• Qualiquoi ?

    Connaissez-vous le mot Qualibat ? Non il ne s'agit pas du nom d'un nouveau supermarché dédié au bricolage ou du dernier Pokemon commandé à Noël par vos chères têtes blondes. En réalité  il s'agit de la nouvelle et ingénieuse trouvaille du Ministère pour parler d' « habilitation ». Vous croyez à une plaisanterie ? Alors je vous conseille de suivre attentivement les récents débats autour des prochains décrets Monuments Historiques (vous pouvez lire le compte-rendu de notre rencontre avec Mme Kagan sur ce site). Pour résumer vous pensiez, sans doute naïvement, que l'octroi d'un diplôme reconnu par l'Etat (après une formation de 5 ans) ou le passage d'une VAE, vous ouvrait les portes du monde merveilleux de la conservation-restauration. Comme moi, vous avez sans doute imaginé qu'après la loi musée de 2002, petit à petit, nous irions vers plus de qualification, au moins sur le patrimoine public. Qu'à défaut d'une profession protégée par un titre, la lente mais inexorable marche vers le progrès amènerait les acteurs de la culture à saisir enfin qu'une œuvre d'art ne ressemble pas à un robinet. Et bien non, il n'en n'est rien. Le Ministère, dans son infini sagesse, nous pousse à envisager une certification Qualibat afin, je cite, « de mieux décrire les différents points qui sont parfois demandés au cours des marchés publics, quelle que soit la taille des entreprises ». En d'autres termes, cette qualification des structures (et non des individus) rendra nos diplômes...renouvelables tous les 4 ou 5 ans ! C'est un CDD d'atelier mais sans garantie de travail, juste pour avoir le droit de participer au grand jeu du « moins disant ». Génial non ! Mais rassurez-vous, les modalités d'application (qui, comment, quelles sanctions...) restent à négocier...Par contre, ce qui ne le sera pas, c'est que cette nouvelle réglementation sera aussi valable pour le secteur musée puisque la fusion des commissions musée/MH est annoncée. Je ne sais pas ce que vous avez commandé au Père Noël cette année, mais moi je crois bien que je vais lui demander une boîte de Temesta.


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  • Lettre ouverte aux membres de la fédération.

    Je ne suis plus membre de la FFCR. Je l'ai été longtemps, j'ai même fait partie de ses membres fondateurs avant d'appartenir à la commission adhésion/radiation. Mais depuis plusieurs années je n'ai pas renouvelé ma cotisation et n'ai donc aucun droit de regard particulier sur ses activités. Toutefois je me permets d'interpeller mes collègues de la FFCR, membres du CA ou simples adhérents, afin de connaître leur opinion sur un point précis : quand allez-vous réagir ?

    N'y voyez aucune ironie ni même provocation. Ma question est sincère, simplement je ne vous comprends pas. La fédération s'est créée dans le but de faire reconnaître notre profession en militant pour un statut juridique particulier. Elle a tout mis en œuvre pour faire admettre à l'échelle européenne une équivalence et une harmonisation des diplômes. Mais après quinze ans d'activité acharnée, quels sont les résultats ?  Car si dans un premier temps on ne peut que se réjouir des succès remportés avec la loi musée de 2002, les récentes « initiatives » politiques dans le domaine du patrimoine sont, et c'est le moins qu'on puisse dire, alarmantes. Je ne me lancerai pas ici dans l'éternelle litanie sur la dégradation quotidienne de nos conditions de travail. Vous les connaissez parfaitement et j'image que les récentes informations sur les futurs décrets MH vous  alarment autant que moi. Alors qu'attendez-vous ? Que doit-il se passer pour que vous brandissiez l'étendard de la révolte ? Que la situation des jeunes diplômés aille plus mal ? La disparition quasi programmée des services de l'Etat au sein des DRACs en région ? La globalisation des appels d'offres aberrants et une paupérisation générale des ateliers ? Un miracle d'Ecco ?

