• Longtemps je me suis levé de bonne heure. Surtout pour aller faire des devis. Et ce matin, en posant le pied par terre, encore tout embrumé de sommeil, je sentais que la journée allait être difficile. Non pas à cause de la pluie fine qui ne cessait de tomber depuis maintenant une semaine, mais plutôt à cause du nombre de candidats sélectionnés pour cet appel d'offre : douze ! Rien de moins que douze ateliers pour sept tableaux de petit format. Pour justifier la chose, la pauvre secrétaire que j'avais eue au téléphone m'avait expliqué que le musée ne faisait qu'appliquer la loi, même pour de simples « bichonnages ». Déjà, sur le moment, cela ne m'avait guère consolé. Mais à six heures du matin, en m'habillant dans une atmosphère froide et humide, j'en serais presque arrivé à trouver l'argument pénible.

    Le voyage allait être à l'image du temps, désespérément gris et monotone. Je dis cela mais ce n'est pas tout à fait vrai car en arrivant dans la ville en question, nous avons mis plus d'une heure à atteindre le musée. La raison n'était pas seulement imputable aux gigantesques embouteillages mais en grande partie aux talents particuliers de ma copilote. Vu du ciel, je dirais que notre parcours a dû ressembler à une spirale sans fin.

    Si je raconte tout cela, c'est pour vous donner une idée de mon humeur en entrant dans la salle mise à disposition par le musée. Je dis salle mais je devrais plutôt parler de pièce tant l'espace était exigu pour le nombre de restaurateurs présents. Dans sa grande générosité, le musée avait consenti à nous fournir quatre tables d'écolier et deux chevalets, le tout installé au beau milieu de réserves surchargées. Devant la cohue générale, certains avaient tenté de se mettre dans le couloir d'accès encore encombré de dizaines de  poêles en fonte d'une précédente exposition.

    En saluant l'assistance présente et tout particulièrement deux de mes amis déjà occupés à l'examen des œuvres, j'aurais dû me méfier. J'ai d'abord pensé que leurs sourires m'étaient adressés, tout à la joie de nos retrouvailles. Mais lorsqu'ils me tendirent  le premier tableau, je compris instantanément mon erreur. Le regard pétillant d'amusement, ils observaient ma réaction devant ce qui avait dû être un portrait : la figure du magistrat n'était plus que l'ombre d'elle-même sous les « restaurations » successives. « Bichonnages » avait-ils dit.

    Avant que je puisse prononcer le moindre mot, mes amis, sans se départir de leurs sourires,  se saisirent d'un second tableau et le placèrent fièrement sur l'un des chevalets disponibles. Incrédule je regardais l'objet qui semblait tout droit sorti d'un vide grenier et pensais à mes collègues présents qui avaient fait, pour certains d'entre eux, plus de huit cent kilomètres pour voir ça. La seule chose qui me vint à l'esprit c'est la notion de repeint original !

    La suite de la journée fut à l'avenant : œuvres rentoilées, coupées, modifiées de format, et même transposées. Devant l'absence de cahier des charges, nous avons bien sûr cherché à rencontrer le conservateur afin de comprendre ce qu'il entendait par « simples bichonnages » et « interventions minimalistes ». En vain. Occupé à des tâches plus importantes, il laissait à son assistante le soin de nous expliquer que nous pouvions proposer les traitements que nous souhaitions. Moi, la seule chose que je souhaitais, c'était partir.

    <?xml:namespace prefix = o ns = "urn:schemas-microsoft-com:office:office" /><o:p> </o:p>

    Olivier Clérin.


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  •            Les membres du conseil ne se sont pas limités à dresser un constat accablant sur la situation de notre patrimoine monumental. Dans un document de 37 pages, le « projet d'avis [1]», ils proposent toute une série de modifications législatives dans le but avoué d'accélérer la décentralisation. On se souvient qu'en 2003 déjà, M. Aillagon, alors Ministre de la Culture,  avait souhaité transférer, avec le succès que l'on sait,  176 monuments historiques de l'Etat vers les collectivités locales. Fort de ce semi échec[2], le conseil incite l'Etat à réitérer l'expérience en  suggérant cette fois-ci de transférer aussi la propriété de certaines cathédrales.

