait de l'autre côté du comptoir. Je demandais alors le plat du jour.

-         Riz aux céréales avec brochette de tofu mariné.

-         Ah..... !!!! Grand vide.

-         Et sinon ?
-         Sinon rien !

Devant les signes d'impatience de mes voisins, je me décidai à prendre mon assiette et à poursuivre. En arrivant devant la corbeille à pain, je sentais mes défenses déjà bien entamées. Je plongeai une main vorace dans l'intention de faire quelques prudentes réserves jusqu'au moment où mes doigts rentrèrent en contact avec ce qu'il faut bien appeler ...des biscottes. D'aspect, il y avait bien une couleur pour la croûte, une autre pour la mie. Mais tactilement, c'était du papier de verre.

J'ai alors senti une main se poser sur mon épaule. Une femme, d'age indéfinissable, m'indiquait de son index un petit écriteau sur lequel était griffonné « Ne surconsommez pas. Evitez de trop prendre de peur d'avoir à jeter ». Je crois que c'est à cet instant précis que j'ai mentalement craqué pour la première fois.

Inutile de vous raconter la suite du repas. A la fin du déjeuner, en apercevant mon assiette pratiquement intacte, le conservateur m'a gentiment demandé s'il pouvait la terminer. Alors que je lui tendais ma brochette de cubes en caoutchouc, il m'assena le coup de grâce :

-         Pourtant les restaurateurs, ils raffolent du bio, non ?

De la scène qui suivit, je n'ai pas beaucoup de souvenir. Dans mon énervement, je crois que j'ai parlé de « restauration in situ indécente », de « réserve étanche », de « solvants qui empestent », « d'absence totale de ventilation ». Ce dont je suis sûr, c'est ce qu'il m'a dit un mois plus tard. Pour m'annoncer que notre groupement avait remporté l'un des lots,  il a murmuré d'un ton ironique :

      -  Je crois bien qu'il va vous falloir vous habituer à la restauration bio !
      

Olivier Clérin

Publié par ACRMP à 14:42:55 dans * Tribunes libres des membres de l'ACRMP | Commentaires (0) |

La Dream Team | 15 juillet 2008

En montant dans le train qui me mène à Marseille, j'ai l'impression d'être Alessandro del Piero. Oui, le célèbre joueur de foot. Rien que ça. Je n'ai bien sûr pas la prétention d'être élu demain meilleur butteur du championnat : en réalité mes talents footballistiques ne me permettraient même pas d'être sélectionné au tournoi Mickey plage de Perros Guirrec. Si je pense à lui, c'est à cause de son dernier match contre l'Espagne. Entré à 15 mn de la fin de la prolongation, il n'a pratiquement pas joué. A vrai dire je crois qu'il n'a touché que deux ballons.

C'est un peu comme moi pour cette intervention. J'appartiens à une équipe de restaurateurs qui a soumissionné et remporté un marché pour réaliser la conservation d'un important tableau appartenant aux collections des musées de Marseille. « La Dream Team ». C'est le nom que nous nous sommes donné. Et bien, pour cette Dream Team, je vais faire près de mille kilomètres en 2 jours pour seulement 6 heures de travail.

Les équipes sont aujourd'hui « tendances ». Hier c'était « l'interdisciplinarité ». Pas un colloque, pas un article, pas une conférence qui ne faisait allusion au sujet. Maintenant place à la « mutualisation des hommes et des moyens » et aux nécessaires « complémentarités des talents ». Les appels d'offre le stipulent : on veut des groupements étoffés, des remplaçants polyvalents et une solidarité ...financière. On prévoit même le décryptage d'après match : en jargon administratif on appelle ça « réunion de chantier ». Il parait qu'en France il y a 60 millions de sélectionneurs. Dans notre discipline on préfère parler de « commissions ».

Le plus beau dans cette histoire, c'est qu'à l'image de del Piero je vais pouvoir inscrire cette restauration à mon palmarès. Même en jouant « l'arpette » une demi journée, l'intervention figurera dans mon CV comme la demi finale pour l'avant de la « Squadra Azura ». C'est ça l'avantage d'être sélectionné : même comme remplaçant, on porte haut et fier le maillot de l'équipe.

