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ACRMP

Association des Conservateurs-Restaurateurs de Midi-Pyrénées

Viva Espagna ! | 02 mai 2008

Connaissant mon goût pour les  plaisirs de la table et de l'esprit, des amis espagnols m'ont récemment offert quelques délicieuses bouteilles de Ribera del Duero ainsi qu'un exemplaire de leur journal « Atapuerca ». Ce périodique gratuit, d'une quinzaine de page, recense régulièrement les découvertes archéologiques du célèbre site préhistorique qui ont permis notamment la définition de l' « Homo antecessor »[1]. Dans leur dernier numéro (n°24) Juan Luis Arsuaga[2] , codirecteur du site depuis 1991 et admis depuis peu à la prestigieuse « Real Academia de Doctores de Espana » a accordé une longue interview dont je ne résiste pas au plaisir de vous faire part. Voici, grâce aux talents de traductrice de ma charmante épouse, quelques extraits choisis :

-Croyez-vous que la science soit conditionnée par des intérêts économiques ?
-Bien sûr. Les plans d'investigation répondent à ces intérêts et devraient y répondre encore plus. Je suis utilitariste dans le sens que la science doit être au service de la société (...) je crois que nous sommes en train de faire une science appliquée, il y a tout une économie autour de notre travail. Nos investigations contribuent au développement du secteur des loisirs et de la culture. Lors de mes discussions avec les politiques j'insiste sur le fait que le premier secteur de l'économie mondiale est l'industrie des loisirs. Je leur dis que je ne veux pas parler avec le ministre de la culture mais avec celui de l'industrie, mon secteur c'est l'industrie. Dix millions pour fouiller un site c'est beaucoup d'argent mais ce n'est rien pour l'industrie et ce que nous sommes en train de faire en mettant en valeur ces ressources, c'est produire des richesses. Mais malgré mon insistance je crois qu'il faudra attendre la prochaine génération parce que la nôtre ne comprendra jamais. La majorité des gens et les politiques croient que la culture c'est superflu, quelque chose de cultivé, de raffiné, de bon goût, qui donne du prestige et ils ne se rendent pas compte que nous sommes en train de miser sur l'avenir.
  -Quel futur ?
-En Espagne nous avons perdu toutes les révolutions économiques : l'industrielle, l'informatique, la biotechnologique... nous avons loupé tous les trains imaginables. Qu'il nous reste au moins l'industrie culturelle. Et le Centre de l'Evolution Humaine sera une autre industrie, une autre importante ressource économique. Le patrimoine est notre source de richesse, c'est sur quoi doit se baser notre économie, nous n'en avons pas une autre. Et ce n'est pas une plaisanterie.
              Pour les archéologues, la découverte à Atarpuerca, en 2008, de fossiles plus anciens (1,8 millions d'années) trouvés après ceux de 1983 à Dmanisi (Géorgie, Caucase),  pose la question d'une colonisation pré-humaine de l'Europe occidentale depuis l'Est plutôt que depuis le Sud. Et bien pour moi, restaurateur, l'avenir pourrait bien venir du sud ...

Olivier Clérin.
 


[1]Voici ce que Wikipédia  nous apprends sur ce site :  L'histoire des recherches à Atapuerca commence en 1976, quand l'ingénieur des mines Trino Torres et l'anthropologue Emiliano Aguirre ont trouvé dans la montagne des fossiles d'ours préhistoriques, avec plusieurs fossiles humains. Les fouilles ont commencé en 1978 dans deux des trois gisements principaux, Gran Dolina et Sima de los Huesos.Le gisement de la Gran Dolina, dont la séquence est puissante de 18 mètres, a livré des vestiges dont l'âge est compris entre un million d'années et 100 000 ans avant le présent. Ces vestiges incluent des restes de l'espèce Homo antecessor ainsi que des outils, des ossements fossiles d'animaux et des pollens.Un premier fossile d'Homo antecessor était daté de 780 000 ans avant le présent. Un fragment de mandibule humaine associé à des objets en pierre taillée est désormais daté de 1,1 à 1,2 millions d'années, ce qui a fait reculer de 400 000 ans la date certaine de présence humaine en Europe [1].Homo antecessor pourrait être l'ancêtre de l'Homme de Néandertal et de l'homme moderne, Homo sapiens. Le fragment publié en 2008 étant proche de fossiles plus anciens (1,8 millions d'années) trouvés après 1983 à Dmanisi (Géorgie, Caucase), il pose la question d'une colonisation pré-humaine de l'Europe occidentale depuis l'Est plutôt que depuis le Sud.
[2] Juan Luis Arsuaga codirecteur du Centre de l'Evolution Humaine (MEH), ou musée archéologique de Atapuerca (situé près de Burgos) est aussi maître de conférences du département de Paléontologie de la faculté de sciences géologiques de l'université Complutense de Madrid.
 