    Dans un chapitre particulier[3] le conseil remet en cause le choix opéré par la commission de 2003 présidée par René Rémond, notamment dans le fait qu'elle aurait « défini une propriété de l'état sur des critères exclusivement religieux et non sur l'appréciation de la qualité ou de l'importance des monuments concernés. L'état possède ainsi des cathédrales qui sont édifices majeurs, à Paris, à Bourges, à Reims, à Amiens ...mais aussi des édifices modestes et moins significatifs à Pamiers, à Montauban, ou à Lille».

                Aussi le conseil préconise-t-il de créer une nouvelle commission chargée d'établir de nouveaux critères de propriété de certaines cathédrales en « examinant par exemple le principe d'un transfert systématique de ces édifices aux départements et aux régions ». Et de rajouter « on pourrait imaginer en contrepartie de ce transfert que l'État « adopte » dans tout département où il ne possède pas déjà un monument historique, un monument insigne, par exemple à Toulouse, la basilique Saint-Sernin, édifice autrement plus important que la cathédrale Saint-Etienne qui procède d'un malhabile collage entre un édifice roman et un édifice gothique ». Les Toulousains apprécieront !
    <?xml:namespace prefix = o ns = "urn:schemas-microsoft-com:office:office" /><o:p> </o:p>                                    Toujours dans le même sens, les auteurs suggèrent un certain nombre de transfert de compétences aux régions notamment dans le domaine de la protection[4]. Contrairement aux avis précédents, en particulier ceux du rapport Bady de 2003, « le Conseil économique, social et environnemental recommande au Ministère de la Culture et de la Communication d'engager à cet égard une nouvelle réflexion dans l'hypothèse, non d'un transfert systématique et définitif aux régions de l'inscription à l'inventaire supplémentaire des monuments historiques, mais au moins d'une expérimentation, dans deux régions pilotes, du transfert de l'inscription à la région.». Même si l'état continuerait à définir les normes méthodologiques et culturelles qui s'appliqueraient à l'inscription, le conseil souhaite voir, après une période d'essais sur 2 régions pilotes, la création d'un nouveau label régional en partenariat avec les départements[5]. Dans le souci de coordonner la synergie entre les différents acteurs, le projet incite les collectivités à se retrouver tous les 2 ans au sein « d'assises régionales[6] » et tous les 5 ans dans des « assises nationales  dont les conclusions pourraient constituer la feuille de route de l'action publique pour les cinq années suivantes. »
                Mais le CES semble avoir pris conscience que le simple transfert législatif ne suffirait pas à convaincre les collectivités territoriales du bien fondé d'une nouvelle décentralisation. C'est pourquoi il préconise de la part de l'état, des crédits budgétaires à la hauteur des enjeux et surtout une pérennisation dans le temps. Considérant que la dotation de 330 millions d'euros prévue par le PLF pour 2009 est insuffisante, il recommande la création d'une source de financement supplémentaire afin d'atteindre les  400 millions nécessaires aux urgences. Pour ce faire il reprend l'idée, à l'instar du Royaume Uni, d'un prélèvement spécial sur les jeux de loterie : « Notons qu'un prélèvement annuel de 0,5 % sur le chiffre d'affaires de la Française des jeux produirait une dotation supplémentaire pour les monuments historiques de quarante cinq millions d'euros. Portée à 1 %, ce sont quatre-vingt dix millions qui pourraient être atteints ». Autre possibilité évoquée pour permettre la « remise à flot » de nos monuments, un prélèvement exceptionnel sur par exemple les « droits de mutation, successions sans ayant droits ou encore taxations de toutes les activités bénéficiant de concessions diverses de la part de l'État, leur contribution devenant une sorte d'obligation de mécénat au titre de l'occupation d'un domaine public ».
                Regrettant le caractère « trop systématique » des mesures de gel budgétaire « préludes souvent à des annulations définitives qui suivent, de quelques semaines à peine, le vote du budget par la représentation nationale » les membres réclament que la dotation budgétaire annuelle s'inscrive « dans un programme clairement affiché d'investissement pluriannuel ».
    <o:p> </o:p>

