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ACRMP

Association des Conservateurs-Restaurateurs de Midi-Pyrénées

La Culture en question | 30 mai 2008

C'est bien tard que j'ai pu lire l'article de Monsieur De Baeque intitulé « Culture : un abandon suicidaire », paru dans le Nouvel Observateur le 13 mars 2008[1], dont voici quelques extraits ainsi que la réponse que j'ai faite au Nouvel Observateur....  
L'article, qui débute par « la politique culturelle de la France est en panne », se termine ainsi :

« ... Sarkozy en profite pour s'attaquer à l'autre soubassement de la politique culturelle : les aides aux créateurs, les subventions aux institutions théâtrales, cinématographiques ou muséales. Sarkozy va plus loin que ses prédécesseurs, et ce qui est en ligne de mire est le soutien aux artistes et à la création. Cet abandon serait cependant suicidaire et catastrophique car il ajouterait une crise à une autre crise : à l'échec de la démocratisation culturelle s'adjoindrait l'abandon de l'aide aux créateurs. Après avoir fait le deuil de la culture pour tous, Sarkozy voudrait ainsi démanteler le soutien aux artistes, ce qui est pourtant la marque essentielle de la culture à la française depuis Louis XIV et Colbert ».

  « Culture : un abandon suicidaire »... le titre est alléchant quand on se désespère de l'appauvrissement - dans tous les sens du terme - de la Culture dans notre pays.
Cependant, à la lecture de l'article – avec lequel je ne puis qu'être d'accord –  je reste sur ma faim...
Oui le Ministère de la culture est démantelé, oui « les aides aux créateurs, les subventions aux institutions théâtrales, cinématographiques ou muséales » ont été largement amputées, mais jusqu'où faudra-t-il en arriver pour que les médias s'emparent de la situation du patrimoine[2] ? J'entends par là non pas la sélection patrimoniale présentée dans les grands musées, mais tout le reste du patrimoine, celui que l'on trouve dans les petits musées de province, dans les églises et qui est parfois protégé au titre des Monuments Historiques.
Dans ce domaine de la culture, ignoré des médias, les problèmes foisonnent. Mais ne retenons que celui de l'abandon. Il a eu beau être dénoncé, et depuis longtemps, par toutes sortes de rapports[3], y compris en quelques lignes par le rapport de la cour des comptes[4], rien ne se passe, aucune mobilisation professionnelle ou médiatique.
Pour exemple en Midi-Pyrénées, en cinq ans, les budgets DRAC alloués à la restauration du bâti ont chuté de 100%, quant aux objets mobiliers, les subventions Etat ont été divisées par quatre...
La Culture, c'est la diversité, et c'est elle qui est ainsi taillée en pièce. La Culture, c'est la transmission, l'enrichissement par la création des anciens. Malgré la tendance actuelle, je persiste à croire qu'un artiste ne peut créer sa propre œuvre qu'après avoir digéré celle de ses prédécesseurs. De quoi se nourriront les créateurs quand une grande partie du patrimoine aura disparu, faute d'entretien, faute de budget ?

Culture, un abandon suicidaire : certes. Patrimoine, non assistance à personne en danger : certainement!".

 
Françoise Tollon
 


[1] http://hebdo.nouvelobs.com/hebdo/parution/p2262/articles/a369282-.html

[2] Je n'ai malheureusement pas lu le livre de M. De Baeque, «Crises dans la culture française. Anatomie d'un échec», c'est à l'article que je réagis, car ce sont bien les médias qui, avec leur large diffusion, modèlent l'idée de ce qu'est la Culture et force est de constater que d'un manière générale, le patrimoine en est absent.

[3] Rapport de M. Philippe Nachbar, déposé au Sénat le 24Octobre 2006, rapport de M. Christian Kert, déposé à l'Assemblée Nationale le 19 décembre 2006

[4] Rapport public thématique de la Cour des Comptes, « Les grands chantiers Culturels », 12 décembre 2007

Publié par ACRMP à 15:44:05 dans * Association de Conservateurs - Restaurateurs de biens culturels | Commentaires (0) |

Figeac II, le Retour. | 16 mai 2008

Nous vous avions informé, le 22 mars dernier, des problèmes posés par l'appel d'offre du Collège Champollion à Figeac[1]. Or malgré nos multiples courriers, aussi bien à la DRAC, à la Direction des Monuments Historiques qu'à la ville  de Figeac, personne n'a jugé utile de nous répondre sur le fond du dossier[2]. Pourquoi interrompre ou simplement ralentir un dossier aussi bien préparé, n'est-ce pas ?

