• « Taxe d'apprentissage »

    On prétend que les français ronchonnent tout le temps et c'est sans doute vrai. Mais comment rester calme à la lecture du Guide des écoles d'art 2008-2009, numéro spécial de la revue Artistes Magazine, qui vient de paraître. Je ne mets pas en doute le sérieux de ce document, mais je remarque d'ores et déjà, à l'heure de l'information haut-débit, que sur les quatre cursus reconnus par la Loi Musées de 2002, le Master de Paris I et l'école de Tours n'y figurent pas... Par contre, on peut y trouver un large choix pour les jeunes désireux d'apprendre ce beau métier !<?xml:namespace prefix = o ns = "urn:schemas-microsoft-com:office:office" /><o:p> </o:p>
    Commençons par les formations publiques. Hormis l'INP[1] et l'Ecole d'Art d'Avignon, qui ont eu la chance d'être référencées, je n'en ai dégotée qu'une seule : le lycée professionnel Hector Guimard qui, gratuitement, c'est précisé, offre en deux ans un « BMA décor, surfaces et volumes ». Et là, je cherche désespérément le rapport à la conservation-restauration.<o:p> </o:p>
    Mais rassurons nous, si rien ne convient dans le public, il y a le recours au privé... Et là, par contre, la palette est bigarrée de prix, de niveaux et de contenus... Pour devenir restaurateur en passant par Condé, il vous faudra débourser, pour 5 ans d'études, pas moins de 35 000 euros à Paris, 32 500 euros « seulement » à Lyon. Bon, on peut voir cela comme un bon investissement car cela vous délivrera un « titre homologué par l'Etat de niveau II[2] Restauration Conservation d'œuvres d'art ».

    Si vous n'êtes pas trop argenté, rassurez-vous, l'Atelier du Temps Passé, à Paris, vous prend en charge pendant trois ans pour 14 450 euros, au terme de quoi vous recevrez une mirifique « attestation de formation professionnelle en restauration de tableaux et objets polychromes »... Pour les personnes en délicatesse avec le calcul mental, attention cependant aux apparences : le coût horaire de cet atelier est de 7,52 euros pour 1920 heures de formation, contre 5,46 euros à Condé Paris pour 6 400 heures d'enseignement ! Mais revenons à nos moutons, ce n'est pas fini. Pour 16 000 euros en quatre ans, vous ressortirez de l'Atec, Ecole de restauration d'œuvres picturales (niveau III au RNCP[3]) muni d'un « diplôme de technicien supérieur en restauration d'œuvres picturales. Assistant en restauration d'oeuvres picturales ». Si vous résidez dans l'est, deux écoles sont à votre disposition : l'ISPDA, moyennant 7500 euros vous délivrera un « brevet technique de peintre décorateur », et avec ACADEMetz, vous aurez l'embarras du choix pour votre spécialité, « peintre-illustrateur, fresquiste, graphiste illustrateur et décorateur » et j'en passe. Bon là encore, je me gratte la tête... Enfin, si c'est le vitrail qui vous passionne, moyennant 12 euros de l'heure, vous vous formerez à la « création-restauration » de cet art de la lumière à la Maison du Vitrail.

    Après cette enrichissante lecture[4], deux questions viennent à mon esprit, un peu torturé je vous l'accorde. L'évolution de la restauration, discipline récente, en « conservation-restauration », resterait-elle confinée dans le cerveau de quelques professionnels qui réfléchissent  sur cette pratique[5] ? A l'heure où les crédits ont fondu comme neige au soleil, à l'heure où les ateliers cassent les prix (et la qualité du travail ?) pour assurer leur survie, où les professionnels sont tentés de demander des moratoires aux formations reconnues par la Loi Musées, est-il raisonnable de dépenser de telles sommes pour pratiquer une profession  qui, tout bien pesée, n'est pas reconnue par tous dans sa spécificité ?<o:p> </o:p>

    Optimisme ou pessimisme, je serais tentée de rassurer les restaurateurs en herbe : quelque soit votre formation initiale et l'intitulé de votre diplôme, ne vous inquiétez pas, la réglementation et les usages s'adapteront pour vous faire une « place » au sein de ce « beau métier ».

    <o:p>                                                                                                              Françoise TOLLON </o:p><o:p> </o:p>



    [1] L'INP est homologué niveau I : Personnel occupant des emplois exigeant normalement une formation de niveau supérieur à celui de la maîtrise En plus d'une connaissance affirmée des fondements scientifiques d'une activité professionnelle, une qualification de niveau I nécessite la maîtrise de processus de conception ou de recherche (www.cncp.gouv.fr)
    [2] Personnel occupant des emplois exigeant normalement une formation d'un niveau comparable à celui de la licence ou de la maîtrise. A ce niveau, l'exercice d'une activité professionnelle salariée ou indépendante implique la maîtrise des fondements scientifiques de la profession, conduisant généralement à l'autonomie dans l'exercice de cette activité (www.cncp.gouv.fr).
    [3] Personnel occupant des emplois qui exigent normalement des formations du niveau du diplôme des Instituts Universitaires de Technologie (DUT) ou du brevet de technicien supérieur (BTS) ou de fin de premier cycle de l'enseignement supérieur. La qualification de niveau III correspond à des connaissances et des capacités de niveau supérieur sans toutefois comporter la maîtrise des fondements scientifiques des domaines concernés. Les capacités et connaissances requises permettent d'assurer de façon autonome ou indépendante des responsabilités de conception et/ou d'encadrement et/ou de gestion. (www.cncp.gouv.fr).<o:p> </o:p>
    [4] J'ai bien essayé, pour avoir des éclaircissements, de contacter par téléphone plusieurs de ces formations. Certes, c'était entre 11h30 et 11h50 mais... dans aucun des cas je n'ai trouvé quelqu'un à l'autre bout du fil...

    [5] Rappelons que la conservation-restauration est codifiée par des chartes et codes déontologiques reconnus au niveau international et que l'ECCO travaille encore à ce sujet (voir http://ecco-eu.info/)


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