                Dans le domaine fiscal, le conseil n'est pas en reste. Il préconise entre autres « que le taux de la TVA sur les travaux monuments historiques soit uniformément et généralement arrêté au taux inférieur de 5,5 % et que l'État engage à cet effet une négociation avec les partenaires de la France au sein de l'Union européenne[7] ». Il réaffirme aussi son attachement au dispositif de défiscalisation issu de la « loi Malraux » tout en considérant « comme légitime que son usage soit inclus dans le plafonnement global des dispositifs de déduction fiscale ».

                Sur la question du mécénat, il recommande l'extension du dispositif de protection des « Trésors nationaux [8]», jugé particulièrement efficace, en l'appliquant  à une liste de 100 « monuments historiques d'intérêt national majeur », liste établie tous les 3 ans.

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    Nous ne savons rien des réactions du Ministère de la Culture à la lecture de ce rapport qui lui a été remis le mercredi 22 octobre. Quelles que soient les propositions retenues, il apparaît clairement que le conseil économique et social a pris en considération les échecs de la politique de décentralisation de 2003. En suggérant à l'état de réfléchir à de nouvelles sources de financement, en recommandant la pérennisation des dotations budgétaires et une politique plus active de défiscalisation en faveur de nos monuments, il fait preuve d'un volontarisme salutaire dans une période on ne peut plus sinistre pour le patrimoine.

    Faudra-t-il atteindre un quinzième rapport avant de voir les choses bouger ? Possible répondra l'ironique. Probablement affirmera le cynique. Quoi qu'il en soit, peut-être est-il temps de se dire, à l'instar d'un président américain « ne vous demandez pas ce que l'état peut pour vous, mais interrogez-vous sur ce que vous pouvez faire pour lui ». Pourquoi les politiques, et j'entends par là autant les élus régionaux que nationaux, se saisiraient du problème patrimonial si nous même sommes incapables de le porter ?

    <o:p> </o:p>

    Olivier Clérin.



    [2] Le résultat fut un demi-échec dans la mesure ou  seules une cinquantaine d'entre eux ont trouvé preneurs (tels le château de Chaumont-sur-Loire, dans le Loir-et-Cher, et le château du Haut-Koenigsbourg, dans le Bas-Rhin).

    [3] I – 17 A -2 La question spécifique des cathédrales – p 19

    [4] I - 19 B –Organiser les politiques patrimoniales au plus près des territoires- 1. Vers un partage de la décision de protection ? p21.

    [5] «  Dans ces régions tests, l'État délèguerait dans le cadre d'un contrat pluriannuel, les crédits d'intervention sur les monuments inscrits comme il le fait déjà pour ceux affectés au patrimoine rural non protégé. À terme, en cas de conclusion positive de cette expérimentation et de généralisation de ses objectifs, on créerait un nouveau label déclinable « Monument inscrit à l'inventaire du patrimoine de la Bourgogne » (de l'Aquitaine, de la Picardie...) »

    [6] I – 15-4 Favoriser la synergie entre les acteurs p 17
    [7] Le conseil insiste aussi sur un point particulier : « Quoi qu'il en soit, il conviendrait de veiller à ce que la récupération de la TVA soit accessible à tous les maîtres d'ouvrage publics, notamment les établissements publics de l'État, qui engagent des travaux sur les monuments dont ils sont affectataires. L'impossibilité de récupération à laquelle ils se heurtent aujourd'hui fait que la réalité des crédits publics dont ils disposent est de fait amputée par l'État de 20 % des crédits que lui-même leur donne. Cette situation crée également beaucoup d'incompréhension chez les mécènes, notamment étrangers, quand ils participent au financement de ces travaux. Ils ont en effet l'impression que l'État prélève arbitrairement près d'un cinquième de la générosité qu'ils ont consentie ».

