•            Vendredi 13 Juin, 17 h, France culture. L'émission « Du grain à moudre[1] » a décidé de couvrir les débats du colloque « Vive la culture » organisé par le journal Libération[2]. La discussion du jour porte sur le thème « Faut-il supprimer le Ministère de la Culture ? » avec en guest star Madame la Ministre en personne. Pour lui donner le change, Rolland Joffrin a invité M. Jack Ralite,  Sénateur PC de la Seine Saint Denis, « spécialiste » du sujet.

    <?xml:namespace prefix = o ns = "urn:schemas-microsoft-com:office:office" /><o:p> </o:p>

                Pendant près d'une heure, tous les sujets brûlants seront abordés. En tête la fameuse RGPP[3]  et la fusion des directions. Puis seront traités, pèle mêle, les baisses de subventions au spectacle vivant, le moral en berne des créateurs, la colère des intermittents et bien sûr la réforme controversée de l'audiovisuel public. Tout ... sauf le patrimoine. Pas un seul acteur présent n'aura même l'idée d'émettre un avis ou poser une question sur le sujet.

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                La chose n'est pas nouvelle. On peut même dire que c'est l'inverse qui nous aurait étonné tant le nombre d'émissions portant sur la culture ayant éludé les problèmes du patrimoine sont légions. Même lors des précédentes éditions des journées du patrimoine les médias avaient réussi le tour de force à occulter les difficultés générées par l'arrêt brutal de près de 400 chantiers. Mais comment, alors que la situation se dégrade de jour en jour, que les coupes budgétaires se font de plus en plus sentir, comment expliquer ce silence assourdissant ? 

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                Sans doute faut-il se rendre à l'évidence : pour le Ministère, comme pour les politiques, les médias ou mêmes les acteurs de la culture, nous n'existons pas. Les choses n'existent que si elles sont médiatisées. Or la dégradation des biens culturels, faute d'entretien, n'est pas une information. Encore moins un événement.

    Deuxième constat : nous n'appartenons pas au monde culturel. Faute de représentativité professionnelle et d'organisations efficaces, les sujets touchant au patrimoine, à son entretien, à sa conservation et sa restauration n'entrent toujours pas dans le champ pourtant si large de la culture. L'échec de la médiatisation de notre secteur d'activité c'est d'abord notre incapacité chronique à être organisé et solidaire.

    Et que dire de la volonté acharnée, pendant des années,  de privilégier les discussions exclusivement  « ministérielles » et plus particulièrement celles ayant trait au monde des musées ? Quels liens avons-nous aujourd'hui avec le monde universitaire, avec les conservateurs, les historiens d'art et même simplement la presse spécialisée ?

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                Les raisons d'un tel silence radio sont évidemment multiples et ma réflexion n'a pas la prétention d'être exhaustive. Je laisse à chacun le soin de méditer sur les causes réelles ou supposées d'un tel abandon. Mais pour conclure je reprendrais volontiers les propos de deux intervenants[4]qui, en réaction à l'absence de sujet portant sur le  patrimoine dans l'annonce même du colloque, ont  écrit « Que l'on se questionne sur la Culture, cela ne peut que me réjouir. C'est d'ailleurs dans le vent car à Toulouse une consultation sur le même sujet va avoir lieu les 6 et 7 juin... Pourtant l'enthousiasme retombe vite. Comme à l'ordinaire dans bien des médias (et non des moindres justement), la Culture, ce sont « le cinéma, la télévision, le théâtre ou les arts plastiques »... S'il est indéniable que ces domaines participent pleinement de ce que l'on appelle Culture dans la France aujourd'hui, je ne puis que regretter l'absence cruelle du patrimoine. « Patrimoine » sous toutes ses acceptions : patrimoine bâti, objets mobiliers, littérature... bref, tout ce qu'ont réalisé nos prédécesseurs et de quoi, normalement, les créateurs d'aujourd'hui se nourrissent pour mettre au jour leur propre œuvre. [ ].»

