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ACRMP

Association des Conservateurs-Restaurateurs de Midi-Pyrénées

Meilleurs Voeux !!! | 14 janvier 2008

A tous les membres de l'ACRMP, je souhaite une bonne et heureuse année, émaillée de conservation-restauration d'objets en attente de soins ;

A toutes les personnes qui sont venues sur ce blog, ou qui y viendront, une excellente année, accompagnée d'un merci plein d'espoir pour l'intérêt qu'ils portent au patrimoine, à la conservation-restauration, à l'association... ou que sais-je encore ;

A Anne-Christine, qui a créé et gère le blog, des vœux les meilleurs et un coup de chapeau !

Au patrimoine de Midi-Pyrénées, une année pleine de soins et d'égards.

Malgré une conjoncture que l'on peut qualifier, sans trop exagérer, de désastreuse, l'année 2007 s'est révélée riche en événements pour le patrimoine en Midi-Pyrénées, mais également pour l'ACRMP. Sans entrer dans une énumération ennuyeuse, nous retiendrons deux choses : « Les Ateliers du Patrimoine », deux journées organisées par le Conseil Régional pour réfléchir à une nouvelle politique patrimoniale en Midi-Pyrénées, et la rédaction d'une convention pour un partenariat Etat - Région.  

A un moment où les incertitudes pèsent sur le devenir des DRACs, l'engagement de la Région dans le domaine de la restauration des objets mobiliers permet d'envisager l'avenir avec plus de sérénité. Car  2008, mais également les années à venir, sera la concrétisation, pour le patrimoine, d'un tournant amorcé depuis quelques années. Désormais, ce sont les propriétaires (les mairies dans la plupart des cas), ainsi que toutes les instances territoriales, qui devront retrousser leurs manches, et pas seulement au niveau financier, pour entretenir, conserver et restaurer leur patrimoine. Alors, pour cette nouvelle année qui démarre, nous voulons croire que les efforts conjoints de la Région et de la DRAC, démarrés en 2007, porteront leurs fruits. Nous voulons croire que chaque institution, à son niveau, contribuera à la préservation et la mise en valeur de tous les biens qui participent de l'attrait et de la richesse de Midi-Pyrénées.

Bonne année à tous ! 

Françoise Tollon

Publié par ACRMP à 22:27:13 dans * Association de Conservateurs - Restaurateurs de biens culturels | Commentaires (0) |

Compte rendu de l'entrevue avec Madame Judith KAGAN | 05 décembre 2007

  A la DRAC Midi-Pyrénées, le 29 novembre 2007.
 

Présents de l'ACRMP : Olivier Clérin, Jean-Marc Stouffs, Françoise Tollon

Présents à l'entrevue :Madame Judith Kagan Conservateur en chef du Patrimoine à la DAPA,

Monsieur Bertrand Ducourau, Conservateur des Monuments Historiques à la DRAC Midi-Pyrénées, les CAOA de l'Ariège, de la Haute-Garonne et du Lot.

 

Cette entrevue a duré une heure trente minutes, et sur cette durée, nous n'avons pas eu l'occasion d'évoquer toutes les questions. Le débat a porté sur deux axes : dans un premier temps un point sur les décrets parus puis secondairement un éclaircissement sur le décret qui concerne directement les restaurateurs.

Toutefois, une question préalable a fait débuter bizarrement la conversation :

 Qu'en est-il des rumeurs d'un rapprochement entre la DMF  et la DAPA ?
 Selon Mme Kagan, cette question, non avenue, n'en n'est pas une.
Le ministère de la Culture et ses départements est à l'égal des autres Ministères : ils sont l'objet d'une politique de simplification de l'administration, le tout mené en partie par les inspecteurs des finances : il s'agit de faire des économies. Ce projet de remaniement est sous-tendu par une question centrale : en quoi la réglementation freine-t-elle l'activité économique des entreprises ? Appliqué à notre domaine, cela donne : en quoi certains impératifs du code du patrimoine freinent-ils les entreprises ?
La décision générale concernant les Ministères, et par conséquent également celui de la Culture, interviendra en Janvier.
Pour Mme Kagan la question n'est donc pas là et peu importe le résultat de ces refontes : l'important, c'est le code du patrimoine, qui nous donne la marche à suivre...
 Le points sur les décrets parus et à venir.
 

Mme Kagan nous a fourni l'organigramme des décrets concernant le patrimoine.