    [8] Le dispositif de protection des « Trésors nationaux » institué par la « loi Musée » du 4 janvier 2002 et par la « loi mécénat » du 1er août 2003, permet de faire bénéficier aux dons faits en leur faveur du taux de réduction d'impôt exceptionnel de 90 %.



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  • La scène se passe au Conseil Régional de Midi-Pyrénées, le 24 septembre 2008, avec pour titre : « Ateliers du patrimoine, 3ème du nom  ».


    Acte 1 : « les acteurs du patrimoine », rassemblés dans un grand amphithéâtre écoutent les allocutions qui introduisent la journée. On y retrouve les mêmes mots que dans les séances précédentes : tourisme, patrimoine, levier, développement économique, tourisme et hébergement, échange, réseau, transversalité, tourisme et déplacement, publicité ( !), économie, tourisme et visites, grands sites, cœurs de villages... et cette année, l'accent est mis sur l'ANVPAH[1], les VSSP[2] et ZPPAUP[3] ( !).


    Acte 2 : changement de décor. Les Acteurs du Patrimoine[4] s'éparpillent dans quatre salles plus intimes, pour participer aux « ateliers ». Cet acte, à la différence du premier, est là pour permettre le débat ; il se déroule ainsi : après quatre petites présentations qui éclairent le thème de l'atelier, les AP sont invités à poser des questions ou discuter autour du dit thème.
    Atelier 3, scène 1 : « Le patrimoine, une image à renforcer, un facteur de développement durable ». Je ne ferai pas l'exégèse de l'intitulé, pas plus que celui des titres des interventions[5]...  mais les mots  résonnent encore : développement économique, développement durable, partenariat, réseau, transversalité, acteurs locaux, projet culturel, projet global, attractivité, économie, tourisme, mise en tourisme, plan marketing, client, stratégie, nouvelle image... Et la déclamation lumineuse de cette scène 1 : Midi-Pyrénées, la « civilisation de l'épanouissement », « liberté, intensité, Midi-Pyrénées ». - Après un long silence de recueillement, le public, ébloui, attend la suite. 


    Atelier 3 scène 2 : le décor est inchangé mais les projecteurs se retournent : ce sont maintenant aux AP de rentrer en scène pour débattre... Le silence est toujours aussi retentissant.
    Un AP CAOA se lance, regrettant qu'il soit si peu question des objets mobiliers. Je saute sur l'occasion pour appuyer la remarque, mais je suis une piètre actrice, le trac me fait bafouiller et rend ma voix rageuse. De toutes les façons, nous nous faisons renvoyer en coulisses, tant par le modérateur que par les AP eux-mêmes, au motif que nous sommes... hors sujet ! Et que l'atelier n'est pas de lieu des « revendications personnelles » et de l'expression des « frustrations ».
    Une AP plus aguerrie ose alors une entrée en scène, soulignant préalablement que ce qui va être énoncé n'est pas une revendication personnelle ( !). Il faut repenser l'organisation des liens entre patrimoine et tourisme car « l'argent généré par ce dernier ne revient pas au patrimoine » ;  à l'appui de son argumentation est cité l'exemple d'un élu qui a accepté d'embaucher trois personnes pour le tourisme mais pas une seule pour le patrimoine... Double remarque rejetée par le modérateur au prétexte quelle est hors sujet dans cet atelier. - Sortie de scène pour cette téméraire AP.
    Quelques AP font ensuite de brèves déclamations, mais il est l'heure ; le modérateur clôt la scène, regrettant que le « débat » n'ait pas abordé le partenariat public/privé.
    - RIDEAU.
    <?xml:namespace prefix = o ns = "urn:schemas-microsoft-com:office:office" /><o:p> </o:p>... Aparté : pour avoir « participé » à la première session de ces ateliers (7 mars 2007) je ne me faisais guère d'illusions quant à l'aspect interactif de ce genre de journées... Mais la scène 2 de l'acte 2 a battu tous les records...
    <o:p> </o:p>Pour ce qui est des objets mobiliers, mea culpa, je n'ai su m'exprimer intelligiblement (ou intelligemment...). Toutefois, la manière dont nous nous sommes faits remballer me laisse coite.  
    Quant à l'étiquette « hors sujet » collée sur toute remarque à propos de l'entretien du patrimoine, elle est inacceptable. Dans un atelier où l'on a parlé sans cesse de tourisme et de développement durable, la question était justement, absolument, fondamentalement pertinente. Sur 15 millions de touristes par an en Midi-Pyrénées, 13 d'entre eux visitent les « grands sites » patrimoniaux... C'est là une incroyable manne financière pour la région et si effectivement on souhaite un « développement durable », une partie de la recette doit revenir au patrimoine, pour son entretien et sa conservation. Faute de quoi preuve sera faite qu'il est bien « bio-dégradable »