     Et le second d'ajouter «  J'invite les futurs participants à ces assises de la culture à réfléchir à ceci : qu'est que la création sans le patrimoine ? Ne serait-ce pas justement le "divertissement", l'impitoyable fossoyeur de la culture ? Bon début de réflexion pour engager le débat non ? » 
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    Olivier Clerin



    [1] « Du grain à moudre », émission de Julie Clarini et Brice Couturier, tous les jours du lundi à vendredi de 17 à 18h, France culture.

    [2] Forum Libération sur le thème "Vive la culture !", 3 jours de débats, d'expression, d'échanges.
    vendredi 13, samedi 14 et dimanche 15 juin 2008 au théâtre Nanterre-Amandiers

    [3] RGPP : réforme générale des politiques publiques

    [4] Voir le chapitre « réaction » sur l'annonce du colloque dans les pages du site de libération 



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  •             Pour la troisième fois je me penche sur le tableau. Une fois de plus je reste tétanisé devant la petite fenêtre ouverte dans le vernis. Le long du bord gauche, un rectangle de deux centimètres sur à peine un demi centimètre de large laisse apparaître un magnifique bleu outremer. Avant l'essai de nettoyage, le ciel était vert. Plus exactement brun-vert.
                Tous les restaurateurs connaissent ce mélange d'appréhension et d'excitation avant le nettoyage d'une œuvre. On a beau avoir des années de pratique et d'expérience dans le domaine,  la surprise reste toujours possible. Les œuvres d'art ressemblent aux grands vins : on connaît le vigneron, on a déjà goûté à plusieurs reprises les vins du domaine, on a une idée sur la qualité du millésime et du moment propice où il faut l'ouvrir, et pourtant on s'interroge à chaque fois sur ce que l'on va découvrir.
                En réalisant un nouveau et discret test, je pensais à la solitude du restaurateur. Bien entendu le choix des traitements a été établi sur la base d'un examen minutieux des matériaux et des altérations. Bien sûr  la décision finale se prendra en concertation avec le conservateur en charge du traitement. Bien évidement les différentes options seront argumentées et des examens complémentaires pourront être réalisés. Mais là, en ce moment précis, tout en regardant ma main tenir le long  bâtonnet enrobé de coton imbibé de solvant, je réalisais devant ce centimètre carré toute la responsabilité qui est la nôtre.
    Certes cette responsabilité n'est pas juridique puisqu'elle repose exclusivement sur les épaules du propriétaire ou du dépositaire légal. Pas plus n'avons-nous d'obligation de résultat mais, rappelons-le, seulement de moyen. Mais pourtant elle doit bien exister cette responsabilité. Car comment expliquer cette goutte de sueur qui glisse lentement le long de mon cou au moment précis où je tente d'ouvrir une seconde fenêtre ?
    <?xml:namespace prefix = o ns = "urn:schemas-microsoft-com:office:office" /><o:p> </o:p><o:p> </o:p>Olivier Clérin

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  • Lorsque l'on parle de l'évolution du monde du travail, les mêmes mots reviennent sans cesse : mobilité, adaptabilité, reconversion. Dans la bouche de nos élus et de nos experts, ils expriment la nécessaire transformation à laquelle notre économie est confrontée si elle veut connaître l'avenir radieux d'une société mondialisée et conquérante.