Pour vous permettre d'en juger, voici les premières phrases que l'on peut lire au chapitre 4.4.9 Restauration des toiles peintes  à la page 43 du Cahier des Clauses Techniques Particulières :

 - Les méthodes, les produits et le type d'outils pour la restauration des toiles peintes sont laissés à l'initiative du peintre.
- Le restaurateur devra tenir compte de l'état de chaque toile pour adapter les produits et méthodologie
- Les produits employés devront être reconnus par le Laboratoire des Monuments Historiques
- Transport aller-retour en atelier compris récupération des toiles depuis le lieu de stockage.
 

Au nom de tous mes collègues « peintres », je voudrais remercier Monsieur le Bourgmestre de nous permettre « d'adapter les produits et méthodologie » pour chaque toile. Merci aussi de préciser que l'aller-retour en atelier devra comprendre « la récupération des toiles » : on peut faire sans, mais c'est toujours mieux avec !

On attend la suite avec impatience ...

 

PS : Peut-être eut-il été souhaitable que les candidats retenus fussent membres de la prestigieuse Académie Royale de Peinture...

 
Olivier Clérin.

[1] Voir article du blog daté du  22 mars 2008 « Mini prix mais il fait le maximum »

[2] Pour être tout à fait honnête, la Région, en la personne de son secrétaire général, a bien voulu nous faire savoir, le 5 mai dernier, qu'il comptait interroger M. le Directeur Régional des Affaires Culturelles, « afin d'obtenir un éclairage précis sur cette procédure et sur les possibilités dont il dispose pour apporter les aménagements [ ] ». Nous lui souhaitons bien du courage !

Publié par ACRMP à 23:01:29 dans * Tribunes libres des membres de l'ACRMP | Commentaires (0) |

Viva Espagna ! | 02 mai 2008

Connaissant mon goût pour les  plaisirs de la table et de l'esprit, des amis espagnols m'ont récemment offert quelques délicieuses bouteilles de Ribera del Duero ainsi qu'un exemplaire de leur journal « Atapuerca ». Ce périodique gratuit, d'une quinzaine de page, recense régulièrement les découvertes archéologiques du célèbre site préhistorique qui ont permis notamment la définition de l' « Homo antecessor »[1]. Dans leur dernier numéro (n°24) Juan Luis Arsuaga[2] , codirecteur du site depuis 1991 et admis depuis peu à la prestigieuse « Real Academia de Doctores de Espana » a accordé une longue interview dont je ne résiste pas au plaisir de vous faire part. Voici, grâce aux talents de traductrice de ma charmante épouse, quelques extraits choisis :

-Croyez-vous que la science soit conditionnée par des intérêts économiques ?
-Bien sûr. Les plans d'investigation répondent à ces intérêts et devraient y répondre encore plus. Je suis utilitariste dans le sens que la science doit être au service de la société (...) je crois que nous sommes en train de faire une science appliquée, il y a tout une économie autour de notre travail. Nos investigations contribuent au développement du secteur des loisirs et de la culture. Lors de mes discussions avec les politiques j'insiste sur le fait que le premier secteur de l'économie mondiale est l'industrie des loisirs. Je leur dis que je ne veux pas parler avec le ministre de la culture mais avec celui de l'industrie, mon secteur c'est l'industrie. Dix millions pour fouiller un site c'est beaucoup d'argent mais ce n'est rien pour l'industrie et ce que nous sommes en train de faire en mettant en valeur ces ressources, c'est produire des richesses. Mais malgré mon insistance je crois qu'il faudra attendre la prochaine génération parce que la nôtre ne comprendra jamais. La majorité des gens et les politiques croient que la culture c'est superflu, quelque chose de cultivé, de raffiné, de bon goût, qui donne du prestige et ils ne se rendent pas compte que nous sommes en train de miser sur l'avenir.
  -Quel futur ?
-En Espagne nous avons perdu toutes les révolutions économiques : l'industrielle, l'informatique, la biotechnologique... nous avons loupé tous les trains imaginables. Qu'il nous reste au moins l'industrie culturelle. Et le Centre de l'Evolution Humaine sera une autre industrie, une autre importante ressource économique. Le patrimoine est notre source de richesse, c'est sur quoi doit se baser notre économie, nous n'en avons pas une autre. Et ce n'est pas une plaisanterie.
              Pour les archéologues, la découverte à Atarpuerca, en 2008, de fossiles plus anciens (1,8 millions d'années) trouvés après ceux de 1983 à Dmanisi (Géorgie, Caucase),  pose la question d'une colonisation pré-humaine de l'Europe occidentale depuis l'Est plutôt que depuis le Sud. Et bien pour moi, restaurateur, l'avenir pourrait bien venir du sud ...