 -         Décret relatif au statut des ACMH (2007-1405, 28 septembre 2007). Ce décret est une « discrimination à rebours ». Pour les bâtiments MH qui n'appartiennent pas à l'Etat (actuellement sous la coupe des ACMH), on ouvre la concurrence aux architectes de l'Union Européenne, mais pas aux architectes français. Le souci se porte maintenant sur la manière dont on pourra sélectionner ces architectes... Pour les bâtiments appartenant à l'Etat, ce seront toujours les seuls ACMH qui s'en occuperont.

-         Décret relatif à l'assistance à la maîtrise d'ouvrage (à paraître). Rappelez-vous que le décret du 30 mars 2007 avait opéré le transfert de la maîtrise d'ouvrage aux propriétaires. Ce décret consiste à organiser et contractualiser le fait que des services puissent assister le propriétaire, l'aider à préparer les pièces du dossier. Cette assistance pourra être effectuée pas la CRMH, voire des sociétés privées, et pourquoi pas des communautés de communes, ou les pays ? Il faudra également que les services des collectivités (comme celles des Conseils Généraux) puissent réaliser officiellement cette assistance à maîtrise d'ouvrage. Se pose tout de même dans certains cas la compétence en matière de patrimoine pour certains des services évoqués... Cela dit, il ne faut pas confondre l'assistance à maîtrise d'ouvrage et le contrôle scientifique et technique. Par ailleurs assistance ne veut pas dire délégation.

-         Décret relatif au contrôle scientifique et technique (à venir). Le texte de ce décret, qui sera très court, est achevé. La circulaire d'application est en cours d'application et sera plus importante. On y incitera notamment à la création de commission (plutôt pour les immeubles).

 

Conclusion : tous ces décrets ne changeront pas la manière de travailler  (sic). Une seule incertitude est générée par tout ça : quand l'Etat était maître d'ouvrage, il était maître de la programmation. Maintenant qu'il s'agira d'attributions de subventions, le propriétaire aura quatre ans pour réaliser les travaux. Et gageons que dans la plupart des cas, il n'entamera les travaux que lorsqu'il aura obtenu des subventions émanant d'autres institutions. Cela ne signifie pas la disparition du terme « programmation » pour la CRMH. Elle sera composée chaque année de la liste des subventions accordées aux différents propriétaires, sachant cependant que les travaux ne seront pas forcément engagés dans ladite année (à cause donc du jeu des différentes subventions).

Avant travaux (sur du classé ou de l'inscrit, enfin ce qui peut être subventionné), on incitera à contacter la DRAC pour le dossier. On évitera que ce soit une seule personne qui mène l'étude préalable. D'ailleurs, il ne faut plus parler d'« étude préalable » mais de « diagnostique ». Dans l'autorisation de travaux décernée par la DRAC, on pourra éventuellement prescrire un type de profession idoine, et vérifier après si cette prescription a été respectée.

 Texte relatif aux professionnels de la conservation-restauration.
 

Ce texte, dont la rédaction est quasiment achevée, n'apparaît pas dans le diagramme.

Il est prévu une réactualisation du décret de la loi Musée concernant les quatre formations, mais uniquement pour le réajuster avec les nouveaux stades des cursus (Licence – Maîtrise – Doctorat).

Deux axes principaux se dessinent :

-         Pour le patrimoine inscrit, le contrôle sur les restaurations sera plus ténu puisque il n'y aura pas de la part de l'Etat de délivrance d'autorisation de travaux. Le propriétaire aura simplement à faire une déclaration préalable. Cela dit, dans le cas où les travaux seront subventionnés, le « subventionneur » pourra donner des prescriptions, voire des obligations. Ce sera aux Conseils Généraux de muscler leur service patrimoine.

-         Pour le patrimoine classé, au-delà des diplômés des quatre formations reconnues par la loi Musées, on va créer une commission d'habilitation commune MH classé/Musées. Les professionnels travaillant déjà sur du classé pourront donc demander l'habilitation à cette commission, et, en cas de réponse favorable, pourront travailler tout autant sur du patrimoine classé ou du patrimoine musée. D'ailleurs, tous les restaurateurs porteront désormais le nom d' « habilités ». L'idéal à terme serait d'avoir une habilitation « Ministère de la Culture ». D'ailleurs, il faut éviter de parler d'agrément, mais bien d'habilitation.

L'idée de départ est une qualification de l'individu. Mais considérant que dans certains travaux MH, mais également pour les Musées, il faut des équipes conséquentes, on pourra certifier des structures à condition que l'on puisse identifier un responsable qualifié. J. Kagan pousse les conservateurs-restaurateurs à s'associer en structures.