Publié par ACRMP à 16:36:17 dans * Association de Conservateurs - Restaurateurs de biens culturels | Commentaires (0) |

Message d'alerte archéologique | 06 avril 2008

Courrier adressé aux 29 DRAC de Métropole et des DOM-TOM


Objet : message d'alerte archéologique : le massif de Lespugue-Montmaurin en danger

Monsieur le Directeur du Service Régional d'Archéologie,

Vous connaissez très bien Lespugue et sa Vénus, et aussi bien sûr  la villa gallo-romaine et la bastide du village de Montmaurin, son lion des cavernes - machairodus (Mindel-Riss) - et sa mâchoire de pré-néanderthalien (Riss-Würm, 300 000 ans ou quelque chose d'approchant).
Dans un site très voisin (moins d'un kilomètre) de la trouvaille exceptionnelle de Coupe-Gorge de Louis Méroc et dans le même massif calcaire Dano-Montien (comme on le voit facilement sur la carte géologique Boulogne sur Gesse XVIII-45 au 1/50000 du BRGM, si vous regardez cette carte vous pourrez positionner facilement le projet d'extraction entre la lettre e1 et  Bois de la Hage, en bas à droite, à l'endroit où il est écrit cal  !!!  pour calcaire),  en bordure de la Saygouade, la mairie du village de Montmaurin lance une enquête publique pour l'exploitation à l'échelle industrielle d'une carrière de graviers qui seraient concassés sur place, avec un débit annuel de 200 000 tonnes par an (des charges explosives mensuelles de 2000 kilos etc...) au mépris de la richesse archéologique, historique et humaine de ce site - les terrains protégés de Lespugue sont à moins d'un kilomètre à vol d'oiseau, où une carrière similaire en bout des Gorges de la Save avait été stoppée pour cette raison sensible pour tout humaniste , et pas seulement les amateurs de vieilles pierres, comme nous le dit le commissaire enquêteur.
Je ne crois pas que cette - mauvaise - nouvelle vous réjouisse, mais nous serions heureux si vous pouviez nous envoyer une réaction marquant votre préoccupation à l'annonce d'un tel projet : cela aurait un poids bien supérieur à notre agitation dérisoire eu égard aux intérêts financiers importants du projet (deux millions d'euros par an de chiffre d'affaires, au bas mot ... et trente mille euros par an d'aumône pour la commune ...)  dans le dossier de l'enquête publique déjà en cours. Le SRA de Midi Pyrénées ne s'est même pas fait représenter lors de la réunion publique du vendredi 28 mars dernier à Montmaurin où le commissaire enquêteur avait réuni tous les acteurs du projet devant une assistance houleuse. 
Les responsables de l'archéologie ainsi que la communauté scientifique tout entière méritent d'être avertis et ne peuvent rester indifférents à ce déni d'un patrimoine archéologique exceptionnel couvrant toute l'activité humaine, depuis la préhistoire jusqu'au Moyen Âge (les ruines du château de Roquebrune se trouvent sur la colline même visée par les exploitants de la carrière).
En espérant pouvoir vous atteindre par ce mail, et à votre disposition pour toute information complémentaire que vous solliciteriez, nous vous adressons nos plus cordiales et respectueuses salutations.

