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L'année qui commence promet d'être riche en événements pour le patrimoine. A peine a-t-elle débutée que l'on reparle de la disparition du Ministère de la Culture lors du prochain remaniement gouvernemental et que les projets de réformes s'accumulent : expérimentation de la gratuité de certains musées, projet de loi en discussion sur la réforme de l'aliénabilité des biens culturels, modification du code du patrimoine et de la loi MH, réorganisation des services de l'Etat...en un mot, une année très Doliprane !
Aussi pour entamer 2008 sur une note plus légère, j'aimerais vous parler d'un sujet moins anxiogène en évoquant une anecdote qui a marquée mes débuts dans la profession de restaurateur. Je dois vous avouer avoir été un jeune homme ambitieux. J'entends par là qu'à l'image de Van Gogh qui déclarait vouloir être Rembrandt ou rien, je n'avais d'autre objectif que de restaurer un jour la Joconde. Evidement la réalité m'a vite rattrapé, pour ne pas dire m'a vite cloué au sol. Pour résumer, il ne reste pas beaucoup des chefs d'œuvre de cette époque dans les exemples présentés sur mon dernier C.V. Mais était-ce l'énergie et l'inconscience de la jeunesse, toujours est-il que mon enthousiasme n'était pas encore entamé lorsque je reçu un coup de téléphone qui sonna comme un coup de tonnerre :
- « Allo ... bonjour Monsieur. Vous êtes bien un atelier de tableaux ? »
- « Bonjour Madame. Oui nous sommes bien trois conservateurs-restaurateurs en peinture de chevalet et... »
- « Excusez-moi de vous interrompre mais vous réparez les tableaux, je veux dire vous êtes capable par exemple... euh... de les nettoyer ? »
- « Bien sûr... mais il faut d'abord examiner l'objet et établir un diagnostic avant ... »
- « Et vous restaurez des Toulouse-Lautrec ? »
Alors que je dois courir au moins vingt bonnes minutes, lors de mes footing hebdomadaires, pour sentir les premières gouttes de sueur, là, en quelques secondes à peine, j'avais déjà les mains moites et le cœur au taquet.
- « Bien évidement. Mais êtes vous bien sûre qu'il s'agit d'une œuvre de Toulouse-Lautrec ? »
- « Oh oui, ça j'en suis certaine ! Il y a même sa signature en bas. Est-ce que je peux venir vous voir la semaine prochaine ? »
- « Pas de problème. N'oubliez pas de rappeler pour prendre rendez-vous au cas où nous serions en déplacement »
Vous imaginez sans peine dans quel état d'excitation je me trouvais après avoir raccroché. J'étais encore en train de raconter mon bref entretien avec mes collègues lorsque la sonnerie du téléphone retentit de nouveau.
- « Allo. Bonjour Monsieur. Je suis bien à l'atelier de restauration de tableaux ? »
La voix féminine était différente de la précédente.
- « Bonjour Madame. Oui, vous désirez ? »
- « Voila. Vous venez de recevoir un appel pour restaurer un Toulouse-Lautrec ? »
- « !!! Euh...oui, c'est vrai... »
- « Je suis un peu gênée mais il s'agit d'une erreur. La personne ne pourra pas venir »
- « Ah...est-il indiscret de savoir pourquoi ? »
- « Et bien je me présente. Je suis infirmière à l'hôpital psychiatrique du Bon Sauveur à Albi. En fait il s'agit bien d'un Toulouse-Lautrec mais c'est en fait une affiche qu'une de nos patientes a décrochée du mur... »
Je ne sais pas si un jour je restaurerai la Joconde. Mais je sais maintenant pourquoi elle me sourit.
Publié par ACRMP à 21:56:39 dans * Tribunes libres des membres de l'ACRMP | Commentaires (0) | Permaliens
A tous les membres de l'ACRMP, je souhaite une bonne et heureuse année, émaillée de conservation-restauration d'objets en attente de soins ;
A toutes les personnes qui sont venues sur ce blog, ou qui y viendront, une excellente année, accompagnée d'un merci plein d'espoir pour l'intérêt qu'ils portent au patrimoine, à la conservation-restauration, à l'association... ou que sais-je encore ;
A Anne-Christine, qui a créé et gère le blog, des vœux les meilleurs et un coup de chapeau !
Au patrimoine de Midi-Pyrénées, une année pleine de soins et d'égards.