Concernant les outils à disposition, Mme Kagan travaille avec la FFCR sur un vade-mecum sur les marchés publics en matière de patrimoine. Le problème réside dans l'application des textes : s'il était appliqué, le code des marchés public, et notamment son article 45, suffirait amplement. Ils prévoient également un travail de formation auprès des ACMH et des ABF. Il faut, à défaut de supprimer, modifier le système de certificats d'architectes pour les appels d'offre car ils ne sont absolument pas garants de la qualité d'une entreprise.

 

Pour ce qui est des écoles privées : Condé faits des efforts et pour Château-Renard, on pense à ce que les étudiants qui en sortent soit qualifiés d' « assistant restaurateur ». Il ne pourront donc travailler que sous la direction d'un habilité et pourront après quelques années prétendre eux-mêmes à l'habilitation pour avoir des travaux en leur nom propre.

 

A la fin de l'entrevue, deux choses ont été rapidement évoquées :

- Mme Kagan allait soumettre un document cerfa aux CAOA. Il s'agit d'un formulaire de demande d'autorisation de travaux sur les objets classés, formulaire à remplir par le propriétaire.

- Mme Kagan  demandé à la FFCR de travailler sur un système inspiré du système QUALIBAT : l'habilitation (pour les diplômés et non-diplômés des quatre formations...) serait renouvelable tous les cinq ans.

-Mme Kagan nous conseille de lire le prochain numéro de Monumental.

  

 

Publié par ACRMP à 23:13:08 dans * Association de Conservateurs - Restaurateurs de biens culturels | Commentaires (1) |

Si vous souhaitez nous contacter | 25 septembre 2007

Nous mettons à votre disposition une adresse pour pouvoir nous contacter. Vous voulez de plus amples renseignements sur notre association, apporter des précisions sur nos articles, trouver un professionnel de la conservation restauration de biens culturels pour un conseil, une proposition de traitement, un devis, connaître les formations de nos professions,...

Ecrivez-nous: acrmp@free.fr

Publié par ACRMP à 14:30:19 dans * Association de Conservateurs - Restaurateurs de biens culturels | Commentaires (0) |

JDP 2007, un dimanche à la DRAC | 23 septembre 2007

Pour ses troisièmes « JDP », l'ACRMP, accueillie et aidée par la DRAC, a opté pour l'information et la pédagogie sur la conservation-restauration
 
Nous voilà donc dans la salle des anciennes écuries de l'hôtel Saint-Jean, sous les arcades en face de l'entrée, avec nos conférences, nos panneaux explicatifs et un atelier diagnostic, agrémenté de quelque matériel... Dehors, dans la cour, des entreprises de la CAPEB (Confédération de l'Artisanat et des Petites Entreprises du Bâtiment), installées pour des démonstrations en tout genre, et dont on ne sait plus si elles touchent au patrimoine, aux métiers d'art ou au folklore. Difficile dans ces conditions pour les objets mobiliers de faire entendre leur voix, au sens propre comme au sens figuré. Et nous remercions tous les curieux et courageux qui sont allés jusqu'au fond de la cour et ont poussé la porte des anciennes écuries.


Informer le public sur la spécificité de la conservation-restauration des objets mobiliers, c'est bien ; nous n'oublions pas toutefois la précarité de ce « métier du patrimoine », et par conséquent, du patrimoine lui-même. Un article dans le Monde (dimanche 9 – lundi 1à septembre 2007) titrait : « L'incertitude persiste sur le budget des Monuments Historiques ». Notons d'ailleurs qu'il n'est fait aucune mention, comme toujours,  des objets mobiliers mais seulement du patrimoine bâti, évoqué notamment par le GMH, La Demeure historique et les Vieilles Maisons Françaises... A la lecture d'un tel article on se demande qui dans tout ça défend le patrimoine public, celui que chacun d'entre nous est censé posséder à travers l'Etat, les mairies, les départements... et qui est restauré par les deniers publics. L'Etat aimerait bien s'en remettre aux mécènes, qui pour l'heure, ne courent pas les rues ! Ne devrait-on pas réfléchir à la proposition du président du GMH : prélever un pourcentage sur la taxe de séjour (rappelons que la France est la première destination touristique au monde). Comme le remarquait judicieusement M. Malvy «si Midi-Pyrénées est aujourd'hui la troisième région touristique de France, ce n'est pas grâce à la propreté de ses plages ».

  Un petit bilan de cette journée :

Tout d'abord, un grand merci aux membres de l'association  (une vingtaine) qui, par leur présence et leur énergie, ont contribué à la réussite de cette journée.

Nous remercions également Monsieur Le Directeur Régional des Affaires Culturelles, qui  a mis à notre disposition la salle et tout le matériel nécessaire au bon déroulement des conférences, et pour l'accueil qui nous a été fait.