    J'ai de l'estime pour tous ces membres de la FFCR qui consacrent ou ont consacré tant d'heures à l'intérêt collectif. Je me sentirai toujours plus proche d'eux que de tous les éternels « ronchons » prêts à perdre des heures à refaire le monde mais incapables de donner la moindre parcelle de leur temps libre à un engagement associatif. Mais n'est-il pas temps de faire preuve d'un certain regard critique sur nos actions et particulièrement sur la priorité qu'on leur donne ?

    Personnellement je ne crois pas que l'on puisse construire sous les bombes.  J'entends par là qu'il me paraît illusoire de vouloir traiter des problèmes qualitatifs (comme améliorer les procédures d'appels d'offres) avant d'avoir résolu les problèmes quantitatifs. Car c'est bien de cela qu'il s'agit : les crédits alloués à la restauration sont arrivés à un tel niveau que tout le reste me semble dérisoire. A titre d'exemple une collègue vient de m'apprendre que 14 restaurateurs (7 pour le support, 7 pour la couche picturale) viennent d'être mis en concurrence sur un panneau à Versailles. Or même si l'on arrive à améliorer les procédures de sélection des candidats, il n'en reste pas moins que 12 d'entre eux seront « légitiment et légalement » écartés.

    Je crois que nous devons commencer par dénoncer ce qu'il faut bien nommer un abandon du patrimoine. Il faut « casser » le mur du silence qui cerne ce fragile héritage, mettre sur la place publique les chiffres réels en alertant sans relâche les médias sur notre situation. C'est seulement à ce prix que le politique acceptera de nous entendre et commencera peut-être à chercher des solutions. Car elles existent ces solutions : ici, en Midi-Pyrénées, le Conseil Régional vient de voter un partenariat avec la Drac afin d'adosser ses subventions à ceux de l'Etat (50-50). Certains élus évoquent la possibilité de transférer une partie de la taxe de séjour des touristes à l'entretien des sites visités. Pourquoi la Française des Jeux, ou tout autre organisme agréé, ne distribuerait-elle pas une partie de ses gains pour l'entretien du patrimoine, à l'instar de certains pays européens.

    L'état sanitaire de notre profession – et par conséquent du patrimoine - est préoccupant. Nous devons, avant tout diagnostic, faire un constat détaillé non seulement des éléments constitutifs mais aussi des altérations. Et si nous voulons éviter que ce dossier ne finisse sur les étagères encombrées de nos décideurs, il faudra se donner les moyens de le mettre sur la place publique. Et soyez en certain, ce constat, pour une fois, personne ne le fera à notre place.

    Amicalement

    Olivier CLERIN

    Ancien membre de la FFCR

    Membre aujourd'hui de l'ACRMP


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  •            Pour démarrer son Grenelle de l'environnement, qui commence mercredi 24 octobre, le gouvernement a décidé de lancer un appel à toutes les bonnes volontés afin de recueillir le maximum de suggestions innovantes. Et comme les petites rivières font un jour les grands fleuves, voici en quelques lignes ma modeste, mais je l'espère utile, contribution.

    Tout d'abord, en ce qui concerne les économies de carburant, peut-être pourrait-on suggérer des déplacements groupés pour réaliser nos devis. En effet la multiplication des consultations, et particulièrement des appels d'offres, nous amène de plus en plus fréquemment à nous déplacer loin de nos ateliers.  Nous pourrions ainsi mettre en place un système de co-voiturage particulièrement économique pour nos amis parisiens qui viennent sillonner notre belle région. Autre suggestion, plus utile encore, serait de suivre l'exemple de certains de nos collègues qui, dans un salutaire élan citoyen, n'hésitent plus à réaliser leur devis sans se déplacer ni voir les objets!

    Pour les problèmes d'économie d'eau, certains ont déjà apporté un début de solution. Ainsi pourrions nous nous inspirer de leur trouvaille en éliminant les opérations de décrassage avant certains traitements.  Car quoi de plus inutile qu'un décrassage de surface avant un retrait de vernis. J'attire votre attention sur le fait que cette ingénieuse solution permettrait de surcroît de faire de sensibles  économies sur l'utilisation massive de coton hydrophile.

    Dans la même perspective et afin de limiter les graves menaces pesant sur la déforestation, nous ne pouvons qu'encourager les initiatives de certains commanditaires qui n'hésitent plus à éliminer des cahiers des charges le coût prohibitif des dossiers de traitement.  