Malgré une conjoncture que l'on peut qualifier, sans trop exagérer, de désastreuse, l'année 2007 s'est révélée riche en événements pour le patrimoine en Midi-Pyrénées, mais également pour l'ACRMP. Sans entrer dans une énumération ennuyeuse, nous retiendrons deux choses : « Les Ateliers du Patrimoine », deux journées organisées par le Conseil Régional pour réfléchir à une nouvelle politique patrimoniale en Midi-Pyrénées, et la rédaction d'une convention pour un partenariat Etat - Région.A un moment où les incertitudes pèsent sur le devenir des DRACs, l'engagement de la Région dans le domaine de la restauration des objets mobiliers permet d'envisager l'avenir avec plus de sérénité. Car 2008, mais également les années à venir, sera la concrétisation, pour le patrimoine, d'un tournant amorcé depuis quelques années. Désormais, ce sont les propriétaires (les mairies dans la plupart des cas), ainsi que toutes les instances territoriales, qui devront retrousser leurs manches, et pas seulement au niveau financier, pour entretenir, conserver et restaurer leur patrimoine. Alors, pour cette nouvelle année qui démarre, nous voulons croire que les efforts conjoints de la Région et de la DRAC, démarrés en 2007, porteront leurs fruits. Nous voulons croire que chaque institution, à son niveau, contribuera à la préservation et la mise en valeur de tous les biens qui participent de l'attrait et de la richesse de Midi-Pyrénées.
Bonne année à tous !Françoise Tollon
Publié par ACRMP à 22:27:13 dans * Association de Conservateurs - Restaurateurs de biens culturels | Commentaires (0) | Permaliens
« Vous avez des mains de magiciens » disait le journaliste. Et bien moi, ce matin, j'ai les doigts seulement congelés. Je suis en train de poser des papiers facing sur un horrible tableau XIXème et je souris intérieurement en repensant à certains articles ou reportages qui parlent de notre travail. Dire que je m'échine si souvent à leur parler de diplôme, de formation en 5 ans, de la nécessaire protection d'un titre et que je suis là, dans une église paumée du fin fond du Tarn, à essayer de coller mes feuilles de japon sur une véritable ruine. « Conservateur-Restaurateur d'œuvre d'art », tu parles ! On ferait souvent mieux de dire CRCR, « Conservateur-Restaurateur de Croûtes Ripolinées ». Quand je pense au nombre d'heures qu'il va falloir passer rien qu'à traiter ce support, j'en ai le vertige.
Et puis Mme le Maire vient me voir, tout sourire, pour me demander si tout va bien. Elle est vraiment extra cette élue qui se bat comme une lionne pour sauver sa petite église. J'aurais aimé l'avoir pour grand-mère. Elle me parle de ses travaux et des difficultés à convaincre ses collègues du conseil municipal du bien fondé des restaurations. J'écoute avec tendresse puis je lui demande où se trouve le camion de livraison afin que je les aide à bien attacher le tableau pour le transport. Là elle se retourne et de la main me désigne le camion-benne qu'une entreprise de maçonnerie a bien voulu lui prêter. Elle a dû à cet instant percevoir mon regard ahuri car elle rajoute aussitôt « ne vous inquiétez pas, on va naturellement passer par la décharge avant de le charger. »
J'ai failli répondre « pourquoi avant ? » mais le travail acharné de mes parents à m'apprendre la politesse a finalement gagné. Alors, avec patience et ténacité, j'ai expliqué les risques d'une telle entreprise, en soulignant que même solidement arrimé, le tableau pouvait, sous l'effet du vent et de la vitesse, se déchirer comme une voile de bateau. J'ai bien senti qu'à la manière qu'elle avait de passer ses doigts à travers les multiples déchirures du textile, elle mettait en doute mes propos. Mais elle n'a pas insisté et en définitive a accepté de louer un véhicule fermé pour l'emmener jusqu'à l'atelier.
Je suis alors retourné finir la pose des derniers papiers de protection lorsque mon pied heurta maladroitement le pot de Klucel qui traînait au sol. J'ai regardé silencieusement la colle s'écouler lentement sur la centaine de feuilles de japon récemment achetée en repensant au « magicien ». Un grand moment de solitude.
Olivier Clerin
Publié par ACRMP à 22:33:33 dans * Tribunes libres des membres de l'ACRMP | Commentaires (1) | Permaliens
L'actualité concernant le patrimoine est foisonnante ces jours ci ! J'ai donc mis mon week-end à profit pour consulter de plus près deux documents : le rapport de la cours des comptes et la présentation du budget du Ministère de la Culture. Et le tournis me prend ! Tout est donc si cloisonné au sein de l'Etat que les chiffres ne correspondent pas ?
Commençons par le budget 2008. 300 M d'euros annoncés pour « l'entretien et la restauration des monuments historiques français »( ?), 200 M d'euros de « crédits déconcentrés » pour « les monuments historiques situés en région », soit une hausse de 15%, selon le Ministère, gracieusement consentie aux déconcentrés.