    Si l'on tente d'examiner notre profession à la lumière de ces trois vertus, force est de constater que nous répondons parfaitement à la première qualité. Car le restaurateur moderne est mobile. On peut même affirmer qu'il est incroyablement mobile. Continuer à traverser l'hexagone de part en part pour faire des devis gratuits, au prix actuel du gasoil, ce n'est plus une qualité, c'est vraiment du mécénat.
    En ce qui concerne l'adaptabilité, l'image est plus contrastée. Si l'on entend par capacité d'adaptation la faculté à pouvoir répondre à des imprévus tels que réaliser un devis sans voir l'objet (parce qu'il est toujours en caisse ou qu'il est accroché à plus de six mètres de haut) alors oui le restaurateur répond au critère. Par contre si l'on attend de lui la capacité à répondre à un ordre de service qui stipule que le travail doit être réalisé pour avant-hier, alors les choses se compliquent. Il perdra d'autant plus cette qualité si, après avoir attendu plusieurs mois le précieux document, il en reçoit plusieurs avec la même date de rendu de chantier.
    Pour la reconversion, le problème est plus grave. Car le restaurateur, malgré ses cinq années d'études après le baccalauréat, ne montre guère d'autres compétences que celles pour lesquelles il a été formé. Certes, au cours de son cursus, il a bien fait un peu de physique et de chimie mais il faut reconnaître qu'il n'est pas très fréquent de voir Rhône Poulenc ou l'aérospatiale débaucher à prix d'or nos jeunes talents. A la décharge des restaurateurs, il faut bien dire qu'il n'est pas facile d'adapter la technique pointilliste à la peinture en bâtiment. 
    <?xml:namespace prefix = o ns = "urn:schemas-microsoft-com:office:office" /><o:p> </o:p>Toutefois la chose n'est plus impossible. J'en veux pour preuve les propos tenus par Mme Anne BALDASSARI[1], Directrice du musée national Picasso, au cours de l'émission Nonobstant sur France Inter du mercredi 28 mai. Voici quelques morceaux choisis :
     « ... C'est terrible, on travaille tout le temps, c'est éreintant, rien n'est simple, parce ce que c'est un métier qui est passionnant aussi pour cette raison, c'est éreintant, ça va de la recherche à la rédaction des textes. C'est le service public dans tout son état, dans tous ses états ; de la théorie à la peinture des pattes, à ce que l'éclairage soit correct ... il y a 120 personnes et un directeur de musée fait tout. Je vise, je décadre, je ré-encadre, je dépoussière, je peins, je colle, je fais mes maquettes, je bâtis des légendes, je fais des panneaux pédagogiques. Je préfère m'arrêter là parce que votre émission y passerait. C'est un métier complet ! .... J'ouvre des caisses, c'est d'abord un métier physique, les œuvres sont des objets physiques.
    Dans le monde des médias, où on est aujourd'hui, on croit que se sont des images, ce ne sont pas des images. Une œuvre, c'est comme une sculpture, c'est un objet en trois dimensions, c'est d'une fragilité immense. Et conserver c'est permettre que cela dure un peu plus. Donc
    c'est un métier extrêmement difficile sur le plan matériel, c'est un métier matériel et théorique
    .... »
    <o:p> </o:p>Si la restauration est toujours votre passion et si vous souhaitez continuer à l'exercer malgré la chute drastique des crédits alors n'hésitez plus ! Devenez conservateur.


    PS : J'ai toujours cru que le refus des conservateurs à l'utilisation, par notre profession, de la dénomination « conservateur-restaurateur » était d'éviter la confusion. Je n'avais jamais imaginé qu'il s'agissait peut-être de jalousie...
     

    Olivier Clérin



    [1] Au terme d'une double formation universitaire en histoire de l'art, esthétique et sciences humaines, titulaire d'un Doctorat, Université Paris VIII. (1982), Anne Baldassari a rejoint le Ministère de la Culture en 1983. Chargée de mission au Fonds d'intervention culturelle (F.I.C), puis à  la Délégation aux arts plastiques (F.I.A.C.R.E), entre 1983-1985, elle est nommée Conservateur au Musée national d'Art moderne, Centre Georges Pompidou où elle est notamment commissaire des expositions Art et Pub (Paris, 1989, Tokyo et Kobé, 1990) et de Dessins de Henri Matisse (1990).En 1992, Anne Baldassari est nommée au musée national Picasso comme Conservateur du centre de documentation, archives, photographie, bibliothèque.En octobre 2005, elle est nommée à la Direction du musée national Picasso.
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  • Nous vous avions informé, le 22 mars dernier, des problèmes posés par l'appel d'offre du Collège Champollion à Figeac[1]. Or malgré nos multiples courriers, aussi bien à la DRAC, à la Direction des Monuments Historiques qu'à la ville  de Figeac, personne n'a jugé utile de nous répondre sur le fond du dossier[2]. Pourquoi interrompre ou simplement ralentir un dossier aussi bien préparé, n'est-ce pas ?