    Enfin à propos de  la question cruciale des économies d'énergie, je voudrais vous soumettre une idée dont je ne suis pas peu fier. Ne pourrait-on pas imaginer interdire l'éclairage de nos églises et de nos musées ? Je sais, la chose parait saugrenue de prime abord, mais permettez-moi quand même de la défendre : non seulement la collectivité ferait un éco-geste en faisant baisser la facture d'électricité, mais imaginez dans le même temps les économies d'entretien et de restauration réalisées. En effet une œuvre mal éclairée n'a pas besoin d'être complètement restaurée : un simple « bichonnage » et une signalétique appropriée seraient alors largement suffisants à sa présentation. Enfin, ce n'est qu'une idée...

                                                                                                             Olivier Clérin


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  •             Dix centimètres. Il aura fallu dix centimètres de déchirure sur une toile de Monet (Le pont d'Argenteuil, 1874) pour que le patrimoine redevienne une question d'actualité. Il est vrai que l'événement a de quoi intéresser les médias : cinq jeunes, passablement éméchés, ont pénétré par effraction au musée d'Orsay afin de poursuivre leur virée nocturne. Interrompus dans leurs festivités par le déclenchement de l'alarme, il semble que l'un d'entre eux a eu la lumineuse idée de donner un coup poing à l'œuvre du maître impressionniste avant de s'enfuir.

    Bien naturellement les journalistes se sont interrogés sur les conditions de sécurité de l'un de nos plus prestigieux établissements parisiens, soulignant la facilité avec laquelle nos joyeux vandales avaient réussi à pénétrer et à s'enfuir librement de ce que tout le monde pensait être un véritable coffre-fort. Mais pour ma part je voudrais attirer l'attention sur un tout autre point. Dès le lendemain l'ensemble de la presse et des médias insistait sur le fait qu'un « collège d'experts » estimait « les dégâts réparables » (sic) et de rajouter « que dans moins d'un mois l'œuvre serait raccrochée à sa cimaise ».

    Je n'arrive toujours pas à y croire ! Alors c'est vrai, il est possible, ici en France, d'envisager de restaurer une œuvre en moins d'un mois ! Je veux dire réunir un collège d'experts, lancer un appel à candidature, mettre en place un cahier des charges, constituer deux lots (support et couche picturale), convoquer les restaurateurs, réunir la commission ad hoc, dépouiller les offres, sélectionner les restaurateurs, réunir un comité scientifique, décider des analyses, réaliser les examens, restaurer l'œuvre, convoquer à nouveau la commission, délibérer ...en moins de quatre semaines ! A moins que ...

                                                                                                  Olivier Clérin

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    P.S : Beaucoup de mes collègues s'alarment devant ce qu'ils appellent  « des restaurations à deux vitesses ». Et bien moi, je dis, que « vitesse » est un bien grand mot.


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  • <?xml:namespace prefix = o ns = "urn:schemas-microsoft-com:office:office" /><o:p> </o:p>Merci de votre réponse et de l'attention que vous avez bien voulu porter à mon article paru sur notre blog. J'ai été ravi, pour ne pas dire flatté, de constater que ma modeste contribution au débat ait attiré votre attention. Toutefois je me permets à nouveau de saisir mon clavier afin de répondre à certains arguments que vous soulevez : il est vrai qu'il est tentant, lorsque les signataires de la pétition vous accusent de « vendre votre âme », de vouloir jouer les avocats du diable !