Olivier Clérin.
 


[1]Voici ce que Wikipédia  nous apprends sur ce site :  L'histoire des recherches à Atapuerca commence en 1976, quand l'ingénieur des mines Trino Torres et l'anthropologue Emiliano Aguirre ont trouvé dans la montagne des fossiles d'ours préhistoriques, avec plusieurs fossiles humains. Les fouilles ont commencé en 1978 dans deux des trois gisements principaux, Gran Dolina et Sima de los Huesos.Le gisement de la Gran Dolina, dont la séquence est puissante de 18 mètres, a livré des vestiges dont l'âge est compris entre un million d'années et 100 000 ans avant le présent. Ces vestiges incluent des restes de l'espèce Homo antecessor ainsi que des outils, des ossements fossiles d'animaux et des pollens.Un premier fossile d'Homo antecessor était daté de 780 000 ans avant le présent. Un fragment de mandibule humaine associé à des objets en pierre taillée est désormais daté de 1,1 à 1,2 millions d'années, ce qui a fait reculer de 400 000 ans la date certaine de présence humaine en Europe [1].Homo antecessor pourrait être l'ancêtre de l'Homme de Néandertal et de l'homme moderne, Homo sapiens. Le fragment publié en 2008 étant proche de fossiles plus anciens (1,8 millions d'années) trouvés après 1983 à Dmanisi (Géorgie, Caucase), il pose la question d'une colonisation pré-humaine de l'Europe occidentale depuis l'Est plutôt que depuis le Sud.
[2] Juan Luis Arsuaga codirecteur du Centre de l'Evolution Humaine (MEH), ou musée archéologique de Atapuerca (situé près de Burgos) est aussi maître de conférences du département de Paléontologie de la faculté de sciences géologiques de l'université Complutense de Madrid.
 

Publié par ACRMP à 16:36:17 dans * Association de Conservateurs - Restaurateurs de biens culturels | Commentaires (0) |

L'agrafe inox | 15 avril 2008

           Comme tout le monde, je suis persuadé de bien faire mon travail. Ou en tout cas de le faire aussi bien, voire parfois légèrement mieux que les autres. Ou que certains autres. Enfin je suis sûr que vous voyez ce que je veux dire...

          J'en étais donc là de ma bonne conscience, lorsque récemment, en rédigeant la réponse à un volumineux appel d'offre (pléonasme me direz-vous), je tombais sur une correction faite sur une proposition de traitement. Un collègue et ami de notre groupement avait ajouté à la rubrique «consolidation ponctuelle des bords de tension lacunaires » ce petit complément «et renforcement du maintien périphérique avec des agrafes inox ». Pourquoi spécifier que les agrafes seraient en inox : évidemment que je n'allais pas écrire « pose d'agrafes rouillées ».

            Mais au moment d'appuyer sur la touche « suppr. » de mon clavier, mon geste resta suspendu. Je songeais à mes derniers achats au bricotruc du coin et à mon attitude devant l'immense console des agrafeuses. A bien y repenser, j'avais hésité à prendre une boite d'agrafes inox pour la raison qu'elle coûtait plus du double du prix des agrafes traditionnelles.