Et c'est juré : si nous réussissons le doublage prévu, je cours en cercle autour de la table, j'embrasse mes coéquipiers et je m'effondre, bras en croix, devant les spectateurs déchaînés.

 Olivier Clérin

Publié par ACRMP à 08:55:41 dans * Association de Conservateurs - Restaurateurs de biens culturels | Commentaires (0) |

Pour quelques dollars de plus ! | 09 juillet 2008

Deux marchés, deux partis pris. Et c'est pourtant la même collectivité, la ville de Toulouse, qui lance simultanément deux consultations on ne peut plus contradictoires. 

Tout d'abord à l'église Saint Nicolas pour la restauration des peintures murales où pas moins de 200 m2 de zones lacunaires sont à reconstituer[1]. Ce qui est étonnant dans ce marché[2], c'est le nom du donneur d'ordre : la Drac Midi-Pyrénées. Alors que le nouveau code du patrimoine est sans ambiguïté sur la marche à suivre, il semble que la ville de Toulouse ait choisi de déléguer sa maîtrise d'ouvrage. Ce qui est beaucoup moins surprenant, ce sont les critères d'attributions retenus par ceux censés être les garants « scientifiques » des opérations de restauration. Car comme pour l'appel d'offre de Figeac[3], le prix des prestations comptera pour 60% de la note finale alors que la note technique pour seulement 40.

Ensuite pour les musées Saint Raymond et Paul Dupuy[4]. Le marché négocié, scindé en deux lots, comprend la restauration de monnaies romaines et la stabilisation d'objets en plomb, fer et acier. Mais à la grande différence du précédent, voici ce que l'on peut lire au chapitre « critères de jugement des offres » :

-         référence 25%

-         C.V des intervenants 25 %

-         Qualité du mémoire technique (qualité des descriptions, présence des photos et qualités des propositions de traitement) 25 %

-         Le coût 25 %

Mieux encore. Au chapitre « délais de validité des offres » il est stipulé qu'une « visite est obligatoire sur le site le 18 juin 2008 » et que le prestataire devra fournir dans sa proposition un certificat de visite, le mémoire technique et devis, CV et références professionnelles ».

Pour conclure, la ville de Toulouse devrait au moins s'interroger sur un point. Si les subventions de l'Etat sont une aide non négligeable aux finances de la ville, ce type d'appel d'offre est-il vraiment dans l'intérêt du patrimoine toulousain ? Est-ce que les précautions prises pour la sauvegarde des pièces romaines deviennent caduques lorsqu'il s'agit de restaurer les œuvres du plus célèbre peintre décorateur de la ville rose ?Olivier Clérin.


[1] Les peintures décoratives (faux-appareil et motifs ornementaux) sont l'œuvre du peintre-décorateur BORIOS qui réalise également la voûte étoilée sur fond bleu-ciel de l'édifice.
Les six grandes scènes de la vie de Saint-Nicolas sont, pour cinq d'entre elles, l'œuvre du peintre et directeur de l'Ecole des Beaux-Arts de Toulouse, Bernard Bénézet, réalisée entre 1891-1894. Les restaurations concernant l'œuvre de Bénezet correspondent à environ 80m2 des 200m2.
[2] Annonce N°08-139199 , publiée le 10/06/2008 sur le site du journal officiel.
[3] Voir précédent texte publié sur ce blog.
[4] Annonce N°42, publiée le 01/03/2008 dans le BOAMP 044 A, dépt. 31

Publié par ACRMP à 09:43:55 dans * Tribunes libres des membres de l'ACRMP | Commentaires (0) |

Sauvons la recherche | 03 juillet 2008

Nous faisons le relais pour nos collègues.

Nous vous avons informés des difficultés actuelles de la recherche et de
l'enseignement supérieur, qui provoquent une forte mobilisation qui a conduit
à empêcher la tenue du Conseil d'Administation du CNRS le 19 juin (voir
http://www.sauvonslarecherche.fr/spip.php?article1921 ). Nous lançons
aujourd'hui un appel que nous vous proposons de signer sur notre site :
http://www.sauvonslarecherche.fr/spip.php?article1990

Cet appel peut être signé aussi bien par les personnes travaillant dans la
recherche et l'enseignement supérieur, que par celles qui, nombreuses, nous
ont envoyé des messages de soutien et souhaitent marquer par leur signature
leur engagement aux côtés des personnels. Merci également de le relayer le
plus largement possible.