    Pour vous permettre d'en juger, voici les premières phrases que l'on peut lire au chapitre 4.4.9 Restauration des toiles peintes  à la page 43 du Cahier des Clauses Techniques Particulières :

    <?xml:namespace prefix = o ns = "urn:schemas-microsoft-com:office:office" /><o:p> </o:p>- Les méthodes, les produits et le type d'outils pour la restauration des toiles peintes sont laissés à l'initiative du peintre.
    - Le restaurateur devra tenir compte de l'état de chaque toile pour adapter les produits et méthodologie
    - Les produits employés devront être reconnus par le Laboratoire des Monuments Historiques
    - Transport aller-retour en atelier compris récupération des toiles depuis le lieu de stockage.
    <o:p> </o:p>

    Au nom de tous mes collègues « peintres », je voudrais remercier Monsieur le Bourgmestre de nous permettre « d'adapter les produits et méthodologie » pour chaque toile. Merci aussi de préciser que l'aller-retour en atelier devra comprendre « la récupération des toiles » : on peut faire sans, mais c'est toujours mieux avec !

    On attend la suite avec impatience ...

    <o:p> </o:p>

    PS : Peut-être eut-il été souhaitable que les candidats retenus fussent membres de la prestigieuse Académie Royale de Peinture...

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    Olivier Clérin.


    [1] Voir article du blog daté du  22 mars 2008 « Mini prix mais il fait le maximum »

    [2] Pour être tout à fait honnête, la Région, en la personne de son secrétaire général, a bien voulu nous faire savoir, le 5 mai dernier, qu'il comptait interroger M. le Directeur Régional des Affaires Culturelles, « afin d'obtenir un éclairage précis sur cette procédure et sur les possibilités dont il dispose pour apporter les aménagements [ ] ». Nous lui souhaitons bien du courage !


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  •            Comme tout le monde, je suis persuadé de bien faire mon travail. Ou en tout cas de le faire aussi bien, voire parfois légèrement mieux que les autres. Ou que certains autres. Enfin je suis sûr que vous voyez ce que je veux dire...

              J'en étais donc là de ma bonne conscience, lorsque récemment, en rédigeant la réponse à un volumineux appel d'offre (pléonasme me direz-vous), je tombais sur une correction faite sur une proposition de traitement. Un collègue et ami de notre groupement avait ajouté à la rubrique «consolidation ponctuelle des bords de tension lacunaires » ce petit complément «et renforcement du maintien périphérique avec des agrafes inox ». Pourquoi spécifier que les agrafes seraient en inox : évidemment que je n'allais pas écrire « pose d'agrafes rouillées ».

                Mais au moment d'appuyer sur la touche « suppr. » de mon clavier, mon geste resta suspendu. Je songeais à mes derniers achats au bricotruc du coin et à mon attitude devant l'immense console des agrafeuses. A bien y repenser, j'avais hésité à prendre une boite d'agrafes inox pour la raison qu'elle coûtait plus du double du prix des agrafes traditionnelles.

                Alors pourquoi payer plus cher des matériaux que personne n'irait vérifier ? Non, pourquoi payer plus cher pour une chose que personne n'aurait l'idée même d'aller vérifier ? L'envie de bien faire ? La fameuse conscience professionnelle ? Dans un secteur d'activité où la raréfaction du travail va de pair avec des mises en concurrences de plus en plus brutales, pourquoi continuer à s'interroger sur la qualité des agrafes ? Et des vernis ? Et des matériaux de retouches ? Et ...et la liste est sans fin. La seule réponse qui ne soit pas empreinte d'hypocrisie et de malhonnêteté, c'est que je ne sais pas faire autrement. Mon cerveau a été lentement mais sûrement conditionné par un enseignement nourri de déontologie. Je ne suis pas plus rigoureux ni plus attentionné qu'un autre : simplement mes études et la patience infinie de mes professeurs m'ont appris la prudence indispensable à  ce métier. Comme disait le poète, il n'y a pas d'amour mais que des preuves d'amour. L'agrafe inox est une preuve d'amour.

    Olivier Clérin.


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