Enfin, un merci tout particulier à messieurs Tony Simonet et Jean-François Peyré  qui ont apporté leur aide tout au long de cette journée et à Monsieur Endurand  qui nous a prêté deux tableaux pour montrer au public des exemples d'observations sous UV.

Nous pouvons dire que les conférences ont eu un certain succès : au total, 220 personnes ont assisté aux cinq conférences proposées, avec bien sûr des variations selon les horaires. Il y avait 55 places assises. Exemples : la salle était combles aux conférences de 11h30, 14h30 et 15h30, avec quelques personnes debout.

Autour de 400 personnes ont porté leur attention aux panneaux exposés : différents cas de restauration (panneaux prêtés par les Archives Départementales du Tarn, par les Ateliers de Toulouse... et des panneaux réalisés par l'ACRMP sur les sujets suivants : l'association, la conservation-restauration, la formation des professionnels, la restauration de Vals (et bien sûr notre Vénus !)

Une cabine UV, animée par Corinne, a connu un vif succès toute la journée

Pour ce qui est de l'atelier diagnostic, le constat est décevant : un couple nous a apporté un moulage en terre cuite polychrome et... c'est quasiment tout. Au vu des autres visiteurs qui ont amené un objet, ou des photos de l'objet, nous avons pu observer que leur attente est plutôt une expertise historique (qui a fabriqué l'objet, sa datation, d'où vient-il ?). Et... ce n'est pas vraiment notre domaine !

Nous avons eu beaucoup de demandes au sujet de l'association et surtout, les coordonnées pour la joindre... Cet intérêt pour nos actions et nos professions nous montre que nous devons continuer en communiquant plus, c'est pourquoi dans quelques jours une adresse mail sera disponible sur le blog pour un contact plus direct. Il est vrai que jusqu'à présent, face à l'urgence générée par la chute des crédits, nous avions ciblé notre action vers les institutions, mais nous allons élargir notre champ d'action pour pouvoir répondre à l'intérêt de tous.

 


 

Publié par ACRMP à 22:58:27 dans * Association de Conservateurs - Restaurateurs de biens culturels | Commentaires (0) |

Merci Monsieur Lang !! | 20 septembre 2007

Enfin ! Enfin une voix s'élève pour dénoncer la catastrophique situation dans laquelle se trouve notre patrimoine. Il aura fallu attendre plus de deux ans pour entendre un élu de notre république avoir le courage d'avouer qu'il s'est, comme bien d'autres, trompé et que le secteur de la restauration est aujourd'hui sinistré. Deux ans pendant lesquels on a non seulement  amputé (sans aucune anesthésie)  les budgets alloués au patrimoine, mais aussi et surtout dénié le droit aux acteurs concernés d'oser se plaindre. Il faut se souvenir par exemple des déclarations d'un autre et heureusement ancien ministre de la culture lors de sa conférence de presse à l'occasion des JDP : au milieu des revendications notamment d'architectes en chef courageusement sortis de leur réserve, M. Donnedieu de Vabres n'avait pas hésité à réaffirmer   « que tout allait bien ». Et preuve que le ridicule ne tue plus depuis belle lurette, d'ajouter « que le patrimoine était au cœur de ses préoccupations et de celles du gouvernement et que les crédits (les crédits dépensés affirmait-t-il) restent à peu près stables ».Très franchement j'aimerais bien connaître l'état des financements  des secteurs que le gouvernement ne jugeait pas prioritaire.

Alors merci à M. Lang pour son interview accordé au Monde le 15 septembre dernier, non pas tant pour l'originalité de ses propos mais pour oser dire enfin que «le roi est nu ».

 Jack Lang, ancien ministre de la culture

"La situation des monuments historiques est désastreuse"

LE MONDE | 15.09.07 | 13h20  •  Mis à jour le 15.09.07 | 13h24

Aujourd'hui député (PS) de Boulogne-sur-Mer, en coquetterie avec le Parti socialiste pour avoir accepté du président de la République, Nicolas Sarkozy, une mission sur la réforme de l'Etat, Jack Lang garde un oeil attentif sur le domaine culturel. Ministre de la culture de 1981 à 1986 et de 1988 à 1993, il s'est rarement autorisé à commenter l'action de ses successeurs. A l'occasion de la 24e édition, samedi et dimanche, des Journées du patrimoine, manifestation qu'il avait lancée, il s'alarme pourtant de l'état du patrimoine monumental.