    Françoise Tollon



    [1] Association Nationale Villes et Pays d'Histoire

    [2] Villes à Secteurs Sauvegardés et Protégés

    [3] Zone de Protection du Patrimoine Architectural, Urbain et Paysager

    [4] Acteurs du Patrimoine : nom de code AP.

    [5] « Le PAH, ses effets en terme de développement local et d'aménagement », « La place du patrimoine dans la communication et le tourisme régional », « L'audit identitaire, un outil de communication pour le territoire », « Les échanges techniques, économiques et culturel internationaux »



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  • Les Ateliers du Patrimoine, organisés pour leur troisième session au conseil Régional de Midi-Pyrénées le 24 septembre dernier, témoignent sûrement de la volonté de la Région de mettre en place une politique patrimoniale, et de s'organiser face à une décentralisation de la culture menée à la hussarde.  On peut bien sûr s'impatienter d'entendre pour la troisième fois des tergiversations pour définir « le patrimoine », la sempiternelle nécessité de « s'approprier le patrimoine », ce vocable indigeste et émergent de « patrimoine mémorial », « patrimoine immatériel », ou entendre évoquer le classement des montagnes au titre de monument historique (mais qui va les sauver avec un titre pareil ?).  Mais s'il y a quelque chose qui sous-tendait ces ateliers, c'est bien l'inquiétude des élus pour l'administration, la gestion et le financement de cette sacro-sainte politique patrimoniale. Si l'Association  Nationale des Villes d'Art et d'Histoire va fédérer les idées et les crédits (président : M. Malvy), les outils juridiques et fiscaux manquent. Et si plus d'un ont rappelé que Malraux avait créé en 1964 l'Inventaire, le Président Malvy et un élu ont rapidement parlé d'un aménagement fiscal, la « niche Malraux », qu'il avait aussi mis en place pour inciter l'investissement dans la sauvegarde du patrimoine bâti. Or aujourd'hui, cet aménagement risque de disparaître, pour faire gagner à l'Etat 100 millions d'euros de déduction fiscale autrefois accordée sur les 400 millions investis dans la rénovation de logements dans les centres historiques. Ainsi que le souligne un journaliste du Point[1], rien ne peut garantir que l'Etat aurait été aussi généreux pour la restauration du patrimoine historique d'une petite centaine de villes en France. Alors, à votre bon cœur Messieurs les Sénateurs ! Votez contre le retrait de ces avantages ! Votez pour la sauvegarde du patrimoine patrimonial que chacun s'appropriera, mémorial d'une France en déconfiture, d'un patrimoine que les grands mécènes ne regarderont jamais, et dont l'Etat se désintéresse.

    Monique Drieux Daguerre



    [1] Le Point du 25/09/2008 p. 12 « Le chiffre de Jacques Marseille ».