Stéphane Fargeot et  Thérèse Miro
secrétaire de l"ADAQ-Vie Save-Gesse chargée du musée archéologique de Montmaurin (préhistoire et gallo-romain)

Publié par ACRMP à 23:36:39 dans * Association de Conservateurs - Restaurateurs de biens culturels | Commentaires (0) |

MINI PRIX MAIS IL FAIT LE MAXIMUM... | 22 mars 2008

            Voici deux ans que l'ACRMP cherche à dialoguer avec la DRAC sur le problème de la conservation - restauration des objets mobiliers. Deux ans que l'on nous promet, faute d'obtenir le rétablissement des lignes de crédits alloués au patrimoine, de « restaurer moins mais de restaurer mieux ». On a même tenté de nous faire comprendre qu'il s'agissait là d'une « occasion » à saisir, pour faire différemment : plutôt que de voir la bouteille au trois quart vide, admirons l'incroyable opportunité de repartir à zéro. 

            C'est dans ce contexte que vient de paraître cette année l'un des rares appels d'offre organisés par la DRAC Midi-Pyrénées concernant la restauration du grand salon du collège Champollion à Figeac[1] (46). La lecture du document est une nouvelle fois édifiante : alors que la DRAC est maître d'œuvre, aucune qualification autre que la très brumeuse « références de chantiers similaires de moins de trois ans » n'est exigée. Pire, parmi les critères d'attribution du marché, le prix représente ...70%[2] !
            C'est pourquoi le CA de l'ACRMP a décidé d'interpeller le Directeur Régional des Affaires Culturelles de Midi-Pyrénées en lui rédigeant le ... le courrier suivant (courrier remis à la DRAC le 11 mars 2008).


         Monsieur le Directeur Régional,
Suite à publication dans le BOAMP le premier mars 2008 d'un appel à candidature émanant de vos services et concernant le collège Champollion de Figeac  pour la restauration du grand salon, nous nous étonnons des critères retenus pour l'attribution de la prestation du lot n° 3 intitulé « lot peinture murale » se rapportant à la restauration d'un plafond peint, de toiles et de panneaux en bois peint, ce qui, vous en conviendrez, ne relève pas vraiment de la peinture murale...
Depuis déjà un certain temps, nous avons eu à l'occasion de nos différentes rencontres l'opportunité d'attirer votre attention, et celle de vos services, sur la nécessité de faire appel  en matière de conservation restauration des biens culturels classés au titre des Monuments Historiques, à des professionnels ayant les compétences d'une intervention de qualité. C'est à dire ayant les capacités garanties par une formation et une expérience professionnelle, à faire des propositions techniques pertinentes au regard des pathologies constatées sur les oeuvres, à établir des protocoles d'interventions, et à intervenir conformément aux critères déontologiques en vigueur.
Ces critères, qui nous paraissent relever d'un certain bon sens et que nous pensions acquis, ne semblent pas être pris en compte ni dans cet appel à candidature, ni dans la phase d'attribution du marché.
En effet, nous n'avons d'une part, qu'une seule référence de travaux similaires de moins de trois ans demandée (ce qui semble assez délicat lorsque l'on connaît la raréfaction des chantiers ces dernières années) et, d'autre part, les pourcentages attribués aux deux critères de sélection retenus pour l'attribution du marché, favorisent largement le prix au détriment de la valeur technique de l'offre...
Nous sommes d'autant plus étonnés que ressortait de notre dernière rencontre avec vos services et Madame Judith Kagan, une volonté de la part des Monuments Historiques de porter une attention accrue à la qualité des interventions sur le classé (volonté d'ailleurs affichée par Madame Kagan dans le dernier numéro paru de Monumental).
Nous espérons qu'après avoir bien voulu porter attention à nos remarques, les critères pour l'attribution de ce marché pourront être modifiés.
Dans l'attente d'une réponse qui nous obligerait, et en souhaitant que vous comprendrez le bien fondé de notre démarche qui ne vise qu'à garantir au mieux la pérennité de notre patrimoine, nous vous prions de croire, Monsieur le Directeur, à notre parfaite considération.
                                                                                               L'ACRMP


[1] Annonce N°42, publiée le 01/03/2008 dans le BOAMP  044 A, dépt. 31

[2] On peut noter qu'il est extrêmement rare, même lorsque les collectivités sont maître d'œuvre, de trouver des critères de prix à 70%. A titre d'exemple, l'appel d'offre de Dax, publié au même moment, a réparti les critères suivants : prix 40%, valeur technique des prestations 30%, adéquation avec le cahier des charges 20%, performance en matière d'environnement 10%.

