• Restaurateur-conservateur

    Lorsque l'on parle de l'évolution du monde du travail, les mêmes mots reviennent sans cesse : mobilité, adaptabilité, reconversion. Dans la bouche de nos élus et de nos experts, ils expriment la nécessaire transformation à laquelle notre économie est confrontée si elle veut connaître l'avenir radieux d'une société mondialisée et conquérante.

    Si l'on tente d'examiner notre profession à la lumière de ces trois vertus, force est de constater que nous répondons parfaitement à la première qualité. Car le restaurateur moderne est mobile. On peut même affirmer qu'il est incroyablement mobile. Continuer à traverser l'hexagone de part en part pour faire des devis gratuits, au prix actuel du gasoil, ce n'est plus une qualité, c'est vraiment du mécénat.
    En ce qui concerne l'adaptabilité, l'image est plus contrastée. Si l'on entend par capacité d'adaptation la faculté à pouvoir répondre à des imprévus tels que réaliser un devis sans voir l'objet (parce qu'il est toujours en caisse ou qu'il est accroché à plus de six mètres de haut) alors oui le restaurateur répond au critère. Par contre si l'on attend de lui la capacité à répondre à un ordre de service qui stipule que le travail doit être réalisé pour avant-hier, alors les choses se compliquent. Il perdra d'autant plus cette qualité si, après avoir attendu plusieurs mois le précieux document, il en reçoit plusieurs avec la même date de rendu de chantier.
    Pour la reconversion, le problème est plus grave. Car le restaurateur, malgré ses cinq années d'études après le baccalauréat, ne montre guère d'autres compétences que celles pour lesquelles il a été formé. Certes, au cours de son cursus, il a bien fait un peu de physique et de chimie mais il faut reconnaître qu'il n'est pas très fréquent de voir Rhône Poulenc ou l'aérospatiale débaucher à prix d'or nos jeunes talents. A la décharge des restaurateurs, il faut bien dire qu'il n'est pas facile d'adapter la technique pointilliste à la peinture en bâtiment. 
    <?xml:namespace prefix = o ns = "urn:schemas-microsoft-com:office:office" /><o:p> </o:p>Toutefois la chose n'est plus impossible. J'en veux pour preuve les propos tenus par Mme Anne BALDASSARI[1], Directrice du musée national Picasso, au cours de l'émission Nonobstant sur France Inter du mercredi 28 mai. Voici quelques morceaux choisis :
     « ... C'est terrible, on travaille tout le temps, c'est éreintant, rien n'est simple, parce ce que c'est un métier qui est passionnant aussi pour cette raison, c'est éreintant, ça va de la recherche à la rédaction des textes. C'est le service public dans tout son état, dans tous ses états ; de la théorie à la peinture des pattes, à ce que l'éclairage soit correct ... il y a 120 personnes et un directeur de musée fait tout. Je vise, je décadre, je ré-encadre, je dépoussière, je peins, je colle, je fais mes maquettes, je bâtis des légendes, je fais des panneaux pédagogiques. Je préfère m'arrêter là parce que votre émission y passerait. C'est un métier complet ! .... J'ouvre des caisses, c'est d'abord un métier physique, les œuvres sont des objets physiques.
    Dans le monde des médias, où on est aujourd'hui, on croit que se sont des images, ce ne sont pas des images. Une œuvre, c'est comme une sculpture, c'est un objet en trois dimensions, c'est d'une fragilité immense. Et conserver c'est permettre que cela dure un peu plus. Donc
    c'est un métier extrêmement difficile sur le plan matériel, c'est un métier matériel et théorique
    .... »
    <o:p> </o:p>Si la restauration est toujours votre passion et si vous souhaitez continuer à l'exercer malgré la chute drastique des crédits alors n'hésitez plus ! Devenez conservateur.


    PS : J'ai toujours cru que le refus des conservateurs à l'utilisation, par notre profession, de la dénomination « conservateur-restaurateur » était d'éviter la confusion. Je n'avais jamais imaginé qu'il s'agissait peut-être de jalousie...
     

    Olivier Clérin



    [1] Au terme d'une double formation universitaire en histoire de l'art, esthétique et sciences humaines, titulaire d'un Doctorat, Université Paris VIII. (1982), Anne Baldassari a rejoint le Ministère de la Culture en 1983. Chargée de mission au Fonds d'intervention culturelle (F.I.C), puis à  la Délégation aux arts plastiques (F.I.A.C.R.E), entre 1983-1985, elle est nommée Conservateur au Musée national d'Art moderne, Centre Georges Pompidou où elle est notamment commissaire des expositions Art et Pub (Paris, 1989, Tokyo et Kobé, 1990) et de Dessins de Henri Matisse (1990).En 1992, Anne Baldassari est nommée au musée national Picasso comme Conservateur du centre de documentation, archives, photographie, bibliothèque.En octobre 2005, elle est nommée à la Direction du musée national Picasso.
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