            Alors pourquoi payer plus cher des matériaux que personne n'irait vérifier ? Non, pourquoi payer plus cher pour une chose que personne n'aurait l'idée même d'aller vérifier ? L'envie de bien faire ? La fameuse conscience professionnelle ? Dans un secteur d'activité où la raréfaction du travail va de pair avec des mises en concurrences de plus en plus brutales, pourquoi continuer à s'interroger sur la qualité des agrafes ? Et des vernis ? Et des matériaux de retouches ? Et ...et la liste est sans fin. La seule réponse qui ne soit pas empreinte d'hypocrisie et de malhonnêteté, c'est que je ne sais pas faire autrement. Mon cerveau a été lentement mais sûrement conditionné par un enseignement nourri de déontologie. Je ne suis pas plus rigoureux ni plus attentionné qu'un autre : simplement mes études et la patience infinie de mes professeurs m'ont appris la prudence indispensable à  ce métier. Comme disait le poète, il n'y a pas d'amour mais que des preuves d'amour. L'agrafe inox est une preuve d'amour.

Olivier Clérin.

Publié par ACRMP à 21:41:07 dans * Tribunes libres des membres de l'ACRMP | Commentaires (0) |

Message d'alerte archéologique | 06 avril 2008

Courrier adressé aux 29 DRAC de Métropole et des DOM-TOM


Objet : message d'alerte archéologique : le massif de Lespugue-Montmaurin en danger

Monsieur le Directeur du Service Régional d'Archéologie,

Vous connaissez très bien Lespugue et sa Vénus, et aussi bien sûr  la villa gallo-romaine et la bastide du village de Montmaurin, son lion des cavernes - machairodus (Mindel-Riss) - et sa mâchoire de pré-néanderthalien (Riss-Würm, 300 000 ans ou quelque chose d'approchant).
Dans un site très voisin (moins d'un kilomètre) de la trouvaille exceptionnelle de Coupe-Gorge de Louis Méroc et dans le même massif calcaire Dano-Montien (comme on le voit facilement sur la carte géologique Boulogne sur Gesse XVIII-45 au 1/50000 du BRGM, si vous regardez cette carte vous pourrez positionner facilement le projet d'extraction entre la lettre e1 et  Bois de la Hage, en bas à droite, à l'endroit où il est écrit cal  !!!  pour calcaire),  en bordure de la Saygouade, la mairie du village de Montmaurin lance une enquête publique pour l'exploitation à l'échelle industrielle d'une carrière de graviers qui seraient concassés sur place, avec un débit annuel de 200 000 tonnes par an (des charges explosives mensuelles de 2000 kilos etc...) au mépris de la richesse archéologique, historique et humaine de ce site - les terrains protégés de Lespugue sont à moins d'un kilomètre à vol d'oiseau, où une carrière similaire en bout des Gorges de la Save avait été stoppée pour cette raison sensible pour tout humaniste , et pas seulement les amateurs de vieilles pierres, comme nous le dit le commissaire enquêteur.
Je ne crois pas que cette - mauvaise - nouvelle vous réjouisse, mais nous serions heureux si vous pouviez nous envoyer une réaction marquant votre préoccupation à l'annonce d'un tel projet : cela aurait un poids bien supérieur à notre agitation dérisoire eu égard aux intérêts financiers importants du projet (deux millions d'euros par an de chiffre d'affaires, au bas mot ... et trente mille euros par an d'aumône pour la commune ...)  dans le dossier de l'enquête publique déjà en cours. Le SRA de Midi Pyrénées ne s'est même pas fait représenter lors de la réunion publique du vendredi 28 mars dernier à Montmaurin où le commissaire enquêteur avait réuni tous les acteurs du projet devant une assistance houleuse. 
Les responsables de l'archéologie ainsi que la communauté scientifique tout entière méritent d'être avertis et ne peuvent rester indifférents à ce déni d'un patrimoine archéologique exceptionnel couvrant toute l'activité humaine, depuis la préhistoire jusqu'au Moyen Âge (les ruines du château de Roquebrune se trouvent sur la colline même visée par les exploitants de la carrière).
En espérant pouvoir vous atteindre par ce mail, et à votre disposition pour toute information complémentaire que vous solliciteriez, nous vous adressons nos plus cordiales et respectueuses salutations.

Stéphane Fargeot et  Thérèse Miro
secrétaire de l"ADAQ-Vie Save-Gesse chargée du musée archéologique de Montmaurin (préhistoire et gallo-romain)

Publié par ACRMP à 23:36:39 dans * Association de Conservateurs - Restaurateurs de biens culturels | Commentaires (0) |

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