    Et en tout premier lieu sur votre légitime question « pensez-vous une seconde que cet argent (vous évoquez les sommes perçues suite aux prêts des œuvres) ira vraiment au musée ? ». Et bien non, pas une seconde. Pas même un dixième de seconde ! Oui vous avez cent fois raisons de dire qu'un maire n'affectera jamais cet argent à un musée sans, dans le même temps, diminuer d'autant sa subvention municipale.  Mais si, comme vous, je ne me fais aucune illusion sur les arbitrages budgétaires et souvent l'inculture de nos élus, je miserais volontiers sur leurs penchants mercantiles.  Car si, comme vous l'affirmez, un prêt à long terme est susceptible de leur rapporter « un ou deux millions d'euros » alors, il y a fort à parier qu'ils se soucieront un peu plus de nos pauvres musées qu'ils ne l'ont fait jusqu'à présent. Je vous invite à venir en province visiter nos salles et admirer l'état de conservation et de présentation de nos chefs d'œuvres. Venez rencontrer nos élus et nos responsables à la culture. Venez assister aux débats, lors des conseils municipaux, sur les attributions de subvention au patrimoine : on expédie en cinq minutes les budgets pharaoniques des travaux publics pour s'éterniser deux heures sur la pertinence d'une modeste allocation au musée de la ville. Même lorsqu'ils possèdent le fameux label de « musée de France », ceux-ci sont considérés comme de véritables boulets financiers. Et quelles solutions proposent nos signataires ? Aucune, pas une ligne, pas même un mot.  Comme disait le poète « la critique est aisée mais l'art est difficile ».


    Je ne contesterai pas plus votre argument lorsque vous vous interrogez sur le nombre de conservateurs « favorables à cette expérimentation ». Si nos chers historiens d'art étaient des révolutionnaires, ça se saurait ! Je m'interroge quand même sur leurs réactions quasi unanimes : sont-ils animés par la défense du bien commun et du droit d'accès au public ou sont-ils scandalisés de ne pas avoir été consultés sur la réforme ?  Vous pointez du doigt les responsables de cette « dérive » en désignant bien sûr les politiques mais aussi les dirigeants des grands établissements qui ont le tort de ne pas appartenir au prestigieux corps des conservateurs. Faut-il rappeler que si les conservateurs sont responsables des collections publiques, ils n'en sont pas les propriétaires. Et même si nos oreilles y sont peu habituées, il n'est pas indécent d'entendre que ce sont les politiques, c'est-à-dire nos élus, qui ont la légitimité et sans doute le devoir de décider (même si je m'associe volontiers à leur colère devant l'absence de dialogue et de concertation).


    Mais pour finir, j'aimerais aborder le cœur de la polémique : est-il indécent de « louer », pour une période déterminée, nos chefs d'œuvres à des musées étrangers ? Et bien je pense que non, il n'est pas honteux, moyennant espèces sonnantes et trébuchantes, de laisser partir certains bijoux de nos collections. Tout d'abord parce que l'art, contrairement aux discours ambiants sur la « dématérialisation de la culture », est une réalité. J'entends par là que les œuvres d'art sont un assemblage, souvent complexe, de matériaux divers. En  conséquence de quoi, leur stockage, leur présentation, leur restauration, leur entretien ou simplement leur surveillance ont un coût. Et que plus personne, en dehors de quelques mécènes avides de retour sur image, ne veut mettre la main au porte-monnaie (à cet égard je suis prêt à offrir un repas chez Michel Bras à qui me fournira la liste de ceux qui nous envient notre « monde des musées (... ) pour l'exceptionnel soutien dont il bénéficie de la part de l'Etat et des municipalités »).


    Ensuite pour défendre la question de principe concernant la libre circulation des œuvres d'art à travers le monde. En tant que restaurateur de peintures, je connais toutes les réserves et conditions qu'il faut poser au transport et conditionnement des œuvres. Mais plutôt qu'une longue dissertation,  je rappellerais juste le discours que fit André Malraux à l'Assemblée Nationale le 9 novembre 1963 : « J'ai tellement lu qu'il ne fallait pas prêter la Joconde parce qu'elle ne pouvait pas voyager – elle est revenue intacte – que je n'ai pas été mécontent de voir qu'aux Etats-Unis ce tableau, envoyé par la France, était reçu par le Président, le Sénat, la Cour suprême comme aucun être vivant n'avait été reçu, et qu'à Washington – ville aujourd'hui en majorité noire – les pauvres femmes arrivaient avec leurs enfants les yeux baissés jusqu'au tableau, relevaient les yeux pour le voir, retournaient encore, comme pour voir des icônes. En définitive, ces centaines de milliers d'êtres qui venaient admirer la Joconde venaient dire merci à la France ».

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    Olivier CLERIN


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