Nous serons reçus demain par Valérie Pécresse, et lui poserons des questions
très précises relatives aux demandes ci-dessous ; il est donc important dès
à présent de montrer un large soutien à celles-ci. Nous vous ferons
connaître ses réponses à la suite, dans un nouveau message de compte-rendu
de la réunion.

Nous nous engageons pour la recherche et l'enseignement supérieur.
La communauté scientifique a montré depuis plusieurs années sa volonté
d'améliorer le dispositif de recherche et d'enseignement supérieur, en
faisant des propositions concrètes qui restent d'actualité. Toutefois la
profonde restructuration de l'enseignement supérieur et de la recherche
actuellement engagée par le gouvernement conduit à mettre l'activité
scientifique sous contrôle direct du pouvoir politique (bien au delà de la
définition des grandes orientations dont il a la responsabilité). De
nombreuses voix ont critiqué les mesures gouvernementales, en particulier des
directeurs de laboratoires, des médaillés du CNRS, son conseil scientifique
(dont ses membres étrangers), des conseils d'universités, des assemblées
de laboratoires ; le Conseil d'Administration du CNRS n'a pu se tenir le 19
juin traduisant notre profonde inquiétude face à la restructuration imposée
à cet organisme, qui menace sa cohésion et son indépendance. Afin de sortir
d'une crise qui ne peut qu'affaiblir la recherche française, et de
retrouver la confiance nécessaire pour réformer nos institutions dans le sens
de l'intérêt collectif, nous demandons donc aujourd'hui :
1- Que toute évolution du dispositif de recherche se fasse dans le respect
de l'autonomie scientifique et des principes de collégialité et de
démocratie des institutions universitaires et de recherche.
2-Que des moyens suffisants, financiers comme humains (chercheurs et
enseignants-chercheurs, personnels de soutien technique et administratif),
soient attribués aux universités et aux organismes, sur une base
pluri-annuelle. Les établissements pourront ainsi construire une politique
scientifique, leurs laboratoires pourront développer leurs propres projets et
le principe de fonctionnement de la recherche et de l'enseignement supérieur
sur la base de postes statutaires, garant d'une indépendance effective, sera
préservé.
3- Que le CNRS couvre tous les champs du savoir, afin de pouvoir développer
une politique scientifique globale et faire collaborer les disciplines entre
elles.

Ces demandes ont un coût, qui peut être assumé à l'intérieur de
l'enveloppe globale affectée à l'enseignement supérieur et à la
recherche.

Nous sommes déterminés à inscrire notre action dans la durée. Conscients de
notre responsabilité dans la mise en oeuvre d'une évolution du système
d'enseignement supérieur et de recherche, nous nous engageons à
n'accomplir aucune tâche qui contribuerait à affaiblir les fondements
mêmes de notre activité et son avenir à court terme, en cohérence avec le
communiqué du 23 juin signé par des directeurs de laboratoires et des
responsables d'instances scientifiques. Si nous ne sommes pas entendus, nous
mettrons en place une grève administrative progressive ; en particulier, nous
nous engageons à :
1- Suspendre notre participation aux activités d'expertise et
d'évaluation pour l'ANR et l'AERES.
2- Refuser de transmettre toute donnée permettant le pilotage de la recherche
au moyen d'indicateurs contournant l'expertise scientifique.
3- Dans un second temps et si le gouvernement reste sourd à nos demandes
légitimes, pour les directeurs de laboratoires, les responsables d'instances
scientifiques et les membres de ces dernières, démissionner de leurs mandats.

Publié par ACRMP à 12:46:02 dans * Nos annonces | Commentaires (0) |

<< |1| 2| 3| 4| 5| 6| 7| 8| 9| 10| 11| 12| 13| 14| 15| 16| 17| 18| 19| 20| 21| >>