Les Journées du patrimoine vont drainer vers les monuments historiques des millions de visiteurs. Dans le même temps, la situation de ce secteur reste alarmante. Comment expliquer ce paradoxe ?
Il me semblait nécessaire, quand j'ai lancé la Fête du patrimoine, il y a plus de vingt ans, que les Français aient accès gratuitement, au moins une fois par an, aux monuments historiques qui sont le bien commun de la nation. Je pensais également, sans doute naïvement, que ce plébiscite populaire annuel obligerait les gouvernements à dégager des crédits croissants en faveur du patrimoine.
Je me suis trompé. Aujourd'hui, la situation de ce secteur est désastreuse. Les chiffres parlent d'eux- mêmes. Depuis 2002, les crédits affectés à l'entretien et à la restauration des monuments historiques ont baissé de moitié. Ils étaient de 536 millions d'euros, ils sont tombés à 270 millions d'euros cinq ans plus tard. Mais le plus grave, ce sont les fluctuations d'une année sur l'autre, les incertitudes, l'instabilité de ces crédits.
Or, pour les entreprises, pour les architectes et pour les propriétaires, la régularité de ces ressources est une exigence d'économie : rien n'est plus ruineux que les chantiers interrompus. Enfin, les entreprises de restauration sont les premières victimes d'une politique particulièrement erratique. Certaines ont dû fermer leurs portes. Les métiers d'art qui transmettent difficilement leur savoir ont besoin eux aussi de continuité.
2006 a été une année noire : 300 chantiers ont été arrêtés, la dette de l'Etat était de 180 millions d'euros envers les entreprises de restauration, qui ont perdu cette année-là 700 emplois hautement spécialisés.
Le précédent gouvernement a affecté 70 millions d'euros par an aux monuments historiques, prélevés sur les droits de mutation. N'est-ce pas suffisant ?
C'est bien, et ce n'est pas assez. Aujourd'hui, alors que la dotation annuelle tourne autour de 300 millions d'euros, le budget nécessaire à l'entretien et à la restauration des monuments historiques devrait atteindre 400 millions d'euros. Sans une intervention de la puissance publique au plus haut niveau, on restera dans la politique de l'accordéon, du colmatage. Il existe en France plus de 40 000 monuments protégés. C'est une charge très lourde.
Mais c'est aussi une chance pour notre pays. Une source de beauté, qui permet l'enracinement des citoyens dans leur pays. L'identité nationale, devenue un lieu commun des discours politiques, passe notamment par les paysages, les sites et les monuments.
Ce patrimoine vous semble-t-il menacé ?
Certaines communes entreprennent aujourd'hui la destruction de leurs églises. La disparition de ces lieux spirituels ne devrait pas être possible, sauf procédure d'exception.
Ce patrimoine cultuel, même non protégé, même banal, doit être respecté. Mais comment l'Etat peut-il demander aux collectivités locales de respecter leur patrimoine historique alors que lui-même brade le sien ? Ainsi, j'avais fait acheter et restaurer des hôtels particuliers dans le Marais, l'hôtel de Croisilles et celui de Vigny, rue du Parc-Royal à Paris, pour y installer les services de l'inventaire et la médiathèque du patrimoine. Ces immeubles sont aujourd'hui vendus par l'Etat.
Les crédits attribués aux secteurs sauvegardés, sans doute le legs le plus important du ministère Malraux, sont asséchés, comme ceux de la zone de protection du patrimoine architectural, urbain et paysager (ZPPAUP) que j'avais mise sur pied. Le patrimoine est une cause nationale. Il faut dégager des moyens durables pour entretenir cet héritage légué par l'histoire. L'actuelle ministre de la culture, Christine Albanel, qui a conduit avec ambition la restauration de Versailles, saura, j'en suis sûr, mener cette croisade.
Le budget de la culture n'est pas extensible. Et les gouvernements doivent tous répondre à cette question : faut-il privilégier le patrimoine ou la création ?
Je suis un archaïque d'avant-garde, donc je récuse ce choix. La culture est un bloc. D'ailleurs quand le patrimoine souffre, la création n'est pas mieux traitée. Privilégier l'un ou l'autre, c'est mettre en avant des cache-misère pour dissimuler le désengagement général de l'Etat. La médiocrité de notre investissement dans l'intelligence, c'est-à-dire la culture, l'éducation ou la recherche, est la grande faiblesse de la France. Pourtant la clé de la croissance est là.
Propos recueillis par Emmanuel de Roux
Article paru dans l'édition du 16.09.07.

Publié par ACRMP à 20:58:04 dans * Association de Conservateurs - Restaurateurs de biens culturels | Commentaires (0) |

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