Publié par ACRMP à 22:21:14 dans * Association de Conservateurs - Restaurateurs de biens culturels | Commentaires (0) |

UNE JOURNEE PARTICULIERE ... | 17 mars 2008

           Une chose rare est arrivée, grâce aux réformes politiques en cours : la réunion de syndicats aussi différents que CFDT Culture, CFTC Culture, CGT Culture, SNAC FO, FSU, Sud Culture Solidaires, et UNSA Culture qui ont signé à l'unisson, le 6 mars, une lettre adressée à M. François Fillon[1].

Ce petit miracle d'unité syndicale tient en quatre lettres : RGPP. Ce nom barbare cache en réalité un immense chantier, celui de la Révision Générale des Politiques Publiques, et dont l'objectif avoué est le fameux « retour à l'équilibre des finances publiques à l'horizon 2010-2012 ». Ce que l'on sait moins c'est que le Ministère de la Culture  – peut-on l'attribuer au hasard ? -  a été désigné comme laboratoire de cette fameuse RGPP... dont les buts généraux, sont, entre autres :

- « extension du champ des activités marchandes et lucratives »,

- « recours croissant à l'intervention et aux financements privés ».

-  « réduction drastique des dépenses, présentée comme le seul moyen de résorber les déficits »...

Appliqué au domaine du patrimoine, cela peut se traduire ainsi :

-  remise en cause de l'inaliénabilité des œuvres, qui a déjà été critiquée et débattue : les musées risquent de devenir des plaques tournantes du marché de l'art...

-  concours massif au « généreux mécénat » (pardonnez cette lapalissade mais vous, lecteurs du blog, vous en comprendrez la subtilité) qui ne se portera guère que sur les patrimoines les plus en vogue et les plus lucratifs...

-  quant à la réduction drastique des dépenses, elle est déjà appliquée pour ce secteur depuis plusieurs années.

Ce que rappellent les signataires, c'est que cette « rationalisation de la dépense publique » ne se limite pas au patrimoine mais à la Culture en général : le secteur du cinéma a vu ses budgets coupés à la machette, nombre de petites troupes de spectacle vivant sont au bord du gouffre faute de subventions... Et naturellement de s'interroger sur les économies réalisées en rappelant que « comptant tout au plus 25 000 agents répartis sur l'ensemble du territoire national, et doté d'un budget représentant à peine 1% du budget de l'Etat, ce ministère est pourtant bien loin d'avoir les caractéristiques d'une institution dispendieuse, aux ramifications tentaculaires, d'autant plus si l'on met ces données en regard des missions qui ont présidé à sa création : démocratiser la culture et la rendre accessible à tous ». Comme l'a affirmé récemment une éminente activiste de notre profession, « Je comprends que les français qui ne peuvent pas boucler les fins de mois ne se sentent pas concernés par les problèmes de la culture mais quel mathématicien peut me démontrer que quelques miettes de 1% du budget national peuvent compenser le déficit public et redonner du pouvoir d'achat à mes concitoyens ? »

Certes les petites rivières font de grands fleuves mais...

Une journée de contestation est organisée le 20 mars dans toute la France. A Toulouse, il s'agira d'un meeting à la DRAC, 32 rue de la Dalbade à TOULOUSE à 9h30, suivie d'un pique nique...

Chers lecteurs du blog, si vous vous y trouvez, les membres de l'ACRMP seront reconnaissables à un petit badge sur leur poitrine...

                                                                                                   Françoise Tollon et Olivier Clérin

Publié par ACRMP à 21:42:42 dans * Association de Conservateurs - Restaurateurs de biens culturels | Commentaires (1) |

Gratis !!!... | 08 mars 2008

Par Olivier Clerin

Publié par ACRMP à 09:48:03 dans * Association de Conservateurs - Restaurateurs de biens culturels | Commentaires (0) |

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