Continuons avec le rapport de la Cours des Comptes. Je vous passe les conclusions à propos des grands chantiers qui ont été vaguement médiatisées. Mais allons consulter l'annexe 1, au rayon « évolutions des dépenses ». Pour les opérations nationales et les grands travaux, nous sommes passés de 201 921 261 euros en 2001 à 260 290 281 euros en 2005. Quant aux opérations déconcentrées, la tendance est inverse : 227 266 256 en 2001 contre 214 090 248 en 2005. J'ai beau triturer mes méninges, je n'arrive pas à retrouver l'augmentation de 15% annoncée pour 2008 par le Ministère avec ses 200 M d'euros de crédits déconcentrés ! Alors, tant pis, je ne résiste pas à vous transmettre à nouveau une remarque contenue dans ce rapport : avec 1/3 des grands chantiers qui dépassent leur coût initial de 40% (avec la palme pour le Centre National de Danse à Pantin : 121% de dépassement), et une augmentation moyenne de 30%, « les grands chantiers qui restent à achever représentent un risque financier élevé ».
Ah ! J'allais oublier le rapport de M. Phillipe Nachbar déposé au Sénat le 24 octobre 2006 dont certains titres et sous-titres sont éloquents : « Des crédits déconcentrés sinistrés », « Les crédits déconcentrés dans les DRACs , une dégradation prononcée de la couverture des besoins ». Ce rapport, lui, estime que 167,5 M d'euros de crédits ont été supprimés au titre de l'entretien du patrimoine historique entre 2002 et 2005....
Bref, de quoi se noyer dans cet océan disparate de chiffres... Et je ne vous parle pas du rapport d'information déposé par M. Christian Kert à l'Assemblée Nationale le 19 décembre 2006 où l'on peut lire : « C'est donc au niveau des crédits déconcentrés, mis à la disposition des directions régionales des affaires culturelles (DRAC), que la régulation budgétaire a fait les plus gros dégâts »....
Combien de rapports de ce genre faudra-t-il pour que les déconcentrés de tout poils réagissent et ne laissent pas s'établir définitivement le rêve de certains que « la France, c'est Paris » ?
Françoise TOLLON
Publié par ACRMP à 21:23:36 dans * Tribunes libres des membres de l'ACRMP | Commentaires (0) | Permaliens
D'abord je n'ai rien compris. J'étais en train de retoucher tranquillement un tableau quand la voix douce et légèrement moqueuse de la journaliste radio a annoncé, durant le journal de 10h, « la facture du patrimoine est décidément trop salée » ! Mais de quoi parlait-elle ? Si il y avait eu le moindre argent consacré au patrimoine, ça se saurait, non ? Je me suis alors précipité sur le bouton de ma radio pour monter le son et j'ai alors saisi qu'elle évoquait un passage du dernier rapport de la cour des comptes. Ni une ni deux je suis allé sur internet pour y trouver confirmation de l'info et voici ce que j'ai pu lire :
Autant vous dire que je me suis précipité chez mon marchand de journaux afin de me procurer l'intégralité de l'article. Et je ne résiste pas à vous faire partager son contenu:
- sur la soixantaine de projets architecturaux (grands travaux présidentiels mais aussi rénovation d'envergure) de la période 1998 2006, la moyenne des dépassements des coûts de travaux est de 25% (pour un total de 1 milliards d'euros, soit 246 millions d'euros de plus que prévus).
- L'article se poursuit en s'interrogeant sur les « causes récurrentes de ces dérapages financiers » : certes il y a bien les « aléas techniques » comme la découverte (par exemple sur le site du Quai Branly) de vestiges archéologiques insoupçonnés. Mais la Cour des Comptes relève surtout une « sous-estimation « parfois délibérée » des devis initiaux, progressivement revus à la hausse dès que les projets sont sur les rails »
- Ces « dérapages » sont bien sur accompagnés de retard dans les travaux, allant de quelques mois (9 par exemple pour la Cité de la Musique) à parfois plusieurs années (30 mois pour le musée du Quai Branly, 44 mois pour la Cinémathèque Française)
- Et le journaliste de conclure en affirmant « mais il y a plus grave : la nécessité de financer ces projets pour l'essentiel franciliens, s'est faite au détriment des opérations de restauration du patrimoine historique en région ». Suit un encadré titré « Moins d'argent pour la Province » où l'on apprends notamment que « pour apaiser les esprits, Renaud Donnedieu de Vabres avait annoncé à l'époque [NDLR : il y a 2 ans] que les 100 millions d'euros dégagés par la privatisation des autoroutes seraient versés au budget du patrimoine des régions. Or il n'en a rien été. Une situation que les magistrats critiquent. D'autant que ces fonds ont été affectés en totalité...aux grands chantiers franciliens »
Décidément Paris restera toujours Paris ...
Olivier Clérin
Pour en savoir plus, voir http://www.ccomptes.fr/CC/Publications-RPT.html ou http://www.ccomptes.fr/CC/documents/RPT/Rapport-chantiers-culturels.pdf (fichier pdf)
Publié par ACRMP à 20:32:47 dans * Nos annonces | Commentaires (2) | Permaliens
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