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  •           Il est commun de dire que la réalité dépasse souvent la fiction. Mais parfois, il faut en convenir, c'est la fiction qui dépasse la réalité. Car qui aurait pu imaginer qu'au moment où l'Etat abandonne son patrimoine comme les vacanciers le font de leur animal de compagnie un soir d'été, une filiale de la célèbre société « Endémol » avait imaginé une véritable « Star Ac » des vieilles pierres ?

    <?xml:namespace prefix = o ns = "urn:schemas-microsoft-com:office:office" /><o:p> </o:p>

    Petit retour en arrière.  En septembre 2007 la maison de production Endémol fait appel à l'historien animateur Franck Ferrand pour conduire un jeu de télé-réalité sur la restauration du patrimoine. Le principe était simple : les téléspectateurs devaient choisir parmi une dizaine de « chefs d'œuvre en périls »  celui qui mériterait d'empocher la coquette somme de 600 000 euros pour financer ses travaux de rénovation. Le programme, prévu sur Arte, avait fait l'objet d'un premier tournage à Juvisy, ville de l'Essonne où Camille Flammarion[1] fonda en 1887 l'Observatoire privé de la Société Astronomique de France[2]. Mais au début du mois de septembre, patatra : la maison de production, après dix-huit mois d'hésitation, jette l'éponge.

    <o:p> </o:p>

    On peut compatir bien sûr à la déception de tous les amoureux de ce haut lieu de l'astronomie mais gageons que l'imagination, ô combien fertile, de nos producteurs télé ne s'arrêtera pas là. Qu'ils se rassurent et prennent leur mal en patience, je ne serais pas étonné que figure déjà, dans les projets de nos créatifs médias, un « Kho Lanta des objets d'art » ou un « secret story des musées ». J'imagine une « île de la tentation des conservateurs [3]» où, à peine descendus de leur embarcation, des responsables de collections publiques seraient livrés à des restaurateurs affamés prêts à tout pour leur ravir leurs précieux chef-d'œuvres[4]...les larmes qui coulent lors de veillées tropicales où on leur présenterait, sur des ordinateurs portables, le fruit de nos restaurations...les scènes déchirantes des adieux où ils devraient faire le choix de repartir avec ou sans leurs objets...

    <o:p> </o:p>Comme le rappelle slogan de l'Observatoire de Juvisy, Camille Flammarion disait" Nous sommes tous des citoyens du Ciel". Des « Stars Académiciens » en somme.
    <o:p> </o:p>


    [1] Camille Flammarion est né  en 1842 à Montigny-le-roi. Après un bref passage à l'Observatoire de Paris, de 1858 à 1862, il devient un chroniqueur scientifique reconnu et publie de nombreux articles dans l'Intransigeant, le Cosmos, le Magasin pittoresque. Il connaît définitivement le succès lors de la parution de l'Astronomie populaire en 1879. Ami de Gustave Eiffel, Camille Saint-Saëns, Jean Macé et Charles Garnier, il reçoit à Juvisy l'empereur du Brésil Dom Pedro II, l'astronome américain Percival Lowell et contribue à la diffusion de l'astronomie dans toutes les couches de la société. Il développe l'astrophotographie dans ses observations et s'intéresse aux phénomènes paranormaux liés aux manifestations psychiques. Il obtient le grand prix de l'Exposition universelle en 1900 pour ses expériences menées à Juvisy dans des serres monochromatiques. Une rue à Juvisy, un boulevard et un lycée à Marseille, une petite planète, "Flammario", portent son nom.

    [2] Le site de l'Observatoire, classé depuis 1980, abrite un bâtiment inscrit à l'inventaire supplémentaire des monuments historiques depuis 1996. Les objets scientifiques ont été classés monuments historiques par la Commission Supérieure dans sa séance du 19 juin 1997.

    [3] N'y voyez, bien sûr, aucun rapport avec le projet d'Abhu Dhabi.

    [4] Toute ressemblance avec la réalité serait fortuite...


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